À Toulouse, le studio Nuance Records mise sur le collectif pour booster sa croissance
Série 2/5. Studios d’enregistrement, disquaires, écoles de musique, billetteries indépendantes, associations… Cet été, La Gazette du Midi part à la rencontre de celles et ceux qui font vivre l’industrie musicale à Toulouse. Deuxième épisode avec Jérémy Dunne, fondateur du studio Nuance Records, qui a fait de la diversification de ses activités un levier de développement... avec succès.
Avec un chiffre d’affaires de plus d’1 Md€ en 2026, le marché français de la musique enregistrée se classe dans le top 6 mondial. L’Hexagone compte non seulement des artistes de renom, mais également des entreprises de streaming comme Deezer ou Qobuz, des labels et des maisons de disques telles que Because Music et Ed Banger Records.
Si le marché affiche une croissance de 3,9 % par rapport à l’année précédente, selon le syndicat national de l’édition phonographique, il reste fortement concurrentiel pour les acteurs indépendants de la production. La France compte aujourd’hui près de 2 000 studios d’enregistrement, selon Rentech Digital, dont 90 % sont exploités par un propriétaire unique. La Ville rose en compte à elle seule près d’une trentaine.
Face à l’essor des homes studios permettant désormais à n’importe qui d’enregistrer la musique chez soi, les acteurs du secteur cherchent des alternatives économiques. À Toulouse, Jérémy Dunne a ouvert en octobre 2023 son studio d’enregistrement Nuance Records au 14 rue Saint-Bertrand, après deux ans de travaux. Un lieu devenu depuis hybride qui héberge plusieurs structures actives sur la scène culturelle et associative locale.
Quatre structures en collaboration
Le trentenaire s’est lancé sur une enveloppe issus d’emprunts et de subventions. Dès 2023, il commence à vendre des vinyles neufs en plus de son activité au studio. « Au bout d’un an d’exploitation, j’ai rencontré Sophie Rousseau, auto-entrepreneuse et vendeuse itinérante de disques. Je lui ai alors proposé d’investir la boutique, d’y installer sa superbe collection et de collaborer sur le long terme », explique Jérémy Dunne.
Une première diversification réussie qu’il réitère abritant le café associatif Nuisance, ainsi que le label et la webradio toulousaine Égrégore fondés par Arnaud Despouy et Maxence Suty. Concrètement, le chef d’entreprise sous-loue l’espace aux différentes structures, ce qui lui permet de réduire ses coûts fixes et de créer un écosystème vertueux. Ce mode de fonctionnement leur permet notamment de bénéficier d’une clientèle commune.
Un forfait exclusif pour cinq artistes sélectionnés
Dans le détail, les artistes avec lesquels Jérémy Dunne travaille sont des artistes amateurs ou professionnels dans le new punk, la pop, la chanson ou le rap. « Ils réservent le studio soit pour enregistrer l’ensemble de leur album, soit ils apportent une maquette qu’ils vont simplement mixer chez nous ». Face à la concurrence et au profil des utilisateurs, l’entrepreneur a adapté sa politique tarifaire, avec des forfaits à l’heure ou à la journée allant de 54 à 360 €.
Le café-disquaire sert, lui, également de dépôt-vente pour certains producteurs passés par le studio : ceux-ci peuvent y exposer et commercialiser les éditions physiques (CD, vinyles ou cassettes) de leur dernière sortie. Pour l’ingénieur du son de formation, « il est nécessaire de valoriser la scène artistique locale, les productions made in Toulouse ».
Le chef d’entreprise a par ailleurs mis en place un système d’exclusivité. Celui-ci prévoit de sélectionner chaque année cinq artistes et groupes sur dossier et présentation de leur projet, et de leur proposer un forfait de 10 heures de répétition par mois. « Cette résidence leur permet de profiter d’un service personnalisé. Je les aide à installer leur matériel et à utiliser la cabine d’enregistrement. Je fais aussi la maintenance et je peux garder leurs équipements si besoin », explique Jérémy Dunne tout en soulignant que l’accès au studio peut se faire aussi de manière autonome.
Des concerts aux retombées économiques communes
Toujours dans cette optique de gagner en visibilité et de se différencier, Nuance Records donne aussi l’opportunité aux artistes de la scène toulousaine, en plus de ses clients, de venir jouer lors de showcases et de concerts organisés sur place.
« Pendant les travaux, j’ai organisé trois showcases par mois avec des artistes locaux, et j’ai maintenu cette démarche en proposant des dates à nos artistes résidents tous les premiers samedis du mois. » Une activité également portée par le café associatif qui profite des retombées économiques. Même principe avec l’accueil de deux commerçantes à la tête d’une activité de friperie. De quoi attirer un autre public, notamment des familles.
Au service de la culture locale
Si Jérémy Dunne a fait le choix d’accueillir plusieurs acteurs du secteur culturel local sous le même toit, c’est avant tout pour proposer un lieu hybride et complet. « Nous souhaitons que le public toulousain puisse profiter d’un espace de croisement entre production en studio pour les artistes, diffusion avec la webradio, vente et achat avec le disquaire et programmation d’événements », résume-t-il.
L’entrepreneur et les trois autres acteurs impliqués ont fermé boutique en juillet et en août afin de réaliser de nouveaux travaux d’aménagement et de réhabilitation. Avec l’ambition de continuer à agir pour l’accès à la culture dans le quartier, le groupe accueille également une entreprise qui organise trois jours par semaine des classes de soutien scolaire et met en location l’espace pour en faire des bureaux. Après cette pause estivale, Jérémy Dunne et Sophie Rousseau annoncent la réouverture du lieu dans deux semaines.