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141e année

Antocyâme fait chanter les vignes du Tarn-et-Garonne

Viticulture. Muriel Zoldan a réussi son pari, elle est devenue vigneronne à La Salvetat-Belmontet. Elle est aux commandes d’un domaine de 7,5 hectares. Soucieuse de l’environnement, elle produit des vins proches de la nature, des vins qui séduisent une clientèle exigeante, ouverte sur de nouvelles méthodes de production.

Antocyâme produit 30 000 bouteilles par an. DR

L’oenologie, c’est du sérieux, vous dira Muriel Zoldan sur un sourire. « Il faut connaitre les codes pour produire un vin libre et sans intrant. Je suis passionnée par la transformation du raisin, j’aime comprendre comment fonctionnent les molécules. » Muriel Zoldan fait aisément le lien entre la science et la vigne. Chimiste de formation, elle a travaillé à la Seppic à Castres, la branche recherche d’Air Liquide puis a décidé de changer de direction.

« J’ai découvert l’oenologie lors d’ateliers de dégustation entre collègues de travail ». Muriel Zoldan a alors eu une révélation. Elle s’inscrit à l’Ensat de Toulouse et suit un cursus de deux ans pour devenir oenologue. « Je n’imagine pas, ajoute Muriel Zoldan qu’il n’y ait pas cette réflexion derrière la production d’un vin. Je fais le parallèle avec le travail des chefs. Ils peuvent se permettre une part d’improvisation parce qu’ils connaissent les bases de la cuisine. »

En 2017, Muriel Zoldan achète le domaine Antocyâme

Diplôme d’oenologue en poche, elle rejoint le Domaine de Sauzet dans les Cévennes pour occuper un poste de régisseuse. Elle va y acquérir une solide expérience avant de revenir dans le Sud-Ouest pour se rapprocher de son conjoint et de sa famille. Elle découvre une annonce pour un domaine à vendre près de Montauban. « Je l’avoue ce n’était pas le terroir dont je rêvais, mais aujourd’hui je ne changerais pour rien au monde », se souvient Muriel Zoldan. Le domaine était en mauvais état mais il était déjà en bio depuis 2009, les sols étaient propres un avantage indéniable.

« C’est la vigne qui donne le tempo »

Sur l’appellation IGP Coteaux et terrasses de Montauban, elle s’est lancée dans la production de vin – méthode nature –. « Je préfère le vin vivant, explique Muriel Zoldan, ce sont des vins non filtrés sans aucun additif, ce n’est que du raisin fermenté. » Où intervient la chimie sur ce type de vin ? Il n’y en a pas vous dira Muriel Zoldan, « ce sont des vins où le goût et la texture n’ont pas été standardisés. » La viticultrice emploie d’ailleurs lors de ses dégustations un tout autre vocabulaire que celui bien connu des amateurs de vin, « les palais ne sont pas les mêmes, on ne goûte pas de la même façon un vin naturel. On parle d’énergie, de tension, de vin vivant. »

Comment développer le domaine ?

Muriel Zoldan produit près de 30 000 bouteilles par an. Elle a démarré avec 13 hl par hectare, elle est aujourd’hui à 25 hl. Le travail des sols commence à porter ses fruits. Être vigneronne, c’est être chef d’entreprise, entre la gestion des douanes, le travail de la vigne, l’accueil des cavistes et restaurateurs, les jours passent trop vite. En saison, la passionnée fait appel à des saisonniers en prestation de service. Elle aimerait arriver à 30 % d’export, « les factures sont payées lorsque le vin est expédié », explique-t-elle, un avantage pour la trésorerie.

De nombreux restaurateurs régionaux lui font confiance comme Aponem dans l’Hérault, le Bruit en Cuisine ou encore Antoine à Montauban.... Muriel Zoldan ne participe pas aux grands salons viticoles, « les clients viennent y chercher des prix et du volume, ce n’est pas mon créneau… ». Elle va préférer un salon offrant une belle visibilité à des vigneronnes, Canon à Nantes ou encore le premier salon des vins nature à Rodez, Contrastes, en juin prochain. Son mari, Benjamin Zoldan, partage sa passion pour le vin. Ancien sommelier, il garde un oeil sur les cuvées. « C’est la vigne qui donne le tempo » conclut Muriel Zoldan.

Dorisse Pradal