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Agriculture bio : l’Occitanie confirme-t-elle son statut de locomotive ?

Enquête. Première région française pour l’agriculture biologique, l’Occitanie continue de peser lourd dans la filière. Le bilan 2025 de l’Agence Bio montre cependant une dynamique à plusieurs vitesses, entre recul des installations, tensions dans certaines productions mais aussi reprise encourageante de la consommation. De quoi, peut-être, entrevoir une nouvelle dynamique pour la filière.

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En Occitanie, les surfaces bio et en conversion sont encore en baisse pour les grandes cultures en 2025 (-4 % vs 2024). (©Pixabay)

Avec plus de 600 000 hectares cultivés en bio et près d’un quart des exploitations biologiques françaises, l’Occitanie confirme, une nouvelle fois, son statut de locomotive du bio hexagonal. Un leadership qui résiste malgré un contexte encore marqué par les conséquences de la crise de consommation des ménages de ces dernières années. Les chiffres publiés en ce début juillet par l’Agence Bio [1] montrent une région qui tient le cap, mais dont les équilibres continuent d’évoluer.

À l’échelle nationale, la filière reste en phase de stabilisation. En 2025, la France comptait 61 159 fermes engagées en agriculture biologique, soit une baisse de 1 % sur un an. Les surfaces bio et en conversion reculent elles aussi de 1 %, pour atteindre 2,69 millions d’ha. Dans le détail, les surfaces déjà certifiées progressent légèrement (+0,4 %), tandis que les surfaces en conversion chutent de 8 %, retrouvant leur plus bas niveau depuis plusieurs années. Malgré ce ralentissement, la bio représente toujours 10 % de la surface agricole utile (SAU) française (c’est-à-dire l’ensemble des terres effectivement exploitées, qu’il s’agisse de cultures, de prairies ou de vignes) et concerne 17 % des exploitations agricoles.

Premier territoire bio de France

Dans ce paysage national, l’Occitanie reste solidement installée en tête. La région totalise 14 634 fermes bio, soit 24 % des exploitations biologiques françaises, et 606 502 ha cultivés en bio ou en conversion, représentant 23 % des surfaces nationales. Des volumes quasiment identiques à ceux de 2024. Le nombre de fermes ne recule en effet que de 0,3 %, soit 45 exploitations de moins, tandis que les surfaces globales demeurent stables.

Derrière cette relative stabilité se cache toutefois une évolution plus contrastée. Les surfaces déjà certifiées progressent de 1 %, mais les surfaces en conversion reculent, elles, de 7 %. Après un rebond observé en 2024, largement alimenté par des conversions de cultures de coriandre ou de luzerne permettant de bénéficier des aides à la conversion, les nouvelles surfaces engagées reviennent désormais à un niveau comparable à celui de 2023.

L’Occitanie affiche par ailleurs « des niveaux de pénétration du bio » sans équivalent en France : 26 % des producteurs agricoles régionaux sont engagés en bio, tandis que 19 % de la SAU est cultivée selon ce mode de production.

Le Gers : champion incontesté

À lui seul, le Gers continue d’incarner cette puissance régionale. Malgré une baisse de 8 % de ses surfaces bio, le département conserve la première place nationale avec 98 552 ha cultivés et 1 977 producteurs engagés.

La dynamique est toutefois loin d’être homogène sur le territoire. Si plusieurs départements enregistrent une progression du nombre d’exploitations bio, d’autres reculent, notamment le Gard (-2 %), l’Hérault (-3 %), le Gers (-4 %) et la Haute-Garonne. Même constat pour les surfaces : la moitié des départements gagnent du terrain quand l’autre moitié en perd, à l’image de la Haute-Garonne (-3 %).

Les Pyrénées-Orientales tirent néanmoins leur épingle du jeu en affichant 34 % de leur SAU cultivée en bio, ce qui en fait le premier département occitan et le cinquième au niveau national selon ce critère.

L’atout des surfaces fourragères

Le leadership régional repose avant tout sur les surfaces fourragères. Prairies permanentes, parcours et cultures destinées à l’alimentation animale représentent désormais 385 030 ha, soit 63 % des surfaces bio d’Occitanie.

Les grandes cultures arrivent loin derrière avec 20 % des surfaces, devant la viticulture (8 %). Mais là encore, les situations diffèrent selon les productions. Les grandes cultures poursuivent leur repli avec une baisse de 4 % des surfaces, certes moins marquée qu’en 2024, mais qui confirme une tendance de fond. Depuis le pic atteint en 2021, la filière régionale a perdu 27 % de ses surfaces et 45 % de sa collecte, un recul bien plus prononcé que la moyenne nationale. À l’inverse, les légumes retrouvent des couleurs avec une progression de 5 % des surfaces après une année 2024 particulièrement difficile.

La viticulture, elle, traverse une période beaucoup plus délicate. Les surfaces bio reculent de 11 %, affectées à la fois par la campagne d’arrachage menée dans le Languedoc et par « des déconversions ». Les plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) enregistrent également une baisse, conséquence directe de la fin de "l’effet coriandre" observé en 2024 et du plafonnement des aides à la conversion. Malgré cela, plus de 3 000 ha restent consacrés à cette culture et près de 500 exploitations bio ne produisent que de la coriandre.

Les filières animales poursuivent leur recul

L’élevage bio n’échappe pas aux difficultés. Toutes les principales filières animales voient reculer à la fois leur nombre d’exploitations et leurs effectifs en 2025. Les élevages de vaches allaitantes demeurent les plus représentés avec 1 155 exploitations, devant les ateliers de brebis viande (692 exploitations). Les productions laitières restent dominées par les brebis (306 élevages) et les chèvres (342 élevages).

Les filières avicoles poursuivent également leur contraction. Les élevages de poulets de chair ne comptent plus que 90 exploitations, tandis que les poules pondeuses en regroupent 356. La baisse est particulièrement marquée pour les poulets de chair, dont le nombre d’exploitations a chuté de 17 % en un an.

La filière porcine continue également de décroître, prolongeant une tendance engagée depuis 2021. À contre-courant, seule l’apiculture poursuit son développement avec 347 apiculteurs exploitant plus de 60 000 ruches.

Les circuits spécialisés dopent la consommation

C’est LA bonne nouvelle de ce rapport. Après plusieurs années compliquées, le marché du bio montre enfin des signes de reprise. En France, les dépenses alimentaires consacrées au bio représentent toujours 5,8 % du budget alimentaire des ménages. Le marché de la consommation à domicile progresse de 3,6 %, pour atteindre 12,6 Md€. Pour la première fois depuis 2022, cette croissance s’appuie non seulement sur une légère hausse des prix (+1,6 %), mais aussi sur une augmentation des volumes vendus (+2 %).

L’Occitanie fait même mieux que la moyenne nationale. Le marché régional est estimé à 1,47 Md€, en hausse de 3,7 % sur un an. Cette progression est largement portée par les magasins spécialisés, dont le chiffre d’affaires bondit de 10 %. À l’inverse, la grande distribution continue de perdre du terrain (-0,7 %) et ne représente plus que 39 % du marché régional, une part inférieure à la moyenne nationale.

Autre indicateur révélateur : chaque habitant d’Occitanie dépense en moyenne 235 € par an en produits biologiques, contre 189 € au niveau national. Dans les paniers des consommateurs régionaux, les légumes et les fruits frais restent les produits les plus achetés, devant les œufs, les produits laitiers, puis les fruits et légumes transformés, les volailles ainsi que les pains, céréales et légumineuses.

[1Groupement d’intérêt public en charge du développement, de la promotion et de la structuration de l’agriculture et de l’alimentation biologiques, l’Agence BIO a été fondée par les ministères de l’Écologie et de l’Agriculture, associés aux familles professionnelles concernées, dès 2001.