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Malus CO2 et poids : par ici la monnaie

Marché. Les lourdes taxes générées par les malus liés aux émissions de CO2 et au poids frappant les voitures neuves ont rapporté près de 850 millions d’euros à l’État en 2025.

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Photo de Porsche 911
Les acheteurs de la mythique Porsche 911 ont été les plus généreux contributeurs au budget de l’état en payant près de 30 millions d’euros de malus (Crédits : DR)

L’an passé, plus de 784 000 acheteurs d’une voiture neuve ont été contraints d’acquitter une taxe sur les émissions de CO2 parce que leur véhicule rejetait 112 g/km ou plus ou dépassait 1 600 kg. Certains ont même eu droit à la double punition fiscale. C’est près de la moitié des voitures neuves immatriculées en France. Au total, le produit de ces deux malus dits « écologiques » a fait entrer 848,5 millions dans les caisses sonnant le creux de l’État français. Sur le seul exercice 2025, le produit de cet impôt a progressé d’un tiers. Ce bond en avant spectaculaire s’explique par l’abaissement chaque année du seuil d’émissions échappant à la taxation et dans une moindre mesure à celui de la masse. Désormais, la quasi totalité des voitures thermiques sont concernées et les hybrides ne sont plus épargnées, en particulier les versions rechargeables pénalisées par le poids de leur batterie. Pour le moment, seuls les 100% électriques y échappent encore totalement. Mais la menace de pénalités plane sur leurs très lourdes batteries...

L’an dernier, chaque acheteur d’une voiture neuve a été ponctionné de 1 082 € en moyenne. D’autres ont payé au prix fort leur envie de voitures performantes ou de SUV luxueux. Avec un malus maximum fixé à 70 000€ et jusqu’à 30€ le kilo supplémentaire, l’addition peut grimper à des sommets vertigineux. À ce drôle de jeu, ce sont les clients des marques allemandes premium qui ont rapporté le plus à l’État. En tête, l’étoile Mercedes (144 millions d’euros) brille comme jamais, loin devant BMW (100 millions), Audi (74) et Porsche (48 millions). Un intrus parmi elles, allemand lui aussi mais un constructeur généraliste : Volkswagen (75 millions). Le modèle qui a généré le plus de malus est la Porsche 911. Les 438 heureux acheteurs de l’archétype de la voiture de sport ont versé près de 30 millions d’oboles à l’État. Un quotient inégalé. Et pourtant, les immatriculations de l’emblématique 911 se sont effondrée en 2025 de plus de 40%. Recevront-ils une médaille pour leur contribution au budget de l’État ? Les propriétaires d’un SUV BMW X3 ont eux aussi participé à l’effort national avec près de 27 millions de taxes versées. Mais ils se sont mis à plus de 5600 pour y parvenir. Moins nombreux – seulement 3 327 – les clients d’une Mercedes GLC se sont dépouillés pour livrer sur un plateau 24,4 millions d’euros au Trésor Public. Un top 5 des meilleurs contributeurs complété par un autre SUV à l’Etoile, la Mercedes GLA (21, 9 millions) et le Volkswagen Tiguan (20,2 millions).

Jusqu’à 80 000€ de malus cette année

La suite l’est moins. À la 13e place de ce palmarès, pointe le bout du capot de la Dacia Sandero. De toutes les Sandero sans exception, aucune n’échappant au malus en raison d’émissions de CO2 supérieures au seuil fatidique. La troisième voiture la plus vendue en France (64 399 immatriculations l’an passé), celle qui caracole en tête des ventes aux clients particuliers a rapporté 13,3 millions d’euros aux finances publiques. L’alourdissement du malus lié aux émissions de CO2 et celui à la masse ont-ils contribué à diminuer les émissions de CO2 et poussé les clients vers les modèles 100 % électriques ? On peut constater que les rejets de CO2 ne cessent de diminuer. En décembre 2023, ils étaient en moyenne de 92,1 g/km, un an plus tard, ils tombaient à 88,9 g/km et en décembre dernier à 81,9 g/km. Cette baisse régulière, est liée pour partie aux efforts des constructeurs pour proposer des moteurs plus propres, à la montée en puissance des voitures hybrides qui concentrent désormais 50,5% de part de marché et à l’augmentation des 100% électriques faisant mécaniquement baisser le niveau moyen d’émissions. À l’inverse, l’accumulation des taxes ajoutées aux tarifs très élevés des voitures ont plutôt conduit les acheteurs potentiels à estimer qu’il était d’urgent d’attendre avant d’acheter une nouvelle voiture. À tort ou à raison car cette année, le seuil d’exemption de malus au CO2 a été fixé à 107g/km avec un maximum à 80 000 € – dans certains cas extrêmes beaucoup plus que le tarif de la voiture elle-même – et celui du déclenchement des pénalités pondérales à 1 500 kg. À ce rythme, les compactes familiales thermiques seront bientôt concernées. De quoi atteindre le milliard d’euros généré par les divers malus fin décembre ?