Avec l’OMCO, Cyber’Occ veut mieux armer les entreprises occitanes face aux cyberattaques
Numérique. Avec son Observatoire des menaces cyber en Occitanie (OMCO), le centre régional de cybersécurité d’Occitanie veut mieux cartographier les menaces qui pèsent sur les entreprises du territoire et leurs impacts économiques. Objectifs ? Transformer les données collectées en outil d’aide à la décision pour protéger l’activité et mieux orienter les investissements en cybersécurité.
Typosquattage (ou “domain squatting”), vol de données, virus, arnaque au président, rançongiciel… Face à la multiplication et à la sophistication des attaques informatiques, ainsi qu’à leurs conséquences, la cybersécurité est devenue comme un enjeu stratégique à part entière pour les collectivités, les services publics et les entreprises.
Selon une analyse publiée en avril 2026 par l’agence normande de sécurité informatique RM3A, plus de 54 000 incidents de sécurité ont été signalés en France au seul premier trimestre, soit une progression d’environ 37 % sur un an. Pour les sociétés victimes, la facture peut rapidement s’alourdir. Aux coûts directs (intervention d’un prestataire spécialisé, remplacement de matériel, etc.) s’ajoutent des coûts indirects, plus difficiles à mesurer. Perte d’exploitation, hausse de la prime d’assurance, départ de clients ou encore sanctions en cas de mauvaise gestion d’une fuite de données personnelles... Les conséquences d’une attaque dépassent largement le seul montant de la rançon et peuvent durablement affecter leur image et leur réputation.
Les petites entreprises en première ligne
Moins dotées en ressources humaines et financières que les grands groupes, les TPE et PME apparaissent particulièrement vulnérables. Un incident informatique peut ainsi mettre en péril la continuité même de leur activité. Fin août, la ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, Anne Le Hénanf, déclarait sur LinkedIn qu’« une entreprise sur deux, victime d’une cyberattaque majeure, ne s’en relève pas ».
Une affirmation depuis remise en question par plusieurs experts, notamment en raison de la difficulté à établir précisément un tel taux de défaillance. Le constat d’une fragilité accrue du tissu économique reste néanmoins largement partagé. Selon l’Autorité française chargée de la sécurité des systèmes d’information(ANSSI), le coût total moyen d’un tel incident pour une TPE ou PME française atteignait 58 600 € en 2025.
Dans ce contexte, la prévention et la capacité à réagir deviennent des enjeux majeurs. « Il existe un vrai enjeu d’acculturation, de formation et de diffusion de l’information à réaliser. À la fois en amont, sur les bonnes pratiques à adopter et aussi en aval, pour savoir vers qui se tourner pour être aidé », expliquait déjà en novembre 2024 Olivier Auradou, alors nommé directeur général du Centre de cybersécurité régional Cyber’Occ.
Créé en 2022 par la Région Occitanie, l’agence d’attractivité Ad’Occ et l’association Ekitia, avec le soutien de l’ANSSI, Cyber’Occ s’est progressivement imposé comme un acteur central de la cybersécurité régionale. La structure fédère aujourd’hui près de 100 adhérents (entreprises, institutions, associations et acteurs académiques) et mène des actions destinées à accompagner la montée en maturité cyber des organisations du territoire.
Elle opère notamment le service régional de réponse à incidents cyber, accessible gratuitement au 0800 71 13 13 aux TPE, PME, ETI, collectivités et associations d’Occitanie confrontées à un cyberincident. Son objectif ? Apporter un premier niveau d’assistance aux organisations victimes. Également labellisé Campus Cyber Territorial, la structure intervient à ce titre sur les questions de formation, d’innovation, de sensibilisation et de mobilisation de l’écosystème régional.
Une « connaissance partagée de la menace »
C’est dans cette logique que Cyber’Occ vient de franchir une nouvelle étape avec le lancement, le 8 septembre dernier, de l’Observatoire des Menaces Cyber en Occitanie (OMCO), présenté comme le premier observatoire régional des cybermenaces en France.
Disponible sur cyberocc.info, l’OMCO entend apporter « une lecture territorialisée de la menace cyber ». Si les rapports de l’ANSSI, du CERT-FR ou de Cybermalveillance.gouv.fr permettent de dresser un état des lieux national, ils ne donnent pas nécessairement à voir les spécificités propres aux territoires. Avec l’OMCO, Cyber’Occ souhaite donc répondre à une question plus concrète pour les acteurs locaux : quelles menaces touchent aujourd’hui les organisations occitanes, quels secteurs sont les plus exposés et quels sont les impacts de ces attaques ?
« Aucun rapport national ne dit à un dirigeant occitan ce qui menace son entreprise cette semaine. L’OMCO répond à cette question, avec les données issues de nos propres interventions et de celles de nos adhérents », explique Marc Sztulman, président de Cyber’Occ. Pour le responsable, le lancement de l’Observatoire constitue une nouvelle, à savoir celle de la « connaissance partagée de la menace ».
L’OMCO doit ainsi répertorier les cyberattaques, leur typologie, les structures touchées, les secteurs d’activité et les zones géographiques concernées, mais aussi leurs impacts financiers. Sa version publique est accessible librement et donne accès aux principales informations et analyses. Les adhérents de Cyber’Occ disposent, eux, d’un espace dédié proposant un niveau d’information plus fin, notamment à l’échelle départementale, ainsi que des analyses détaillées, des contenus exclusifs et des ressources complémentaires.
L’ambition est double : « mieux comprendre la menace pour mieux agir ». L’Observatoire doit permettre d’identifier les structures les plus exposées, d’adapter les politiques régionales de cybersécurité et de mieux cibler les actions de prévention, de formation et d’accompagnement. Il doit également favoriser le partage d’informations entre les acteurs régionaux et contribuer à objectiver les besoins en matière de sensibilisation et de mise en conformité. À terme, Cyber’Occ souhaite même disposer d’une capacité permettant d’identifier les menaces actives en cours.
La force du collectif contre la menace cyber
Pour établir cette cartographie, l’Observatoire s’appuie sur plusieurs sources. Les signalements et incidents traités par le centre de réponse à incidents d’Occitanie constituent le socle du dispositif. Ils sont complétés par les remontées d’autres structures partenaires aux niveaux régional et national, ainsi que par les informations transmises par les sociétés de conseil, d’audit et de réponse à incident intervenant sur le territoire.
Dans un second temps, les données directement issues des victimes de cyberattaques et celles des forces de sécurité intérieure (gendarmerie et police ) doivent venir enrichir le dispositif. Leur compilation est d’ores et déjà en partie engagée.
La réussite et la pérennité de l’OMCO dépendront toutefois de la capacité des acteurs régionaux à alimenter cet outil explique son président qui appelle ainsi les organisations victimes d’une cyberattaque, mais aussi les professionnels de la cybersécurité qui les accompagnent en Occitanie, à partager les informations dont ils disposent sur les incidents et les menaces rencontrés.
L’enjeu est autant opérationnel que collectif. En centralisant ces données, Cyber’Occ entend donner aux décideurs publics et privés une vision plus précise de l’exposition cyber du territoire, mieux orienter les moyens de prévention et renforcer la coopération entre les acteurs. Avec, en ligne de mire, la constitution « d’un référentiel régional » susceptible de contribuer à une meilleure connaissance nationale des menaces cyber.