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En Haute-Garonne, un surendettement largement porté par les crédits à la consommation

Finances. Sur fond de tensions économiques persistantes, le surendettement progresse de nouveau en Haute-Garonne. En 2025, 3 100 ménages ont déposé un dossier auprès de la Banque de France, soit une hausse de 8,1 % en un an. Si le département reste en deçà des moyennes régionale et nationale, la part prépondérante des crédits à la consommation et la précarité des profils concernés interpellent.

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En 2025, le département de la Haute-Garonne enregistre 246 dépôts de dossiers de surendettement pour 100 000 habitants. (©Pixabay)

La situation de surendettement est définie par le code de la consommation comme « l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir ». Derrière cette formulation juridique, une réalité très concrète : des ménages qui ne parviennent plus à payer leurs charges courantes (loyer, énergie, assurances) ou à honorer leurs mensualités de crédits.

Contrairement aux idées reçues, le surendettement ne découle pas uniquement d’un cumul de prêts. Il survient le plus souvent à la suite d’un accident de la vie : perte d’emploi, séparation, maladie, baisse de revenus. Pour tenter de retrouver un équilibre, les personnes concernées peuvent saisir la commission de surendettement, via une procédure gratuite pilotée par la Banque de France. Celle-ci peut proposer des solutions adaptées : rééchelonnement des dettes, réduction des intérêts, voire effacement partiel ou total dans les situations les plus critiques.

Dans un contexte politico-budgétaire tendu, marqué par un nombre record de défaillances d’entreprises et une remontée du chômage, les fragilités financières touchent au-delà des seuls ménages les plus précaires. Et ce, partout sur le territoire. Les chiffres publiés le 19 février par l’institution indépendante en témoignent : en 2025, 3 100 dossiers de surendettement ont en effet été déposés en Haute-Garonne, contre 2 869 un an plus tôt. Soit une augmentation de 8,1 % en douze mois.

Une progression nette, mais plus contenue que dans le reste du territoire : +10 % en Occitanie et +9,8 % à l’échelle nationale. Le département affiche également un taux de dépôt inférieur aux moyennes régionale et nationale, avec 246 dossiers pour 100 000 habitants, contre respectivement 262 et 267.

Une dette dominée par la consommation

À noter que, si les volumes augmentent, ils demeurent en deçà des niveaux observés il y a dix ans. À l’échelle nationale, les 148 013 dossiers enregistrés en 2025 restent inférieurs de 32 % à ceux de 2015. Reste que la hausse actuelle traduit l’installation durable de difficultés financières chez les ménages les plus fragiles : la moitié des personnes surendettées déclarant « que leurs problèmes remontent à plus de deux ans ».

En Haute-Garonne, l’endettement total des ménages concernés atteint 84 M€. Dans 51 % des cas, il s’agit de dettes à la consommation. Les dettes immobilières représentent 22 % des montants, tandis que 27 % relèvent de charges courantes ou d’autres engagements. L’endettement médian hors immobilier s’établit à 18 590 € dans le 31, un niveau légèrement supérieur à celui constaté en Occitanie (17 932 €) et en France hexagonale (17 951 €).

À l’échelle nationale, l’encours global des dettes des ménages surendettés s’élève à 5 Md€, en progression de 11,1 % sur un an, sous l’effet mécanique de l’augmentation du nombre de dossiers. Les commissions ont également poursuivi leur travail « d’apurement ». En 2025, 23 M€ de dettes ont ainsi été effacés en Haute-Garonne, soit 24,1 % du montant total des dettes des dossiers clos. Cette proportion est légèrement supérieure à celle observée au niveau régional et national (23,6 %).

Le montant moyen effacé par dossier s’élève à 17 380 € dans le département, contre 19 589 € en région et 19 251 € en France. Au plan national, plus de la moitié des dossiers clôturés ont bénéficié d’un effacement total ou partiel, pour un total de 1,3 Md€.

Des profils marqués par la précarité

Comme ailleurs en France, le surendettement touche d’abord les publics les plus vulnérables. À l’échelle nationale, 62 % des ménages concernés vivent sous le seuil de pauvreté. Les femmes sont majoritaires (55 %), tout comme les personnes seules (52 %) et les familles monoparentales (21 %). La population concernée est très majoritairement en âge d’activité (84 % ont entre 25 et 64 ans) et le taux de chômage y atteint 26 %. La part des 18-29 ans progresse sensiblement, atteignant désormais 12 % des dossiers.

Autre caractéristique forte : 88 % des personnes surendettées sont locataires ou hébergées à titre gratuit. Leur niveau de vie médian, 1 206 € mensuels, reste très inférieur à celui de l’ensemble de la population.

Prévention et accompagnement renforcés

Face à cette situation, la Banque de France rappelle sa mobilisation en Haute-Garonne. Institution indépendante chargée notamment de la stabilité financière et des services à l’économie, elle intervient à plusieurs niveaux.

La stratégie nationale d’éducation économique, budgétaire et financière (EDUCFI) se déploie activement dans l’académie de Toulouse : 45 % des collèges participent au « passeport économique et financier », soit 810 classes sur l’année scolaire 2024-2025. Par ailleurs, 800 intervenants sociaux ont été sensibilisés dans le département en 2025.

L’accompagnement individualisé constitue un autre levier. Plus d’un déposant sur deux (57 %) a été contacté par son gestionnaire en cours de procédure. Et 63 % des débiteurs bénéficiant d’un échéancier ont été appelés au moment de la mise en place des paiements.

Un conseil départemental de l’inclusion financière réunit également acteurs bancaires, associatifs et institutionnels pour coordonner les dispositifs existants et diffuser les travaux de l’Observatoire de l’inclusion bancaire.

« La Banque de France est pleinement mobilisée en Haute-Garonne pour informer, orienter et accompagner les ménages confrontés à des difficultés financières. Nos équipes sont à leur écoute pour leur proposer des solutions adaptées, dans des délais maîtrisés », a tenu à rappeler Jean-Marc Serrot, directeur départemental, indiquant qu’en 2026, l’institution rejoindra le programme Services Publics + afin d’améliorer encore la qualité de service rendue aux usagers.