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141e année

Nicolas Bernard

L’agriculture du troisième millénaire.

Nicolas Bernard. DR

Difficultés à boucler les fins de mois, utilisation de pesticides trop près des habitations de particuliers, activités non rentables subventionnées, les images qui nous parviennent du monde agricole ne sont pas les plus avantageuses. Pourtant, ce secteur économique est en pleine mutation depuis plus d’une décennie, et la grande majorité des professionnels vit une révolution technique. « Aujourd’hui, il y a plus d’électronique dans un tracteur que dans une voiture. L’agriculture est devenue beaucoup plus technologique. On n’en parle pas beaucoup à la télé. » Nicolas Bernard, fils d’éleveur et spécialiste d’outils agricoles de précision, a vécu ces changements de pratiques de près. Conquis par cette évolution enthousiasmante, son ambition est maintenant d’accompagner le mouvement.

Technicien de maintenance à Montauban pour la société Fréjabise, concessionnaire de la marque Claas, Nicolas Bernard vient de créer une petite entreprise, Agrilive. Il a conçu une solution qui fonctionne avec des boîtiers et une application. « Avec une tablette, on peut avoir sur le même écran un visuel sur toutes ses machines. Cela permet de voir si les ouvriers vont trop vite dans un rang, s’ils ne se sont pas trompés de parcelle. On peut aussi déterminer les coûts de productions à l’année. » Développé pour les arboriculteurs, Agrilive permet de mesurer un grand nombre de données, comme les doses de produits phytosanitaires utilisées, le volume de semis employé, etc. Le maître mot est l’optimisation. « On ne jette pas du produit pour rien n’importe où, cela coûte trop cher. L’agriculteur est un chef d’entreprise. Comme les charges augmentent régulièrement depuis des années, il exploite les nouvelles technologies pour limiter les coûts. Je pourrais en parler pendant des heures ! »

Une agriculture de précision

Né à Agen en 1986, mais élevé en Tarn-et-Garonne, Nicolas Bernard a toujours été fasciné par les machines. Il a passé une partie de son enfance dans l’exploitation familiale, où son père élevait des vaches allaitantes. « J’ai vite trouvé ma voie. Les animaux, ce n’était pas forcément ce qui me plaisait, j’étais plus à l’aise sur un tracteur. » Le jeune homme ne s’envisage pas ailleurs que dans le monde agricole. Il passe d’abord un bac STAE (Sciences et technologies de l’agronomie et de l’environnement) à Ondes dans le nord de la Haute-Garonne, puis embraye sur un BTS GDEA (Génie des équipements agricoles). « À cette époque, mon optique, c’était de travailler pour un constructeur qui fabriquait du matériel, je voulais participer au développement. » Pour compléter son cursus, il entre en troisième année de licence SDI, sciences de l’ingénieur avec option agroéquipement, à Toulouse. En 2007, il sort diplômé mais n’a pas encore le pedigree pour postuler chez les constructeurs, qui demandent plusieurs années d’expérience comme technicien chez un concessionnaire.

Nicolas Bernard entre alors chez Fréjabise, une société de Tarn-et-Garonne, historiquement implantée près de Moissac, et qui cherche des employés qualifiés pour ouvrir une deuxième structure à Montauban. « Mon père était client de la concession, j’y ai fait de petits stages, ils me connaissaient, ça s’est fait naturellement. Et puis je voulais rester dans le département. » Le jeune homme est formé par son entreprise, mais c’est surtout par la pratique qu’il progresse vraiment. « C’est sur le terrain qu’on apprend. On arrive chez le client, la machine ne marche pas, on est tout seul : il faut avoir l’esprit d’analyse, et on trouve une solution. » Technicien d’agriculture de précision, Nicolas Bernard prend du plaisir dans son métier, et oublie rapidement son objectif premier de bosser pour des constructeurs.

L’envie de créer

« Mon poste a beaucoup évolué avec le matériel, avec les accessoires électroniques. En 2010, des outils techniques pour moduler la dose de produits dans les champs sont arrivés, et puis en 2012, des systèmes de guidage pour les tracteurs. Quand on demandait qui voulait s’occuper de ces trucs-là, je disais toujours “Moi !’’. » Passionné par l’électronique, Nicolas Bernard a toujours eu envie de créer. L’idée de se lancer est venue peu à peu, en discutant avec des arboriculteurs. « Ils m’ont fait remonter leurs besoins, notamment de savoir où était leur matériel. J’ai développé mon premier système dans mon coin, tout seul, en 2019, avec des circuits imprimés grand public. Apprendre à programmer, ce n’est pas quelque chose qu’on m’a enseigné. » Le futur dirigeant d’Agrilive arrive finalement à un résultat encourageant, et décide de faire appel à un prestataire pour développer son projet. En 2020, il installe ses trois premiers prototypes chez les mêmes agriculteurs qui l’avaient sollicité au départ. Les essais sont concluants, et Agrilive est lancée officiellement le 1er octobre 2020.

Les premières ventes sont conclues rapidement, mais l’activité démarre doucement. « C’est un travail de longue haleine, surtout pour le commercial. » Accompagné par des professionnels du monde de l’entreprise qui gravitent autour de la pépinière d’entreprises de Montauban, Nicolas Bernard postule au concours des start-up de l’agglomération, pour lequel il est récompensé en 2021. Il envisage de se consacrer entièrement à son projet, mais ne veut pas brûler les étapes. « Mon avenir, c’est mon entreprise. Je vais tout faire pour qu’elle soit reconnue comme un acteur dans le monde agricole du département et d’ailleurs. Je veux être un acteur de cette révolution technologique de l’agriculture. »

Alexandre Wibart