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Réindustrialisation : à Toulouse, Emmanuel Macron veut aller « plus vite, plus fort »

Evénement. Le président de la République était à Toulouse (Haute-Garonne) le 11 décembre 2023 pour fêter les deux ans du plan France 2030 qui vise à réindustrialiser la France et à développer l’innovation. Fort d’un bilan très positif, il a lancé de nouveaux défis aux industriels et à l’écosystème de recherche français.

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Le 11 décembre, dans les locaux d’Airbus à Toulouse, Emmanuel Macron a fait un bilan du plan France 2030 (©capture d’écran).

C’est à Toulouse, dans les locaux d’Airbus, que le président de la République Emmanuel Macron a choisi lundi 11 décembre de faire un bilan à mi-parcours du plan France 2030. Lancé en 2021, ce programme d’investissements, doté de 54 Mds€ sur cinq ans, entend favoriser l’innovation, l’industrialisation, la recherche et la formation, en vue de renforcer la souveraineté industrielle et technologique de la France dans des domaines jugés stratégiques pour le futur, l’idée étant de faire émerger, dans ces secteurs de pointe, les leaders de demain

Pour rappel, ce plan poursuit une dizaine d’objectifs, à savoir : « faire émerger en France des réacteurs nucléaires de petite taille, innovants et avec une meilleure gestion des déchets ; devenir le leader de l’hydrogène vert ; décarboner l’industrie  ; produire près de deux millions de véhicules électriques et hybrides ; produire le premier avion bas-carbone ; investir dans une alimentation saine, durable et traçable ; produire 20 biomédicaments contre les cancers, les maladies chroniques dont celles liées à l’âge et de créer les dispositifs médicaux de demain ; placer la France à nouveau en tête de la production des contenus culturels et créatifs ; prendre part à la nouvelle aventure spatiale  ; et enfin investir dans le champ des fonds marins ».

Plusieurs succès en deux ans

Deux ans plus tard, le bilan dressé est positif. On dénombre ainsi 3 200 projets accompagnés, pour près de 25 Mds€ déjà engagés, 34 000 nouvelles formations diplômantes aux métiers d’avenir ouvertes en 2022 et 2023, plus de 3000 dépôts de brevet, un million de véhicules électriques sécurisés, quatre gigafactories de batteries lancés, huit biomédicaments produits en France. A l’horizon 2030, selon les conclusions du rapport du comité de surveillance des investissements d’avenir, ce sont ainsi 288 000 à 600 000 créations nettes d’emplois qui sont attendues à l’horizon de 2030 et de 40 à 80 Mds€ de PIB supplémentaire chaque année.

Si la Région Auvergne-Rhône-Alpes, avec 743 projets soutenus, est la première bénéficiaire du plan France 2030 (hors Ile-de-France), l’Occitanie pointe en seconde position avec 470 projets lauréats pour un montant d’aides global de l’ordre de 1,2 Md€.

Des pépites mises en lumière

La venue du président de la République à Toulouse a été aussi l’occasion de mettre en lumière plusieurs entreprises de la région Occitanie, qui portent certaines des ambitions de ce plan d’investissements. Dans le secteur la décarbonation de l’aviation, quelques-uns de ces futurs leaders de demain sont en effet toulousains dont Ascendance (ex Ascendance Flight Technologies) qui développe un avion à décollage et atterrissage vertical et un système propulsif hybride électrique ; Beyond Aero qui développe un avion de six places à propulsion électrique à hydrogène ; et les porteurs du projet EcoPulse (les groupes Daher, Safran et Airbus), un démonstrateur d’avion à propulsion hybride distribuée dont le prototype a effectué son premier essai en vol avec succès le 5 décembre, à Tarbes. 

Dans le domaine de la robotique, parmi les entreprises soutenues dans le cadre de France 2030, on peut citer TwinswHeel, basée à Fontanes dans le Lot, qui développe une gamme de robots autonomes destinés à la logistique urbaine ; Nimble One, une start-up toulousaine qui développe ARU, un opérateur de terrain robotique destiné à assister l’homme dans les environnements complexes ; ou encore Naïo Technologies, installée à Escalquens (31) qui développe des robots agricoles. Dans le secteur spatial aussi, l’Occitanie compte quelques pépites soutenues par France 2030 : l’entreprise Nobrak, basée à Montauban en Tarn-et-Garonne, qui conçoit et fabrique des coiffes de fusée ou encore Sophia Engineering qui développe HYP4Uses, un service d’imagerie hyperspectrale haute performance pour les nanosatellites.

Dans le secteur des énergies renouvelables, l’Occitanie a aussi une belle carte à jouer avec Genvia, une entreprise, créée en 2021 à Béziers par Schlumberger et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), qui a inauguré cette année son usine de production d’électrolyseurs haute température pour la production d’hydrogène vert. Dans le secteur de la santé enfin, la région est également en pointe, avec plusieurs projets structurants soutenus par l’État. C’est le cas du projet d’Institut hospitalo-universitaire (IHU) dédié au vieillissement en santé, porté par le CHU de Toulouse, qui a été retenu en mai dernier dans le cadre du programme « Accélérer notre recherche en santé » de France 2030.

Plus vite, plus fort

À Toulouse, Emmanuel Macron ne s’est pas contenté de dresser le bilan des deux ans du plan France 2030 : il en a profité pour lancer sept nouveaux défis aux industriels et à l’écosystème de la recherche français. Si les résultats déjà obtenus sont encourageants, « on n’est pas du tout arrivé, a-t-il ainsi affirmé. Il faut aller plus vite et plus fort, car ça va beaucoup plus vite ailleurs », notamment en Chine et aux États-Unis. Pour y parvenir, le gouvernement devrait accentuer ses efforts de simplification tous azimuts, mais au-delà, dans plusieurs domaines stratégiques, le président de la République a fixé de nouveaux objectifs.

Le chef de l’Etat en a profité pour donner un nouveau cap à sa stratégie d’innovation (© capture d’écran).

En matière énergétique, outre le développement des petits réacteurs nucléaires (SMR), il souhaite intensifier les efforts de recherche notamment sur la fusion nucléaire et les aimants supraconducteurs. Il entend également augmenter massivement les financements destinés au développement de l’hydrogène blanc (hydrogène naturel). Objectif : cartographier les réserves françaises et développer des techniques extractives respectueuses de l’environnement. « On a tout pour gagner cette bataille », a-t-il assuré. Autre ambition : le président de la République veut développer les capacités de captage et stockage du carbone (CCS) afin réduire de 10 % les émissions de carbone de l’industrie d’ici 2030. Les ressources minérales (lithium, nickel, cobalt) constituent un autre enjeu clé. Là aussi, il s’agira de cartographier ces ressources du sous-sol français de manière à les sécuriser et pouvoir ensuite les prélever de manière soutenable. 

Autre enjeu majeur : la santé. Si le chef de l’État a rappelé les efforts déjà menés avec notamment la création de 12 nouveaux IHU, il a également insisté sur la prévention en santé. De nouveaux programmes de recherche devraient être lancés pour accroître les connaissances sur les facteurs de risque. « On va mettre le paquet sur la prévention et la médecine prédictive », a-t-il ainsi affirmé.

Le président de la République entend également accélérer les investissements dans le domaine de l’intelligence artificielle dont le développement des usages, devenu exponentiel, va nécessiter la production de puces électroniques plus sobres. Il souhaite également l’implantation de datacenters sur le sol français.

Enfin, le chef de l’État souhaite accentuer les efforts dans le domaine spatial, afin de permettre à la France de conserver sa souveraineté notamment s’agissant des microlanceurs et des constellations de satellites. Emmanuel Macron souhaite par ailleurs accélérer le développement d’un vaisseau spatial cargo. « Ce sera un des axes principaux du plan France 2030 dans le domaine spatial dans les prochaines années », a-t-il ajouté. « On n’a pas le droit de ne pas tenter, de pas prendre de risques. Nous avons tout dans les mains, il faut simplement redoubler d’énergie et de courage », a conclu le président de la République.