Informations régionales économiques et juridiques
140e année

Le Chasselas de Moissac fête les 50 ans de sa labellisation

Viticulture. L’AOP tarn-et-garronaise a pris le virage du bio et de la certification Haute Valeur Environnementale.

La production de Chasselas de Moissac a atteint 3299 tonnes en 2020. Jacques Laporte

L’année 2021 aura été remarquable à plus d’un titre pour l’AOP Chasselas de Moissac. En premier lieu, parce que la météo, plus que capricieuse, a fortement pesé sur les volumes et la qualité des raisins de nombreux vignobles en France. Alors qu’une exceptionnelle période de gel et de froid frappait la vigne en avril, les efforts produits par les agriculteurs exploitants pour protéger nuitamment leurs cultures ont cependant permis de préserver en grande partie la majorité du vignoble « même si certaines zones ont été plus durement touchées », déplore le Syndicat de défense du Chasselas de Moissac AOP.

Le printemps très pluvieux qui a suivi, ainsi que les faibles températures qui ont sévi de mai à juillet, ont également mis la vigne à rude épreuve. L’occasion pour cette variété endémique de montrer encore une fois « son exceptionnelle capacité d’adaptation ». L’arrière saison, avec un temps plus clément au mois d’août, a toutefois permis « une bonne fin de maturité ». Résultat après 1200 heures de travail à l’hectare : les grappes de ce millésime sont un peu plus denses et plus serrées que d’ordinaire et surtout la production devrait être inférieure aux années précédentes, de l’ordre de 30% sur l’ensemble du vignoble avec de fortes disparités selon les parcelles.

Pour autant, 2021 est également une année remarquable puisqu’elle marque les 50 ans de l’obtention de l’Appellation d’origine contrôlée pour le Chasselas de Moissac, premier fruit frais à décroche ce label. Un gage de qualité renforcé avec l’obtention 25 ans plus tard, en1996, de l’Appellation d’Origine Protégée (AOP) au niveau européen.

Bio, HVE et barquettes éco-responsables

Le Chasselas de Moissac AOP comprend aujourd’hui un vaste territoire de 434 hectares qui s’étend sur 76 communes, réparties entre le sud du département du Lot et le nord du Tarn-et-Garonne, dans le Quercy. La culture de ce raisin d’exception pratiquée au sein de 217 exploitations, est également inscrite depuis 2017 à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel français, au même titre que les savoir-faire des cristalliers de Daum, la barquette marseillaise, la dentelle au fuseau du Puy-en-Velay ou la culture du cresson à Méréville… Pour marquer cet anniversaire, plusieurs événements vont se succéder, dont la parution d’un livre de photos de Jacques Laporte qui rend hommage au savoir-faire des hommes et des femmes qui produisent le Chasselas de Moissac.

Sur les 247 exploitations recensées dans l’AOP, 25 produisent du Chasselas de Moissac bio, soit 5 à 7 % de la production annuelle. Depuis 2020, une partie des exploitations s’est également engagée dans la démarche « Haute Valeur Environnementale ». Alors qu’ils étaient 50 en 2020, ils sont aujourd’hui 81 à détenir cette certification par laquelle ils se sont engagés à « préserver la biodiversité (insectes, arbres, haies, bandes enherbées, fleurs…), à avoir une vraie stratégie phytosanitaire (fréquence de traitement, utilisation de méthodes alternatives à la lutte chimique…), à gérer la fertilisation (quantité d’azote apportée, couverture des sols…) et la ressource en eau (économie d’eau, utilisation d’outils d’aide à la décision…) ».

Ces 81 exploitants certifiés représentent à eux seuls 220 hectares soit un peu plus de 50 % des surfaces en Chasselas de Moissac AOP. Cette certification individuelle est délivrée pour trois ans. L’appellation a également pris le parti de réduire son impact environnemental en adoptant un conditionnement plus « vert », via des plateaux en bois ou en carton et des barquettes fabriquées à partir de matériaux recyclés à hauteur de 85%. Un taux encore insuffisant pour le syndicat qui souhaite atteindre 100 % de carton recyclé. 90000 barquettes en carton en 750g ont ainsi été produites cette année sous ce cahier des charges. Chaque année, les 434 hectares de l’AOP produisent de l’ordre de 3300 tonnes de raisin (3 299 tonnes en 2020 contre 3329 tonnes en 2019), distribuées à hauteur de 80 % en grandes et moyennes surfaces.

Agnès Bergon