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141e année

Le château Terre Fauve fait peau neuve

Viticulture. Morgane Jouan et Nicolas Baudet, partenaires dans la vie et au travail, ont repris le château Terre Fauve au nord de Toulouse, en 2020. Leur ambition ? Faire fructifier ce domaine de l’AOP Fronton et lui apporter un coup de jeune. Le duo entend poursuivre son activité à l’export et développer en parallèle d’autres gammes de produits.

Nicolas Baudet et Morgane Jouan. DR

Ils n’ont pas froid aux yeux et ont le respect de travail bien fait et de la nature. En pleine année Covid, Morgane Jouan et Nicolas Baudet, deux jeunes oenologues alors âgés de 26 ans, ont racheté le château Terre Fauve, un domaine viticole de 13 hectares de vignes, pour la plupart centenaires, implantées en AOP Fronton. Niché au Nord de la Ville rose, le vignoble de Fronton arrive en tête des plus anciens terroirs viticoles français. Une marque d’authenticité que le couple s’attache à moderniser. Lui, diplômé d’une licence de pharmacie et d’oenologie à Toulouse, a notamment forgé son expérience dans des vignobles du Sud-Ouest, et divers grands crus de la région bordelaise. Ce passionné de vinification a fait ses classes au domaine de la Janasse (Châteauneuf-du-Pape), de La Castille (en Provence), puis dans des propriétés du groupe De Mour (Saint-Emilion et Margaux) et de Clarence Dillon (château Haut-Brion), avant de devenir maître de chai adjoint au château Quintus.

« Nous avions de notre côté une autre conception du marché, des envies de développement et l’objectif de rajeunir l’image du vin de Fronton »

De son côté, sa compagne, diplômée d’une licence de biologie et d’un master de recherche oenologique à Bordeaux, s’est forgée au domaine de Chevalier, aux châteaux Grand Lartigue, Ferrand-Lartigue et Tourteau Cholet, avant de se tourner vers la recherche scientifique en 2019 qui a abouti à un prix. À l’issue d’une incursion dans le groupe Clarence Dillon, au château de Quintus, elle décide, avec son compagnon, de devenir propriétaires du château Terre Fauve. « Nous l’avions remarqué mais à ce moment-là, son prix était trop élevé. Lorsque celui-ci a baissé, nous sommes revenus le visiter, après avoir sillonné la région. L’histoire et le potentiel de ces vieilles vignes nous ont particulièrement séduits. Nous avons tout lâché pour ce coup de folie, et nous avons ardemment travaillé pour façonner le domaine à notre image », explique Nicolas Baudet.

Vers une certification bio

Après un investissement de 340 K€ pour la totalité du domaine, comprenant aussi le matériel, le couple, qui a toujours eu dans l’idée de voler de ses propres ailes, a rapidement pénétré le marché mondial en vue d’entamer des rénovations et une vraie transformation. « L’ancien propriétaire avait encore une façon de travailler à l’ancienne et vendait principalement en vrac sur les marchés. Nous avons d’ailleurs en amont travailler sur le millésime de 2019, ce qui nous a permis de commercialiser rapidement nos vins. Nous avions de notre côté une autre conception du marché, des envies de développement et l’objectif de rajeunir l’image du vin de Fronton. » S’ensuit alors une rénovation de la bâtisse, une nouvelle image de marque, et notamment une transition vers le vin naturel.

« Lors de la reprise, je ne visais pas forcément l’appellation de l’agriculture biologique, mais je n’avais pas envie d’intoxiquer le sol, et les consommateurs. Ainsi, nous avons entamé une vinification sans intrant d’autant que le cépage de la négrette doté d’un PH élevé a ainsi peu d’acidité, ce qui signifie que le souffre est peu actif et que nous pouvons donc travailler la vigne à notre façon. Et puis, lors de mes expériences passées, j’ai également baigné dans l’univers de l’agriculture raisonnée même si les vins n’affichaient pas la certification AB », explique-t-il. Cependant, l’appellation biologique, qui devient de plus en plus un argument commercial, est particulièrement appréciée aux quatre coins du monde. À ce titre, le domaine se met à la page, avec une certification prévue à l’horizon 2023. En attendant, le domaine a créé 14 cuvées différentes, soit 300 hectolitres en 2019 (près de 40 000 bouteilles), 450 hectolitres en 2020 soit 60 000 bouteilles et seulement 12 000 bouteilles en 2021.

Atteindre les quantités de référence

« Notre objectif en 2022 est d’atteindre les quantités de l’année de référence. Cependant, nous n’envisageons pas d’augmenter les surfaces des vignes même si nous bénéficions de près de 70 hectares cultivables sur le domaine car cela demande beaucoup de travail à deux. De plus, nous faisons évoluer chaque année nos cuvées, car nous nous adaptons au millésime, aux aléas, à la demande du marché et nous aimons garder l’innovation à l’esprit », souligne le vigneron. D’ailleurs, le château Terre Fauve collabore également avec des artistes français et étrangers tels que Ayoko Matsumoto (aquarelles japonaises), Jazzu (artiste local de street art), Jimmy Gonzalez, Louise Colin, etc., pour dynamiser l’image du Fronton et séduire une nouvelle clientèle.

« Nous avons déjà réalisé une bière ambrée et une bière blonde. Nous envisageons d’étoffer la gamme avec trois bières supplémentaires d’ici les trois prochains mois »

« Au-delà de la Bretagne et du bassin parisien où nous avons une forte présence, nous exportons également nos cuvées aux Pays Bas qui ont été notre premier client étranger, au Canada, en Corée, et au Japon. Nous souhaitons renforcer notre présence en Asie, et pénétrer davantage le marché européen, notamment en Angleterre, en Belgique, en Suède et en Norvège. Pour l’heure, l’export constitue 60% de nos ventes. Nous envisageons de monter cette part à 80%. De par notre façon de travailler, notre volonté de mettre sur le marché des vins accessibles et de qualité pour les nouvelles générations, nous réconcilions ainsi les amateurs avec la négrette, dont le Frontonnais a le quasi-monopole de la culture en France, mais qui avait mauvaise réputation. Nous remettons ce cépage et d’autres au goût du jour. » La marque entend aussi asseoir davantage sa notoriété dans l’univers de la gastronomie en se rapprochant de chefs étoilés. « Pour l’heure, nous collaborons avec les restaurants En marge et Pyr à Toulouse. »

Bières et cosmétiques

Parmi les axes de développement, figurent également des activités complémentaires telle que la mise en place d’une brasserie et l’élaboration de cidre local. « Nous avons déjà réalisé une bière ambrée et une bière blonde. Nous envisageons d’étoffer la gamme avec trois bières supplémentaires d’ici les trois prochains mois. L’idée est de proposer d’autres produits à nos clients, de s’amuser et de créer des gammes originales à partir de notre savoir-faire viticole », souligne le passionné qui ne manque pas d’idées. Dans la feuille de route des propriétaires, s’inscrit également le développement d’une gamme de cosmétiques à partir de la vigne, en collaboration avec le laboratoire Lebeau situé à Grisolles dans le Tarn-et-Garonne, pour satisfaire notamment la clientèle asiatique.

« La Corée est particulièrement intéressée. Pour l’heure, nous avons commercialisé quatre produits à travers notre site et quelques boutiques, à savoir un baume à lèvre, une crème de jour, une mousse nettoyante et un sérum. Nous envisageons de poursuivre la R & D en vue de reproduire les caractéristiques de la négrette, un des cépages les plus riches en antioxydant », conclut Nicolas Baudet. Le château Terre Fauve ambitionne d’être partenaire de différents événements artistiques et féminins. L’entreprise, qui a réalisé un CA de 140 K€ dans sa première année d’activité, espère atteindre 240 K€ la deuxième année.

Jennifer Legeron