Informations régionales économiques et juridiques
140e année

Contre l’obsolescence des produits du quotidien

Consommation. Un label dédié notamment à l’électroménager a fait son apparition, avec pour objectif de cibler la durabilité des produits.

Elsa Lomont et Florent Preguesuelo à la tête de la start-up Ethikis ad Civis et créateurs de label LONGTIME®. D. R.

La start-up toulousaine Ethikis ad Civis, créée en 2017 par Elsa Lomont et Florent Preguesuelo, – devenue une scop en 2018 – a lancé depuis 2019, un label indépendant baptisé LONGTIME®, en vue de lutter contre l’obsolescence des produits manufacturés. Selon une étude réalisée en 2016, par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), 92 % des consommateurs européens souhaitent obtenir une information sur la durée de vie des produits. De son côté, Greenflex révèle un autre chiffre : 71,5 % des Français se tournent vers la consommation responsable. Des données qui, couplées à une expérience personnelle et une envie de prendre part à une responsabilité écologique, incitent Elsa Lomont et Florent Preguesuelo à réfléchir à la création d’un label qui a pour ambition de guider le consommateur vers un achat responsable, avec un étiquetage sur le rapport longévité/prix.

« Un jour, mon associé s’est rendu compte qu’il manquait systématiquement des informations sur les produits de bricolage en rayon. Il s’est demandé pourquoi, il n’existait pas de « label rouge » des produits électroménagers. Et puis, nous avons fait le constat que les consommateurs jettent les objets facilement par manque de transparence sur la notion de réparabilité », souligne Elsa Lomont, ancienne chef d’entreprise dans le secteur du divertissement sportif. Les travaux ont ainsi commencé en 2017, nourris de recherches afin de valider la pertinence du nouvel outil. « Nous avons consulté des fabricants, des réparateurs, des associations de consommateurs, etc., en vue d’établir un cahier des charges, lequel aujourd’hui comprend 41 critères ».

Parmi ces critères qui s’appliquent à une large palette de produits manufacturés, se dessinent trois axes : la conception du produit (assurer la robustesse et la fiabilité du produit pour que la panne survienne le plus tard possible) ; la réparabilité (encourager la réparation et éviter un renouvellement), et l’amélioration des supports technique dont l’enjeu réside dans le bon usage et l’entretien du produit.

Une centaine de références

Le label, attribué par deux organismes indépendants partenaires, Apave Certification et Ecocert Environnement, qui vise autant des fabricants internationaux que des PME françaises, porte, pour l’heure, sur huit familles de produits grand public et professionnels, représentant près de 25 produits (fours, radiateurs, matériels de cuisine, etc.). L’objectif de la pépite toulousaine est d’atteindre d’ici fin 2022, une trentaine de familles de produits, soit une centaine de références. « L’étiquetage sera prochainement visible sur une plus large palette de produits comme du matériel de puériculture, des poêles à granulés, des vélos électriques ou des trottinettes, à savoir des produits qui font aujourd’hui pleinement partie des usages », détaille la gérante.

En marge, si le label a pour vocation à informer le consommateur, il permettrait également d’augmenter les ventes : en effet, 56% de ventes en plus sont générées sur un produit à durée de vie allongée. Une gageure pour les fabricants qui pourtant restent parfois frileux ou perdus face à la démarche. « C’est pour cette raison que nous les prenons par la main, souligne Elsa Lomont. Nous les accompagnons vers la mise en conformité de leur pratique. Soit les voyants sont au vert, et un audit est effectué par nos partenaires pour l’obtention du label, soit nous les accompagnons pour pointer les marges d’amélioration. »

Par ailleurs, la start-up entend, pour cette rentrée, mettre en place un nouveau service d’accompagnement, qui a pour ambition d’aider les entreprises et les collectivités, en amont de l’obtention de la certification. « Nous souhaitons répondre aux questionnements des entreprises qui ne sont pas en mesure d’obtenir actuellement le label mais qui souhaitent améliorer leurs pratiques. De fait, nous proposerons un volet formation et un volet accompagnement personnalisé, dédié, par exemple, au lancement d’un produit sur le marché. En effet, beaucoup de fabricants ont envie de comprendre les mécanismes mais ont peur. »

Obtenir un financement participatif

Cet axe de développement va notamment dans le sens de l’indice de réparabilité, déployé sur cinq catégories de produits électroménagers et électroniques, depuis le 1er janvier 2021 – l’outil, prévu par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, vise ainsi une meilleure information du consommateur sur le caractère plus ou moins réparable de ses achats –, sur lequel le duo a planché. « Nous avons participé aux travaux orchestrés par l’Ademe et le ministère de la Transition écologique à partir de 2018, et avons réuni autour de la table des fédérations de professionnels, des indépendants, etc. L’objectif désormais est d’aller plus loin avec la mise en place d’un indice de durabilité, ce qui ne change rien pour notre label », détaille-t-elle.

« Nous avons fait le constat que les consommateurs jettent les objets facilement par manque de transparence sur la notion de réparabilité »

En attendant, l’entreprise, qui a été lauréate de « Mon projet pour la planète » – décerné par le ministère de la Transition écologique en mai 2018, parmi 420 projets – et finaliste du SIT 2019 (Social Innovation Tournament), – initiative phare du programme social de l’Institut BEI, qui soutient les entrepreneurs européens dont l’objectif est de générer un impact social, éthique ou environnemental –, espère obtenir un financement participatif de Wiseed en vue de partir à l’assaut du marché international. « Nous ciblons l’Italie d’ici la fin de l’année, et l’Allemagne et l’UK en 2022. », conclut Elsa Lomont.

Forte de quatre collaborateurs, la scop souhaite renforcer son équipe pour soutenir le développement du label et planche également sur l’adaptation du référentiel pour le marché du textile, avec le lancement des travaux de consultation dès ce mois de septembre.

Jennifer Legeron