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Fonds de réarmement agricole : plus de 31 M€ d’aides pour les agriculteurs d’Occitanie

Agriculture. Déjà fragilisées, les exploitations agricoles d’Occitanie ont subi de plein fouet les épisodes de sécheresse et de canicule de 2026. Face à la mobilisation des syndicats, le gouvernement a annoncé renforcer son plan d’urgence. En Haute-Garonne comme en Tarn-et-Garonne, aides directes, dégrèvements fiscaux et prêts à taux zéro doivent venir soutenir les agriculteurs les plus touchés.

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Depuis septembre, dans le département de la Haute-Garonne, ce sont ainsi près de 2,7 M€ qui ont été débloqués dans le cadre du Fonds de réarmement agricole.(©Pixabay)

L’Occitanie concentre plus de 64 000 exploitations agricoles et trois millions d’hectares de terres, ce qui en fait la première région agricole française, également en nombre d’emplois. Mais derrière ce poids économique, les exploitations affichent des revenus structurellement inférieurs de moitié à la moyenne nationale. Une fragilité que les crises climatiques successives viennent accentuer, en pesant sur les rendements et les trésoreries.

Après le gel de 2021, qui a provoqué jusqu’à 80 % de pertes dans certains vignobles, la sécheresse de 2022 a entraîné une baisse de 30 % de la production de fourrage, rappelle l’Inrae, l’institut public de recherche, dans un récent article. En 2025, le territoire a subi un nouvel épisode marquant avec le méga-incendie des Corbières qui a ravagé 17 000 hectares de massif dans l’Aude. L’été 2026 a confirmé cette vulnérabilité, avec des épisodes de canicule qui ont lourdement affecté les cultures et les élevages.

Crise conjoncturelle et structurelle

Pour répondre à la répétition de ces chocs climatiques, qui touchent toute la France et aggravent les difficultés d’une profession déjà confrontée à une crise profonde, entre hausse des coûts et concurrences étrangères, le gouvernement a lancé, le 4 septembre dernier, un Plan d’urgence agricoledoté de plus d’1 Md€ à l’échelle nationale.

Ce programme mobilise plusieurs leviers : indemnisation de solidarité nationale, dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties, aides à l’arrachage viticole et soutien à la trésorerie. Parmi ces dispositifs, le fonds de réarmement agricole prévoit une enveloppe spécifique de 235 M€ pour apporter des aides directes aux exploitations les plus touchées.

Pour l’Occitanie, près de 31 M€ avaient initialement été annoncés au titre de ce fonds. Une première répartition qui avait suscité la colère des Jeunes Agriculteurs (JA) d’Occitanie. Dans un communiqué du 15 septembre, le syndicat dénonçait « une concertation de façade pour une enveloppe bien trop maigre », regrettant que les propositions de la profession n’aient pas été prises en compte. Parmi ses demandes ? Mieux intégrer la succession des sinistres climatiques et accorder une attention particulière aux jeunes installés, davantage exposés aux difficultés.

« En Occitanie, la sécheresse n’est pas un événement exceptionnel survenu cet été. Elle s’est installée dans la durée, se répétant années après années, épuisant inexorablement les trésoreries des exploitations », alertaient les JA. Le syndicat appelait aussi à dépasser les aides ponctuelles pour engager une adaptation de fond, notamment sur la gestion de l’eau :

Nous ne voulons pas d’une agriculture qui attend chaque été une nouvelle aide pour survivre. Nous voulons une agriculture qui ait les moyens de s’adapter, d’investir et de continuer à produire. »

Un soutien renforcé

Une colère qui semble avoir été entendue. Le 8 octobre dernier, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a en effet annoncé de nouvelles mesures et une rallonge financière. « Nous renforçons ainsi la trésorerie des exploitations avec l’équivalent de prêts à taux zéro, et nous accélérons encore le versement des aides. Nous apportons des réponses concrètes aux difficultés du terrain », a-t-elle ainsi déclaré.

Le fonds de réarmement agricole bénéficie ainsi d’un renfort national de 21 M€. Une part de cette enveloppe supplémentaire doit revenir à l’Occitanie, portant le montant régional au-delà des 31 M€ déjà annoncés, sans qu’une répartition précise soit encore connue.

En Haute-Garonne, près de 2,7 M€ ont déjà été débloqués dans le cadre du fonds. Les premiers paiements ont commencé le 28 septembre, après l’ouverture des guichets dans les 13 départements d’Occitanie. Pour élargir le nombre de bénéficiaires, le seuil d’éligibilité concernant les prairies a été abaissé à 70 ha, contre 80 ha initialement. Des types de cultures supplémentaires ont également été intégrés à la demande de la profession (la liste complète est consultable ici).

Les dossiers sont instruits au fil de l’eau, avec mise en paiement directe. À ce stade, indique la préfecture dans un communiqué publié hier, mardi 13 octobre, « près d’un millier de demandes ont été reçues dans le 31 et la moitié a déjà été traitée ». Les exploitants concernés peuvent déposer leur demande via la plateforme dédiée aux aides de crise.

En Tarn-et-Garonne, une enveloppe de 2,6 M€ est prévue, dont 2 M€ débloqués immédiatement. L’aide prend la forme d’un forfait de 5 000 € par exploitation, ramené à 1 000 € pour le maraîchage et l’apiculture, auquel s’ajoutent 2 000 € pour les agriculteurs installés depuis moins de dix ans. Le dispositif, qui ne cible aucune filière en particulier mais donne la priorité aux exploitations les plus en difficulté, doit permettre d’accompagner entre 400 et 500 structures. Au 12 octobre, environ 130 exploitations en avaient déjà bénéficié, pour un montant total de 600 K€.

8,3 M€ de dégrèvements fiscaux en Haute-Garonne

(©Pixabay)

Autre levier, les dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFNB) doivent compenser une partie des pertes de récolte liées aux événements climatiques exceptionnels. À l’échelle régionale, les services de l’État ont expertisé les zones et les cultures touchées afin de fixer les taux de pertes.

En Haute-Garonne, le dispositif représente un total de 8,3 M€. Le dégrèvement atteint 55 % pour les terres arables et 50 % pour les prairies permanentes, sur l’ensemble du département. Pour l’arboriculture, il s’élève à 70 % dans les 59 communes particulièrement touchées par les épisodes de grêle et à 30 % dans les 80 autres communes où des surfaces arboricoles sont déclarées à la politique agricole commune (PAC).

Ces allègements seront appliqués d’office par les services fiscaux, sans démarche individuelle, sur la base des taux retenus. Si les pertes d’une exploitation dépassent celles prises en compte dans le dispositif collectif, ou si le dégrèvement automatique ne peut être mis en œuvre, une réclamation individuelle reste possible. La date limite de paiement de la taxe foncière est par ailleurs reportée au 15 novembre prochain dans les départements concernés. « Lorsqu’un propriétaire bailleur bénéficie du dégrèvement pour un bien rural loué, il doit le répercuter au fermier », rappelle la préfecture.

Des prêts sans intérêts et un soutien aux jeunes installés

Le volet trésorerie est également renforcé. L’État prendra en charge les intérêts de prêts dits « sécheresse » proposés par les banques, afin de permettre aux agriculteurs d’accéder à des prêts de trésorerie à taux zéro. Ces financements pourront atteindre 50 000 € sur deux ans. La prise en charge des intérêts, plafonnée à 2,5 points, pourra représenter jusqu’à 2 500 € d’aide par exploitation.

Les agriculteurs installés depuis moins de cinq ans bénéficieront d’un dispositif spécifique. En cas de report d’une échéance de remboursement du capital, l’État pourra couvrir les intérêts et le surcoût liés au réaménagement du prêt. Une mesure saluée par les Jeunes Agriculteurs, qui en avaient fait une demande prioritaire.

Les JA et la FNSEA ont d’ailleurs accueilli favorablement ces annonces, estimant qu’elles doivent permettre aux exploitants de passer les prochains mois et de préparer la campagne agricole 2027. Mais les deux organisations préviennent qu’elles resteront « attentives à leur mise en œuvre effective ». Elles réclament notamment « une réévaluation de l’indice prairie afin que les indemnisations correspondent davantage aux pertes observées sur le terrain ».

Au-delà des aides immédiates, les syndicats attendent désormais des engagements budgétaires plus larges. Ils maintiennent ainsi leur demande de porter l’aide sur le gazole non routier (GNR) à « 30 centimes par litre », directement déduite sur la facture. Ils comptent également sur le plan de rebond annoncé par le gouvernement, qui doit être décliné dans le projet de loi de finances 2027, et réclament un budget pour la prochaine programmation de la politique agricole commune au moins égal à son niveau actuel.