Capitaux étrangers en hausse en 2025 : l’Occitanie peut-elle garder le cap en 2026 ?
Attractivité. En 2025, l’Occitanie a confirmé son attractivité avec 140 projets d’investissements étrangers, générant ou préservant 3 230 emplois (+19 % vs 2024). La région a ainsi capté 7 % des décisions et des emplois liés à l’investissement en France, portée par des créations d’établissements, des extensions industrielles et des projets de digitalisation et de décarbonation.
Malgré un environnement international toujours marqué par les tensions et l’instabilité, la France a confirmé en 2025 sa capacité à attirer les capitaux étrangers. C’est ce que montrent les chiffres publiés par Business France, l’entreprise publique chargée du développement international des entreprises et de leurs exportations, ainsi que de la prospection et de l’accueil des investissements internationaux en France. Au total, 1 878 décisions d’investissement ont été enregistrées dans l’Hexagone, permettant la création ou le maintien de 47 734 emplois. Des résultats en hausse par rapport à 2024, qui avait comptabilisé près de 1 688 projets.
« Dans un contexte de concurrence accrue, la France démontre une nouvelle fois sa capacité à rester dans la course », déclarait ainsi en début d’année Nicolas Forissier, le ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité, pour qui cette dynamique « confirme que le pays demeure une destination compétitive pour les investisseurs étrangers ». De son côté, Pascal Cagni, président du conseil d’administration de Business France, a mis en avant la capacité de la France à résister grâce à la solidité de ses fondamentaux : « Une croissance estimée à +0,9 %, une inflation contenue à 1,1 % et un mix énergétique largement décarboné offrent des avantages compétitifs significatifs pour les entreprises internationales. »
Des effets concrets sur l’emploi
Qu’en est-il en Occitanie ? Après une année 2024 marquée par 120 projets d’investissements étrangers ayant généré ou préservé plus de 2 700 emplois à horizon de trois ans, la région a-t-elle poursuivi sur cette lancée ? La réponse est oui. En 2025, l’Occitanie a, elle aussi, confirmé son dynamisme avec 140 projets d’investissements étrangers recensés, correspondant à 3 230 emplois créés ou maintenus sur trois ans. Cela représente une progression de 19 % par rapport à l’année précédente. Au total, le territoire occitan a ainsi capté 7 % des décisions d’investissement enregistrées en France, ainsi que 7 % des emplois associés.
Ces résultats illustrent « la résilience et l’attractivité de l’Occitanie dans un contexte mondial marqué par l’incertitude et le repli », souligne Ad’Occ dans un communiqué publié le 31 mars. Une performance qui repose, toujours selon l’agence régionale de développement économique, sur de nombreux atouts : un tissu économique solide, un écosystème d’innovation dynamique, un vivier de main-d’œuvre qualifiée, ainsi qu’une offre foncière et des infrastructures portuaires, de fret et de logistique particulièrement développées.
Dans le détail, 66 % des projets correspondent à des créations de nouveaux établissements, soit 92 implantations, dont 46 points de vente. Les extensions (33 projets) génèrent, quant à elles, davantage d’emplois avec plus de 1 500 postes. Parallèlement, les projets sans création d’emplois immédiate progressent nettement, passant de cinq à 13, avec des investissements orientés vers la modernisation industrielle, en particulier « la digitalisation et la décarbonation des processus de production ».
Les activités de production concentrent plus de 42 % des emplois projetés, devant les services aux entreprises (21 %). Les points de vente et la R&D-ingénierie représentent respectivement 18 % et 13 %. Le poids de l’aéronautique et des mobilités reste déterminant, avec un tiers des emplois générés, confirmant l’attractivité d’un écosystème régional structuré. Les logiciels et services informatiques s’imposent également comme un relais de croissance majeur, avec près d’un quart des emplois.
L’Allemagne, toujours 1er investisseur ?
Du côté des investisseurs, l’Allemagne reste le premier pays d’origine des projets en Occitanie (24 projets), tandis que le Royaume-Uni se distingue par son impact sur l’emploi, avec 774 postes pour 20 projets. Les États-Unis confirment leur recul, derrière la Suisse et l’Irlande, cette dernière étant portée par un projet industriel d’envergure porté par la société Paragon ID (voir ci dessous).
Sans grande surprise, la « géographie des investissements » reste concentrée, avec une nette domination de la Haute-Garonne (47 % des emplois) et de l’Hérault (24 %). À eux deux, ces départements totalisent plus de 70 % des emplois liés aux investissements étrangers, même si l’ensemble du territoire régional bénéficie de cette dynamique.
Derrière ces chiffres, plusieurs projets emblématiques illustrent concrètement l’attractivité de l’Occitanie. Dans le Lot, le groupe portugais Tekever, spécialisé dans les technologies de drones, va implanter une usine d’assemblage dans un hangar de 3 000 m² sur la zone de Cahors Sud. L’investissement, estimé à 100 M€, vise le marché de la défense et devrait générer une centaine d’emplois à horizon de trois ans, en s’appuyant sur l’écosystème aéronautique régional.
Ils ont choisi l’Occitanie
Dans le Gard, l’entreprise Newcleo s’installe sur la zone OZE de Chusclan pour développer des réacteurs nucléaires de quatrième génération à neutrons rapides, utilisant le plomb comme fluide caloporteur. Le site devrait accueillir entre 50 et 80 ingénieurs chargés de concevoir un démonstrateur à l’horizon 2030, dans une logique de relance industrielle et d’innovation énergétique.
À Toulouse, l’attractivité repose notamment sur un écosystème d’excellence en aéronautique et en intelligence artificielle. L’entreprise allemande ATS (Autonomous Teaming Solutions), basée à Munich, a ainsi choisi de s’implanter au Village by CA. Spécialisée dans les solutions de lutte anti-drones, elle prévoit de passer de 10 à 50 salariés en trois ans, en recrutant des ingénieurs formés localement, notamment issus de l’École nationale de l’aviation civile (ENAC) et de l’Institut d’intelligence artificielle Aniti.
Enfin, le projet porté par la société irlandaise Paragon ID illustre le potentiel d’innovation du territoire. Après une première phase de R&D à Tournefeuille, avec 35 emplois prévus d’ici 2027, l’entreprise envisage une industrialisation à partir de 2028 autour de ses étiquettes connectées xTag, capables de fonctionner de manière autonome en énergie et d’ouvrir de nouvelles perspectives dans la traçabilité des objets.
Reste désormais une interrogation majeure : cette dynamique peut-elle réellement se prolonger en 2026 ? Car si les indicateurs actuels témoignent d’une certaine solidité, les signaux d’alerte se multiplient. Au niveau national, la remontée du chômage, l’augmentation des défaillances d’entreprises et la persistance de taux d’intérêt élevés pourraient rapidement peser sur l’investissement. À l’international, les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, ravivent la crainte d’un nouveau choc pétrolier susceptible de fragiliser encore davantage les équilibres économiques.
Dans ce contexte explosif, la capacité de la France et de l’Occitanie à préserver leur compétitivité et leur attractivité sera plus que jamais scrutée.