Informations régionales économiques et juridiques
140e année

Le travail en héritage

Manuel Gomez.Il est la 4e génération à se succéder à la tête de la Maison Gomez, une entreprise familiale spécialisée dans le négoce de carrelage et de salle de bain haut de gamme. Un héritage qu’il entend faire fructifier.

Épopée, c’est le mot qui vient spontanément à l’esprit lorsqu’on évoque avec Manuel Gomez son histoire familiale. Le trentenaire vient de succéder à son père, Marc, à la tête de la Maison Gomez, une entreprise installée à Labège, aujourd’hui spécialisée dans la vente de salle de bain, carrelage, parquet, papier peint et peinture. Un passage de témoin qui s’est fait en douceur en avril dernier, à la fois parce que les deux hommes travaillent ensemble depuis 11 ans et que, comme l’expliquait Manuel Gomez en mai 2019, sur Kansei TV, à l’occasion de l’inauguration d’un nouveau showroom, au 37 boulevard des Récollets à Toulouse, ce père est « plus qu’un père », c’est aussi « mon confident et mon meilleur ami ».

Manuel Gomez, président de la Maison Gomez. PIXCITY

C’est dire si les liens sont étroits dans cette famille de bosseurs impénitents marquée par l’Histoire. Un passé que comme beaucoup de descendants de réfugiés politiques espagnols, Manuel Gomez partage avec passion, lui qui porte le prénom de cet arrière-grand-père « arrivé en France à pied, sans rien », ensuite « interné dans un camp, au-delà des Pyrénées, puis dans un camp de travail en Allemagne dont il s’est échappé pour redescendre à vélo dans le sud de la France. »
Cet arrière-grand-père, originaire de la Communauté valencienne en Espagne, « était fabricant de carreaux de ciment », détaille Manuel Gomez. Une activité qu’il a pu recréer à Toulouse grâce au savoir-faire de couturière de sa bisaïeule.

« Pour la petite histoire, mon arrière-grand-mère montait à Paris pour “copier” les collections des grands couturiers pour une clientèle toulousaine, relate en souriant Manuel Gomez. C’est grâce à l’argent de la couture que son mari a pu racheter les premières machines pour relancer la production de granito à Toulouse. »

La fabrique, située rue d’Assalit et plus tard à Labège (1971), sur l’emplacement de l’actuel magasin Gomez, continuera de produire jusqu’au début des années 2000. Pour faire face au déclin des ventes, ces matériaux étant lentement passés de mode, les grands-parents ont ouvert dans les années 80 un premier magasin de carrelage « pour apporter une offre complémentaire à nos clients, tout en continuant la production. Et puis, quand plus personne n’en a voulu, nous nous sommes concentrés sur le négoce », résume Manuel Gomez. L’entreprise poursuit sa diversification en mettant un pied sur le marché de la salle de bain, agrandit le magasin de Labège, propose « toutes les grandes marques de carrelage haut de gamme », puis plus récemment du parquet, de la peinture, dont la marque Farrow & Ball, et du papier peint.
Manuel Gomez a rejoint la saga familiale il y a 11 ans après une formation commerciale. Diplômé d’un DUT GEA (gestion des entreprises et des adminis­-trations), il a passé une année de licence à Londres puis rejoint les rangs de l’ESC Clermont-Ferrand. Entré dans l’entreprise avant la fin de son master, il est à l’origine des nombreux développements récents. « Après mon arrivée, en 2011, j’ai créé une activité d’installation et de rénovation de salle de bain. À savoir que nous officions comme maître d’œuvre et faisons travailler des entreprises partenaires. »

À l’image des cuisinistes, « l’idée était de maîtriser l’ensemble du sujet, détaille Manuel Gomez. Nos clients ont des exigences très élevées tant au niveau du matériel que des prestations de pose. Beaucoup de ces clients souhaitant qu’on s’occupe de tout, nous avons lancé l’activité pour répondre à leur demande. Nous sommes d’ailleurs les seuls, dans la région, à proposer cette prestation de maîtrise d’œuvre en salle de bain. »

Une activité qui génère aujourd’hui près de 20 % du chiffre d’affaires de la Maison Gomez, lequel devrait grimper à 5 M€ en 2021.
Entré comme commercial dans l’entreprise familiale, l’ex-étudiant prend, quatre ans plus tard, la direction commerciale de Gomez Carrelages & Bains. Au cours des années qui suivent, le père et le fils poursuivent activement le développement de l’enseigne. « Nous avons ouvert une première boutique rue Gabriel Péri à Toulouse où nous proposons du conseil en peinture, parquet, papier peint et revêtement de sol souple. Plus récemment, nous avons ouvert le magasin dédié à la salle de bain, 37 boulevard des Récollets, et le 6 juillet, nous avons ouvert à Albi une boutique identique à celle de la rue Gabriel Péri, où l’on prodigue des conseils autour des mêmes produits », détaille le nouveau président de la Maison Gomez. Sur ce modèle, un cinquième magasin devrait ouvrir en 2022 à Montpellier.
Durant ces années de travail intense, les deux hommes préparent aussi la future transmission. Laquelle s’est imposée comme une évidence pour le trentenaire.

« Chez nous, l’entreprise, c’est un mode de vie. J’ai toujours baigné là-dedans. Mes parents habitant à côté du magasin de Labège, je me suis toujours baladé dans l’espace de vente, autour, sur les pa­lettes, etc. Pour mon grand-père, quand je suis né – certes c’est une philosophie d’une autre époque –, étant le premier garçon de la famille, il était évident que je serais le “repreneur” de l’entreprise familiale. De fait, il y a un lien fort entre nous. Ma famille a énormément travaillé pour développer l’entreprise, il y a donc un respect du travail passé. Et puis il y a la passion pour ce que l’on fait : nous travaillons avec des produits très qualitatifs, haut de gamme, en relation avec de nombreux architectes toulousains. Notre plaisir réside dans le fait de travailler sur de beaux projets », assure Manuel Gomez qui cite, outre des bâtisses d’exception, « de très belles réalisations dans l’hôtellerie telles que le Mercure de Loudenvielle, l’hôtel de la famille Bras à Laguiole, des boutiques, et de très nombreux restaurants à Toulouse. »

Ce passage de témoin a été d’autant plus facile que « mon père a toujours été réceptif à mes nouvelles idées, il s’est toujours inscrit dans l’échange, ajoute le jeune dirigeant. Il avait la volonté de transmettre, c’était une fierté pour lui. » Une fierté manifestement partagée : Manuel Gomez entend bien continuer à faire prospérer l’entreprise familiale. Il projette ainsi d’ouvrir dans les cinq prochaines années un nouveau magasin par an, sur le modèle de celui de la rue Gabriel Péri et cible « modestement » le Sud-Ouest. Une manière de rester une entreprise à taille humaine. « Nous sommes très attachés à la qualité du service rendu par notre personnel et, de fait, très attachés à l’humain. Les gens qui nous entourent sont vraiment au cœur de notre projet  », assure Manuel Gomez. Pour preuve, le dirigeant et ses 21 salariés – dont 17 femmes – ont récemment fêté le départ à la retraite d’une personne restée 33 ans dans l’entreprise. Tout un symbole ! « Nous sommes très bienveillants avec nos salariés, c’est un peu notre force, poursuit-il. On les “soigne”, on les écoute. L’idée est que tout le monde se sente bien chez nous, que nos salariés soient dans les meilleures conditions pour travailler. Il faut que chacun prenne du plaisir chez nous, c’est cela l’important. »

Agnès Bergon