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141e année

Vincent Saurat

Coopér’acteur.

Portrait de Vincent Saurat
Vincent Saurat. (Crédit : DR)

Pendant que certains assemblent leurs premières bécanes dans leur garage, à Toulouse, au début des années 70, un sextuor de visionnaires, passionnés d’informatique – un domaine d’activité alors en plein essor, se forme autour de René Soum. À l’époque, le directeur général de GA, le promoteur immobilier toulousain, a l’idée de créer CEI (Centre d’études informatiques) afin d’offrir des services en informatique aux entreprises. L’aventure de Ceicom vient de débuter. Une histoire qu’aime à raconter Vincent Saurat, le directeur général de l’entreprise, alors qu’elle vient tout juste de fêter ses 50 ans. On doit ainsi à l’équipe de Ceicom l’un des premiers ordinateurs toulousains ou encore des terminaux de paiement électroniques en mode radio. « Ils étaient avant-gardistes puisque cela se passait bien avant Ingenico et Sagem », s’amuse Vincent Saurat. Au fil du temps, l’entreprise s’oriente vers le développement de logiciels de gestion (ERP), de sites internet marchands, d’applications web et mobile. La matière évoluant très rapidement, Ceicom étoffe encore son offre pour mieux répondre aux besoins de ses clients, avec de nouveaux services comme le cloud et la cybersécurité.

Elle accompagne aussi bien des TPE-PME que des grands groupes comme des collectivités, avec des clients tels que Sodastream, AkzoNobel, TLSP (filiale de Total Lubrifiants), le groupement Gedimat et Gedibois ou encore des caisses de congés payés du Bâtiment. En 2021, forte de 55 salariés, la société de services a enregistré 6,8 M€ de chiffre d’affaires, en croissance de 10 % sur un an… Rien de surprenant si ce n’est qu’elle est devenue, il y a 10 ans, une Société coopérative et participative, un statut peu fréquent dans ce secteur d’activité – on en dénombre 136 sur le territoire national, selon les chiffres de la Confédération générale des Scop, sur un peu plus de 3800 Scop existant en France. Un changement de statut qui a permis à Vincent Saurat, comme sept autres salariés, de devenir propriétaire d’une partie du capital de l’entreprise mais surtout de prendre part aux décisions. Ceicom devient Ceicom Solutions.

Faire perdurer la société

« En 2011, les fondateurs ont pris leur retraite, se souvient le directeur général. Plutôt que de revendre la société à un plus gros éditeur de logiciels, qui n’aurait eu qu’un objectif : capter la clientèle pour installer son propre ERP, et ainsi risquer de voir tout le personnel, très qualifié, quitter l’entreprise, les propriétaires se sont posé la question. Est-ce l’argent qui nous importe ou le fait de faire perdurer cette société ? La solution, c’était d’adopter le statut de Scop. Les fondateurs ont fait l’impasse sur une vente à un acquéreur extérieur pour vendre aux salariés et garder l’esprit Ceicom. Les huit repreneurs ont mis de l’argent dans l’entreprise. Aujourd’hui sur les 55 salariés, 31 sont associés majoritaires. Chacun a une voix, ce qui permet d’impliquer tout le monde dans l’entreprise. Ils savent qu’il ne peut pas y avoir de spéculation, que si l’entreprise a de bons résultats, ils pourront percevoir des dividendes et de la participation… Nous sommes totalement transparents » Restait cependant une inconnue : quel impact aurait ce changement de statut sur les clients ?

« Ceicom m’a plu, avec cette capacité à faire évoluer les programmes, l’importance accordée à la recherche. Ce qui me plaisait aussi, c’était cette capacité à rendre service à des clients. »

« En fait, c’est très bien perçu dans le sens où la continuité du service a été assurée. Le passage en Scop permet de ne pas être rachetés par une autre société. Les salariés associées sont impliqués dans toutes les décisions que nous prenons. Ceicom Solutions connaît de fait très peu de turnover, tout le monde se connaît, certains même ont effectué toute leur carrière au sein de l’entreprise. Cela reste un atout pour nos clients d’avoir les mêmes interlocuteurs. » Ce n’est cependant pas ce qui a attiré Vincent Saurat dans l’entreprise. Le bientôt quinquagénaire a rejoint Ceicom en 1997, après l’armée. Ce natif de Foix est « monté à la capitale », Toulouse, pour faire ses études jusqu’à un DEA à l’Irit/ Enseeiht. « Pour faire ma thèse, je devais partir à Paris, à l’Ircam, parce que j’avais choisi un sujet de thèse sur l’informatique musicale. Mais ça ne m’intéressait pas vraiment de monter à Paris. J’ai décidé d’abandonner ma thèse, de faire mon armée en me disant que je verrais bien après et puis je suis entré comme ingénieur développement à Ceicom », détaille le DG. Ce fils d’un dirigeant d’entreprise spécialisée dans les matériaux de construction et d’une professeure d’histoire et de géographie, s’est passionné très tôt pour l’informatique.

Des difficultés de recrutement

« Dans les années 90, c’était très à la mode, tout le monde voulait faire de l’informatique. À 18 ans, je me suis acheté mon premier ordinateur. » « Bel exemple d’évolution », Vincent Saurat gravit tous les échelons. Recruté au service qui développe l’informatique des caisses de congés payés du Bâtiment, il devient responsable du service infrastructures puis du service cloud, avant de prendre la direction générale il y a deux ans. « Ceicom m’a plu, avec cette capacité à faire évoluer les programmes, l’importance accordée à la recherche. Ce qui me plaisait aussi, c’était cette capacité à rendre service à des clients : j’aime le contact, avoir le client au téléphone, essayer de répondre à ses besoins, voir comment on peut l’accompagner. » Pouvoir évoluer, c’est un peu l’ADN de l’entreprise. « On donne sa chance à tout le monde, celui qui en a envie peut rapidement prendre des responsabilités et monter en compétence, c’est ce que je dis lors de chacun des entretiens que je fais passer. »

Comme beaucoup d’autres entreprises du secteur informatique, Ceicom fait face à des difficultés de recrutement. Mais elle a de sérieux arguments pour séduire les jeunes recrues. « Nous ne captons pas les jeunes sortis d’école, car à ce stade, une petite entreprise, sous forme de Scop qui plus est, ça ne leur parle pas beaucoup. Les jeunes diplômés veulent souvent se faire un CV en intégrant un grand groupe. Nous les touchons cinq ans plus tard, parce qu’au sein de ces structures, leur salaire comme leur carrière n’auront pas beaucoup évolué. Lorsqu’ils passent un entretien chez nous, ils tombent souvent des nues : avoir autant de liberté dans le développement, dans l’infrastructure réseau ou dans le cloud, pouvoir faire des choses dans le domaine de la recherche, ça leur plaît. Ils peuvent s’impliquer en sachant qu’ils seront récompensés. Ici, ils ont une autre qualité de vie ».

L’entreprise a plusieurs postes à pouvoir dans le développement. La Scop avance sur de très gros chantiers comme le déploiement de son ERP Distel, référencé par le réseau Gedimat. « On fait évoluer nos produits en permanence. S’agissant du cloud et de l’hébergement, on a passé avec succès toutes les normes ISO 27001 sur la sécurité. On développe aussi nos services web… Bref, des projets, on en a beaucoup. Mais on ne veut pas aller trop vite », conclut le DG de Ceicom.

Agnès Bergon