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141e année

Des excès de vitesse très peu excessifs

Société. 58% des amendes sanctionnant le non-respect des vitesses autorisées punissent des dépassements inférieurs à 5km/h. Sans le moindre effet sur la sécurité routière.

La politique de sécurité routière est quasi exclusivement basée sur les contrôles de vitesse
La politique de sécurité routière est quasi exclusivement basée sur les contrôles de vitesse (Crédit : DR)

Les radars automatiques concourent-ils à la sécurité routière ou ne sont-ils que de simples pompes à fric ? Les tenants de la seconde proposition étayent leur opinion en dénonçant l’implantation de nombreux radars dans des zones non accidentogènes mais propices aux dépassements des limitations. De façon empirique, chacun a pu le constater à son niveau. Les autres tiennent un discours faisant un fait un lien direct entre vitesse et accidentologie. Avec à l’appui des extrapolations mathématiques auxquelles on peut faire dire tout et son contraire. Il en résulte des débats sans fin sans qu’aucune certitude n’émerge de façon sérieuse. Cela n’empêche pas l’Etat de massacrer les automobilistes à coup de rafales de flashes de radar. Sans effet concret sur la sécurité routière comme l’ont confirmé plusieurs études pointant les limites du genre. En particulier un rapport de la Cour des Comptes publié en juin 2021 qui demandait d’abandonner une politique de sécurité routière exclusivement basée sur les contrôles de vitesse.

« Il est urgent de réorienter radicalement la politique de la Sécurité routière vers la lutte contre l’alcool et les stupéfiants au volant, le téléphone tenu en main »

L’association « 40 millions d’automobilistes » qui abat un travail considérable bien que peu suivi d’effets, au service des usagers de la route vient d’ajouter un élément au dossier des radars et de la vitesse grâce à l’insistance de Françoise Dumont, une sénatrice Les Républicains du Var. Elle a obtenu non sans mal la réponse à une question posée au ministère de l’intérieur à propos des excès de vitesse inférieurs à 10km/h ayant été sanctionnés. Quand on prend connaissance des résultats, on comprend mieux que l’Etat ait cherché à les garder sous le coude : 58% des dépassements de vitesse constatés en France sont inférieurs à 5km/h. Autrement dit, on dresse une amende à des conducteurs qui ont quitté des yeux leur compteur de vitesse pour s’intéresser à la route ou dont le compteur n’est pas facile à lire avec une parfaite exactitude comme c’est souvent le cas. Ces dépassements inférieurs à 5km/h n’ont aucune incidence sur la sécurité routière et l’accidentologie. Qui osera affirmer le contraire ? Certaines associations le prétendent sans donner d’éléments irréfutables le démontrant. Il n’empêche qu’ils font l’objet d’une amende et du retrait d’un point sur le permis de conduire. Une sanction qui semble remise en question. On devrait en savoir davantage rapidement.

« 40 millions d’automobilistes » est vent debout contre cette absence de discernement et « dénonce une politique de verbalisation à outrance, qui s’exerce injustement à l’encontre d’une majorité d’automobilistes raisonnables et responsables pour des infractions mineures au Code de la route et non-accidentogènes ». Et l’association de réclamer : « Plus de souplesse dans l’application de la politique de répression des petits excès de vitesse et demande depuis de nombreuses années que les peines sanctionnant les petits excès de vitesse hors agglomération soient plus mesurées et plus justes, au regard de la moindre dangerosité qu’ils représentent. »

6 Milliards € dans les caisses de l’Etat

Plus globalement, 95% des sanctions s’appliquent à des dépassements inférieurs à 20km/h alors qu’à l’autre bout du spectre, moins de 0,3% concernent des excès de 50km/h et plus. En une décennie, les 75 millions d’amendes ont généré plus de 6 milliards d’euros. Une excellente affaire pour l’Etat qui scandalise « 40 millions d’automobilistes » : « La première conséquence, c’est que des sommes faramineuses sont ponctionnées chaque année injustement dans la poche des automobilistes au prétexte de la sécurité routière. Mais en réalité, cette politique de verbalisation outrancière ne favorise absolument pas l’amélioration de la sécurité des usagers. La preuve, c’est que malgré la multiplication du nombre de radars et des contraventions pour excès de vitesse, la mortalité routière n’a plus diminué significativement depuis 2013 et ne sert finalement qu’à renflouer les caisses de l’État commente Pierre Chasseray, le délégué général de l’association de défense des automobilistes ».

Selon lui, cela génère un rejet massif de la politique mise en œuvre par la Sécurité routière, qui ajoute-t-il, « ne s’attaque jamais aux véritables causes des accidents ». Lesquelles sont pointées par Daniel Quéro, un des dirigeants de « 40 millions d’automobilistes » : « Il est urgent de réorienter radicalement la politique de la Sécurité routière vers la lutte contre l’alcool et les stupéfiants au volant, le téléphone tenu en main… qui sont des comportements infiniment plus accidentogènes que les petits excès de vitesse ». L’Etat renoncera-t-il à punir d’un point de retrait les conducteurs, coupables d’un petit excès de vitesse. La question est à l’étude. Par contre, abandonner la manne financière qui en découle ne fait pas partie de la réflexion actuelle. On s’en doutait.

Dominique Marée