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140e année

Les insuffisances de la politique de sécurité routière

Politique. Un rapport de la Cour des comptes met en évidence la nécessité de diversifier les mesures pour diminuer le nombre de tués sur la route et aller au-delà de la politique du tout radar.

Toujours plus de radars et de contrôles automatisés de la vitesse sur les routes : depuis longtemps, la sécurité routière est monomaniaque. Et ne ramène dans ses filets que de petits poissons dépassant les limites de quelques kilomètres/heures, ne générant aucun danger supplémentaire, contrairement au refrain des discours officiels répétés en boucle. Avec des résultats qui ont montré leurs limites. Certes, le nombre de morts sur les routes a été divisé par cinq depuis l’instauration des premières limitations de vitesse en 1972 mais personne n’est réellement en mesure de détailler avec précision les raisons de cet indiscutable progrès.

Depuis près d’une décennie, les chiffres des victimes sur les routes ne diminuent plus et restent stable, légèrement au-dessus du seuil des 3000 morts par an. A l’exception de 2020, la crise sanitaire ayant permis une baisse de 21% avec 2780 victimes. Pire, la France obtient des résultats plus mauvais que la plupart de ses voisins européens en terme de morts par million d’habitants. Notre pays est passé de la 7e place en 2008 à la 14e en une décennie. A l’évidence, il y a quelque chose qui ne fonctionne plus. Fort de ce constat, la Cour des Comptes a cherché à ouvrir des pistes destinées à faire baisser le nombre des morts de la route.

Le tout sous la forme d’un gros rapport de 300 pages, intitulé « La politique publique de sécurité routière », formulé dans le langage prudent - une litote - habituel des magistrats qui la composent. Avec pour commencer un éloge appuyé à la politique du tout répressif, conduite depuis plus de quatre décennies. Comme pour mieux s’en affranchir ensuite. Première critique : l’impossibilité d’évaluer le coût-avantage de cette politique, évaluée à la louche à 11 milliards d’euros par an, à cause de l’insuffisance des données disponibles.

La Cour constate également que les contrôles automatisés de vitesse ont conduit à une moindre présence des forces de l’ordre sur le terrain et à un déficit d’acceptabilité avec des « réticences et des ambiguïtés fortes ». En s’en prenant massivement aux radars implantés au bord des routes, les « Gilets jaunes » ont montré la réalité de ce constat...

Tout est à revoir

La Cour des comptes dégage trois axes d’actions en complément de celle « centrée sur le comportement des usagers » : « les véhicules », « la signalisation » et « les infrastructures » et met en avant 18 recommandations en s’inspirant des expériences réussies dans plusieurs pays européens.

Un ensemble qui vise à améliorer la cohérence d’ensemble de la politique de sécurité routière avec la détermination d’objectifs chiffrés clairement définis à moyen terme, la préconisation du travail en commun des différents intervenants dont les collectivités locales qui ont la responsabilité des infrastructures, le regroupement des moyens financiers, l’amélioration de l’organisation administrative des services intervenant sur ces questions, la recherche d’une plus grande adhésion de la population à travers des actions de communication notamment, la clarification de la politique d’implantation des contrôles automatisés...

Un catalogue qui, en creux, met le doigt sur ce qui ne fonctionne pas aussi bien qu’on cherche à nous le faire croire. On s’en doutait un peu. Des objectifs flous dont les contours sont incertains, des gens qui travaillent dans leur coin sans vision d’ensemble, des budgets éparpillés, des radars implantés sur on ne sait quels critères objectifs, des infrastructures qui ne cessent de se dégrader et jouent un rôle grandissant dans les accidents, des forces de l’ordre de moins en moins présentes sur le terrain, un recul des contrôles d’alcoolémie (baisse des dépistages de 17% en une décennie) et de détection des stupéfiants...

Ces préconisations seront-elles suivies d’effet ? Les rapports de la Cour des Comptes publiés régulièrement font l’actualité pendant un jour ou deux avant d’être rapidement oubliés et de prendre la poussière au fond d’un placard où ils sont remisés pour l’éternité.

Dominique Marée