Informations régionales économiques et juridiques
141e année

Fred Menuet

Toulousain par humour

Fred Menuet - Portrait - Humoriste - Toulouse
Fred Menuet. (Crédit : DR).

Si le nom de Fred Menuet ne vous dit rien, c’est que vous êtes passés à côté (pendant plus de 12 ans quand même) d’un des piliers du café-théâtre toulousain, les 3T, rue Gabriel Péri… et que la comédie n’est indéniablement pas votre tasse de thé. Et par conséquent, un autre nom vous a échappé. Celui de l’impayable normando-libanaise Mélissa Billard, sa partenaire à la scène comme dans la vie, qui s’est révélée notamment dans le duo Mélissa et Fred, le spectacle Aéro malgré lui, écrit par son mari, Haut les coeurs, un seul en scène très personnel, ou encore dans des parodies sur la vie de quadra, imaginées avec son partenaire, qui ont fait plus de 70 millions de vues sur la toile depuis les confinements – des pastilles d’humour concoctées chez eux, ou dans les Landes sur la parentalité, etc. D’autres vidéos sont à venir sur le sujet des vacances avec les enfants.

« Finalement pour nous, cette période n’a pas été la plus difficile. Nous avons été privilégiés même privés des planches. Nous avons pu continuer à vivre notre passion à travers la plus grande scène au monde, internet », sourit Fred Menuet. En général, lui aime laisser son imagination fleurir à l’aube avant que la maisonnée se réveille, elle, plutôt en musique en rangeant son dressing interminable. À chacun sa manière d’atteindre son état de « Flow ». Ce binôme de comédiens, qui a également joué pendant six mois sur les planches parisiennes avec la pièce 1 de perdu, 10 façons de se retrouver a ouvert récemment un autre chapitre professionnel, désormais aux manettes du Studio 55 (avec Pat Borg qui complète l’équipe) inauguré en novembre dernier au sein de l’espace Cobalt, à Montaudran. S’ajoute à sa casquette de comédien, et père de deux enfants de trois ans et neuf mois, celle de directeur artistique.

« Nous ne voulons pas décevoir le public. »

Fred Menuet concède que ce nouveau rôle n’est pas forcément une consécration, mais une nouvelle aventure, un pari audacieux décidé pendant la crise sanitaire. « Des amis de la Food connection nous ont proposé de nous occuper du lieu et nous n’avons pas hésité. Nous avons à cœur d’ouvrir le théâtre à des humoristes comme Aymeric Lompret, de collaborer avec des troupes locales pour que cet endroit devienne un vivier de créations, de nouveautés et permettre à des graines d’artistes de saisir leurs chances, comme on a pu le faire avec moi. Il y a aussi beaucoup d’émulation de la part de mes amis parisiens qui souhaitent roder leurs spectacles sur notre scène. Quatre pièces par semaine seront à l’affiche dès le mois de septembre ». Si la billetterie tourne presque à plein régime depuis le début de l’année, Fred Menuet et Mélissa Billard continuent de se réinventer et de bûcher sur de nouveaux spectacles.

Après son premier succès Toulousains, l’un de ses meilleurs souvenirs aux 3T, aux côtés de Pat Borg – qu’il a rencontré au Club Med, lui était chef des sports à l’époque, sa « deuxième femme » –, et de Mélissa Billard, le comédien présente depuis le début de l’année, le 2e opus, Toulousains 2, ponctué d’interludes musicaux « et de petites sucreries en tout genre. » Une façon, pour cet enfant de Vendée, toulousain depuis près de 20 ans, de mettre en lumière les petites manies du terroir avec panache et bienveillance. D’ailleurs, la bienveillance et la tolérance sont des valeurs qu’il tente d’inculquer. « Il s’agit de rire des petits défauts d’une communauté dans laquelle les spectateurs se retrouvent, avec aussi des valeurs communes… »

Après plus d’une décennie debout face au public, on est tenté de demander au comédien – qui reste très accessible après les représentations –, s’il ressent encore le trac. « Oh oui ! D’autant plus que nous sommes dans un nouvel endroit, nous ne voulons pas décevoir le public. D’ailleurs, Mélissa et moi avons beaucoup de toc, de grigris avant de monter sur les planches. Je signe la scène trois fois, on se tape dans la main d’une certaine manière, etc. Et ça ne s’arrange pas ! (rires) » Pour Fred Menuet, l’humour est une ressource pour dédramatiser. Mais à la question, peut-on rire de tout, il choisit de répliquer à la façon Jamel Comedy Club. « Lorsque j’écris, je me pose la question si ce spectacle me plairait, et si cela ne choquerait pas ma mère. Pour moi, ça doit rester du pur divertissement, que le sujet parle au plus grand nombre, et que tout le monde se reconnaisse. J’aime l’idée que ceux qui viennent nous voir, se vident la tête le temps d’une parenthèse. C’est pour ça que je fais ce métier. »

UN LONG PROCESSUS D’APPRENTISSAGE

Il n’est cependant pas encore prêt à se livrer intimement sur scène, à l’image de sa compagne, gardant un côté pudique, malgré une aisance affichée. Il aime surtout raconter les anecdotes des autres ou sa vie à travers celles des autres. Celui, qui, petit, était suspendu aux mots de Raymond Devos, Franck Dubosc, Pierre Palmade… s’est fait seul. Né de parents agriculteurs dans les confins de la Vendée, aîné de la famille, rien ne prédestinait le « pitre de la classe que les professeurs aimaient bien », à épouser cette carrière. « J’étais un petit bonhomme rigolo, issu d’une famille qui a le sens de l’humour. La plaisanterie était mon arme, et m’a d’ailleurs ouvert beaucoup de portes. Par exemple, j’ai fait 12 ans de football. L’entraîneur m’avait pris non pas parce que j’étais bon mais parce que j’étais drôle. Mais pour moi, embrasser cette carrière, ce n’était pas accessible, je ne venais pas de ce monde, j’étais loin de Paris, donc je me suis orienté vers un Bac STT, un an de philosophie puis des études de commerce. »

Aujourd’hui, le comédien éprouve une grande fierté à vivre de sa passion, loin de la capitale… point de départ de nombreuses carrières. S’il est tombé dans la marmite de la BD tout petit, dévorant les Astérix et autres personnages, se rêvant même à 10 ans, dessinateur de bulles, son coup de crayon, lui, n’a pas évolué. Il se taillera donc petit à petit son propre costume de comédien, à force de détours. Le déclic ? « Un spectacle de fin d’année en CM2, où j’ai joué un clochard. J’ai appris le texte aisément et mon maître d’école m’a littéralement encouragé. Je n’ai pas pris de cours de théâtre par la suite, mais j’ai gardé ça en tête. En revanche, j’écrivais beaucoup, j’écrivais sur les cancans, je parodiais des chansons, et ce qui tournait autour des médias m’attirait. J’ai d’ailleurs participé pendant une saison à un projet de radio, laquelle existe encore aujourd’hui. »

« La plaisanterie était mon arme, et m’a d’ailleurs ouvert beaucoup de portes. »

L’étudiant, qui termine son cursus par un stage au sein d’une mutuelle déchante et ne sent pas dans son élément. « J’ai compris ce que je ne voulais absolument pas faire et j’étais de toute façon incapable de vendre quoi que ce soit. » La vingtaine sonnée, il cherche un boulot et répond à une annonce du Club Med pour devenir animateur. Il intègre le club de Val d’Isère en tant que veilleur de nuit pendant un mois, puis en tant qu’animateur du village. « David Strajmayster, également connu sous le pseudonyme Doudi, (co-réalisateur de la série Samantha oups) a été mon formateur. J’étais avec des gens qui dégageaient une grande confiance en eux, j’ai dû m’accrocher car ce n’était pas mon cas, je venais à peine de sortir de mon cocon. Cela demande d’être un électron libre et on est le premier lien avec les vacanciers. » S’ensuivent huit mois au Maroc. L’animateur en herbe se sent comme un poisson dans l’eau. « C’est à cette période que j’ai commencé à me dire que je pouvais créer, apprendre les techniques du métier de comédien et que je voulais faire ça toute ma vie. Je me sentais à ma place. On fonctionnait comme une troupe. Il y avait une énergie folle, très créatrice. On m’a proposé de prendre le poste de responsable d’animation assez vite mais au final, j’organisais plus de plannings que de spectacles, ce qui ne m’a pas convenu. »

L’ARRIVÉE A TOULOUSE

Il enchaîne une autre saison dans les Alpes puis quitte l’aventure pour poser ses valises à Toulouse par amour. À ce moment-là, la chance lui sourit. Il rencontre le directeur artistique du cabaret toulousain La Rose Noire. « Il m’a fait confiance et m’a montré ce que c’était l’intermittence. J’ai fait des sketchs pour son cabaret, des revues itinérantes, des spectacles dans un camping en Ariège. C’est là que je me suis marié avec Mélissa quelques années après. » Le comédien part vivre pendant quatre ans en montagne. Un bout de son coeur reste d’ailleurs toujours accroché aux reliefs ariégeois. Puis, vient le temps de la rétrospection. « Le jour de mes 30 ans, je me suis posé des questions et je me suis demandé ce que voulait déjà le gamin de 20 ans. Il voulait travailler dans un café-théâtre, et rejoindre une troupe comme Le Splendid. Gérard Pinter, directeur artistique et metteur en scène des 3T cherchait un comédien pour la pièce Homme Femme, mode d’emploi. J’ai quitté ma fiancée de l’époque, j’ai tout laissé pour tenter ma chance. J’ai vécu une belle aventure de 12 ans, à 100%. Sans oublier la rencontre avec ma femme. Notre complicité est née grâce à une passion commune pour les blagues de Michel Drucker… », se souvient-il.

Fred Menuet affiche aujourd’hui au compteur une trentaine de spectacles joués (majoritairement des comédies) et a écrit ou co-écrit une dizaine de pièces. En parallèle, il a aussi animé une saison sur Canal J et continue à ce jour de présenter une chronique hebdomadaire autour du rugby sur France Bleu. Il est aussi l’auteur de l’ouvrage Petit illustré du parfait Toulousain (2019) et créateur d’un jeu de société, créé, fabriqué et imprimé à Toulouse, sur les us et coutumes de la région. D’autres projets d’envergure tels qu’une série télévisée attendent peut-être le couple, même si Fred Menuet reste discret. Il nourrit un autre rêve : celui de réaliser un jour un long-métrage et de le présenter sur les places des villages pour réunir les habitants, ce qu’il a lui-même connu enfant. En attendant, l’adrénaline et l’amour du public sont ses moteurs. Il garde toujours en tête ces mots venus tout droit des côtes vendéennes : « Il faut pêcher tant que la marée est basse ».

Jennifer Legeron