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141e année

Joëlle Le Jeune

Retraitée active.

Jöelle Le Jeune. DR

En vacances perpétuelles après une carrière bien remplie, Joëlle Le Jeune ne fait pas partie des inactifs. Cette sexagénaire dynamique a attendu la fin de sa vie professionnelle avec impatience pour s’engager, mettre ses compétences au service des autres. « La retraite a été une délivrance ! J’ai pu faire ce que je voulais. » Six ans après ce cap, elle préside une association qui organise des animations pour son village, à une trentaine de kilomètres au nord de Montauban, exerce un mandat d’élue municipale, et dirige l’antenne départementale d’EGEE. Cette association, « l’Entente des générations pour l’emploi et l’entreprise », a pour but de partager l’expérience et les compétences des seniors avec les jeunes. Dans différents domaines : formation, emploi, et entreprise. En Tarn-et-Garonne, EGEE fait essentiellement de l’accompagnement de jeunes entrepreneurs, conjointement avec Initiative Montauban 82, une association qui s’occupe du financement des sociétés naissantes.

« Nous sommes six ou sept conseillers. Chaque année, on reçoit entre 250 et 300 porteurs de projets, et on en finalise 60 à 70. » Une belle masse de travail, et une productivité impressionnante. Joëlle Le Jeune s’en amuse : « On travaille ! ». Le contact humain, le partage des connaissances, la jeune retraitée ne manque pas d’arguments pour expliquer son implication. Mais le plus logique est le plus naturel : « J’ai fait ça toute ma vie ». Née en 1954 dans les Deux-Sèvres, la directrice de l’EGEE 82 a grandi et vécu une grande partie de son existence en région parisienne. Elle y a d’abord suivi des études, un bac + 2 en comptabilité, avant d’y faire son entrée dans le monde du travail au milieu des années 1970. Elle trouve facilement un emploi, en tant qu’aide comptable, chez Rhône-Poulenc. « J’y suis restée deux ans, je m’ennuyais à mourir. C’était très compartimenté. »

Joëlle Le Jeune est alors embauchée par un cabinet d’expertise comptable. « J’ai appris le métier, la gestion d’entreprise. » Quatre ans après, en 1980, elle migre vers un autre cabinet. « Comme je voulais évoluer, je changeais d’activité tous les trois ou quatre ans. Mais les employeurs ne comprenaient pas que je puisse vouloir plus de responsabilités et plus de revenus. » Une attitude patronale expliquée par la volonté de limiter les coûts ou de préserver le statu quo, plus que par discrimination, selon Joëlle Le Jeune, qui assure n’avoir jamais été victime de sexisme. La future adjointe aux finances de Cazes-Mondenard, dans le Quercy blanc, gravit peu à peu les échelons dans les années 1990 puis devient en 2004 directrice financière d’un groupe de start-up implanté à Rueil-Malmaison. « Le dirigeant était du Tarn-et-Garonne. Il nous a demandés en 2007 si cela ne nous dérangeait pas qu’il implante la partie gestion de la société à Montauban. J’ai dit OK, je recherchais la tranquillité et la qualité de vie. »

98% de réussite dans les projets soutenus

Mais l’aventure tourne court suite à la crise financière de 2008, qui affaiblit des associés anglo-saxons. Pour Joëlle Le Jeune, qui se retrouve au chômage, c’est le début d’une traversée du désert. Elle cherche du travail, et en trouve, mais ce qui lui est proposé est bien loin de ses attentes. « Je ne trouvais pas ce que je voulais, il y a des choses que je ne pouvais pas accepter. J’ai été indemnisée par Pôle emploi pendant trois ans, j’ai même été au RSA. J’avais pris un boulot à mi-temps dans une mairie, un travail alimentaire. » Elle tente de monter une petite entreprise de conseil, mais ne parvient pas à développer un réseau suffisant. « C’est à ce moment-là, quand je me renseignais pour monter ma propre société, que j’ai connu EGEE. On m’a dit : “Vu votre profil, vous êtes la bienvenue pour venir nous donner un coup de main”. »

En mars 2016, c’est la fameuse délivrance, la retraite. Dès 2017, elle rejoint EGEE, qui regroupe d’anciens chefs d’entreprise, banquiers ou experts-comptables. Après des années de galère, Joëlle Le Jeune a trouvé sa place. Elle devient directrice de l’association en 2020. « Ce qui nous intéresse, c’est la transmission et aider les entrepreneurs à faire les bons choix. » L’activité consiste à suivre des créateurs ou repreneurs d’entreprises dans leurs démarches. « On les écoute, on analyse leurs projets, on les aide à prendre les bonnes options, on les accompagne auprès des banques, on les aide à monter des études de marché… » Il y a aussi un volet financier, en collaboration avec Initiative Montauban 82. Quand les dossiers paraissent solides et la motivation à toute épreuve, des prêts sur l’honneur peuvent être accordés. Ils permettent de démultiplier le crédit bancaire. Une fois l’entreprise créée, l’accompagnement continue.

« On peut intervenir jusqu’à quatre ans. S’il y a un souci, un besoin de refinancement, ils peuvent revenir nous voir. » Et l’ensemble marche plutôt bien : sur les 60 à 70 projets soutenus chaque année, « on a 98 % de réussite dans les dossiers que l’on monte ». Les deux années qui viennent de passer, avec leur lot de galères, n’ont pas vraiment affecté la volonté d’entreprendre en Tarn-et-Garonne selon Joëlle Le Jeune. « À part les mois de confinement, on a toujours eu du monde » dans les permanences organisées chaque semaine. Élue dans sa commune depuis 2020, engagée dans une association pour faire bouger son village, et avec EGEE auprès des jeunes entrepreneurs, Joëlle Le Jeune a une vie bien remplie. La retraite n’est pas seulement la fin d’une aventure professionnelle, elle peut être le début d’une autre vie.

Alexandre Wibart