Collectivités

Municipales 2026 à Toulouse, Arthur Cotterel (Reconquête) : « La réindustrialisation ne se décrète pas depuis Paris »

Politique. Qui prendra les clés du Capitole en 2026 ? Jean-Luc Moudenc, maire sortant divers droite, remportera un troisième mandat ou les Toulousains choisiront-ils de tourner la page ? Face à lui, neuf candidats issus de tout l’échiquier politique entendent bien bousculer l’ordre établi : François Piquemal (LFI), Arthur Cotterel (Reconquête), Lambert Meilhac (Nouvel Air), François Briançon (La gauche unie), Malena Adrada (Lutte ouvrière), Julien Leonardelli (RN), Vanessa Pedinotti (Révolution Permanente), Guillaume Scali (NPA) et Julian Menendez (Parti des travailleurs).

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Âgé de 45 ans, Arthur Cottrel s’est engagé au sein de Reconquête à sa création en 2021. Depuis, il a été candidat aux législatives en 2022 et 2024. A partir de 2024, il devient délégué départemental du mouvement en Haute-Garonne. (©Reconquête)

Les 15 et 22 mars prochains, les électeurs trancheront à l’occasion des municipales 2026. À l’approche de l’échéance, la Gazette du Midi a fait le choix de la clarté. Nous avons conçu une interview-cadre identique pour tous les candidats sur les enjeux qui nous semblent prioritaires, à savoir : le développement économique du territoire, la mobilité, le logement et la santé. Même format, mêmes questions, mêmes contraintes. Pas de polémique stérile, pas de petites phrases, pas de procès d’intention : ici, place au fond.

Objectif ? Permettre à chacune et chacun de détailler son programme, rien que son programme et ainsi donner aux électeurs les clés pour décider en toute connaissance de cause. Aujourd’hui la parole est donnée à Arthur Cotterel pour le parti Reconquête.

Développement économique du territoire

Pour assurer sa souveraineté et améliorer sa compétitivité, la France est engagée dans une course à la réindustrialisation. Idem pour la métropole. Quels leviers entendez-vous activer pour favoriser l’implantation de nouvelles entreprises ou usines sur son territoire ? Et ainsi créer des emplois ?
Arthur Cotterel : « La réindustrialisation ne se décrète pas depuis Paris : elle se construit dans les territoires. Toulouse doit aujourd’hui passer d’une métropole qui exécute à une métropole qui décide, attire et diversifie. Pour cela, je propose plusieurs leviers. D’abord, remettre la ville en mouvement pour les entrepreneurs. Nous mettrons en place un "guichet unique" de l’entrepreneur, avec un interlocuteur identifié et un délai garanti de 10 jours pour engager l’instruction d’un projet. Nous instaurerons également un "temps économique" garanti, avec des délais annoncés et tenus pour les décisions administratives, ainsi qu’une simplification radicale des procédures municipales pour restaurer la prévisibilité dont les entreprises ont besoin pour investir. Enfin, nous prendrons un engagement clair : zéro hausse d’impôts pendant le mandat, afin d’offrir un cadre fiscal stable. Par ailleurs, pour renforcer le cœur économique de la ville, nous lancerons un Plan commerces vivants pour lutter contre la vacance commerciale et restaurer l’accessibilité du centre-ville, et nous garantirons une propreté et une sécurité économique. Troisième levier : assumer une stratégie d’implantation industrielle et technologique. Nous mettrons en place un "pack de compétitivité territoriale" pour les filières stratégiques (aéronautique, spatial, santé, IA, biotech, défense) combinant lisibilité foncière, délais sécurisés et contrats d’implantation territoriale avec les entreprises. Nous mènerons aussi une politique volontaire pour faire de Toulouse un territoire de décision, en attirant sièges, directions industrielles et centres de R&D. La commande publique sera également mobilisée comme levier économique avec un Small Business Act 2.0, afin que les grands projets publics diffusent réellement leur valeur vers les PME locales grâce à l’allotissement des marchés, un accès facilité et un guichet dédié aux PME. Enfin, la réindustrialisation suppose des bases matérielles solides. Nous sanctuariserons le foncier productif dans le PLUi-H, pour garantir que la métropole conserve la capacité d’accueillir des activités industrielles et technologiques. Nous développerons aussi des zones économiques mixtes rapprochant emploi, logement et services, et un Plan Logement & Entreprises pour lever le frein du logement dans les recrutements. »

Toulouse est souvent, et peut-être à juste titre, réduite à son statut de capitale européenne de l’aérospatiale. Quels autres secteurs stratégiques souhaitez-vous prioriser pour diversifier l’économie locale et créer des emplois durables ? Et surtout de quelle manière ?
Arthur Cotterel : « L’aéronautique et le spatial resteront évidemment le cœur de l’économie toulousaine. Mais une métropole robuste doit aussi savoir diversifier ses moteurs de croissance. J’ai déjà évoqué la création d’un pack de compétitivité territoriale pour les filières stratégiques. C’est précisément l’outil que je veux utiliser pour accélérer cette diversification. L’idée est simple : identifier les secteurs où Toulouse possède déjà des compétences scientifiques et industrielles fortes, puis concentrer les efforts publics pour faciliter l’implantation d’entreprises et de centres de recherche. Cela concerne en particulier l’intelligence artificielle et la data, où les écoles d’ingénieurs et les laboratoires toulousains sont déjà très performants ; la santé et les biotechnologies, en lien avec le CHU, l’Oncopole, et les acteurs de la recherche médicale ; ainsi que les technologies de défense et de cybersécurité, qui constituent un prolongement naturel des compétences industrielles locales. Ce pack permet d’agir de manière très concrète : coordination des acteurs publics, visibilité du foncier économique, accompagnement des projets industriels et structuration d’écosystèmes locaux associant grands groupes, PME, laboratoires et start-up. »

Les cantines scolaires de maternelle et de primaire, dont la collectivité à la gestion, peuvent-elles constituer un levier stratégique pour renforcer la souveraineté alimentaire du territoire et soutenir une filière agricole locale aujourd’hui fragilisée ?
Arthur Cotterel : « Je pense qu’il faut être lucide. Il est illusoire de croire - et surtout de faire croire - que le territoire toulousain ou même la Haute-Garonne pourrait atteindre une forme d’autosuffisance alimentaire à travers les cantines scolaires. Les circuits courts peuvent avoir leur place, mais ils restent limités. De l’aveu même de la profession agricole, ils ne peuvent couvrir qu’une part relativement modeste des besoins : on parle souvent d’environ 20 % de l’assiette des écoliers au maximum. Notre territoire a ses spécialisations agricoles et il ne serait ni équilibré ni économiquement rationnel de prétendre nourrir l’ensemble de la population uniquement avec une production locale. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de bouleverser les pratiques actuelles de la municipalité en matière d’approvisionnement des cantines. En revanche, si l’on élargit un peu la réflexion, le véritable enjeu agricole pour la Haute-Garonne n’est pas la cantine scolaire. C’est la perte de valeur ajoutée liée à l’absence de transformation locale. Nous produisons sur le territoire, mais nous transformons trop souvent ailleurs. C’est une forme de désindustrialisation de notre agriculture. Le sujet stratégique est donc là : relocaliser davantage de transformation agro-alimentaire sur le territoire. »

Mobilité

Êtes-vous favorable à la poursuite du projet de LGV ? Lancé il y a plus de 30 ans, ce projet répond-il encore, selon vous, aux enjeux actuels de mobilité, de développement économique et de transition environnementale du territoire toulousain, dans un contexte d’incertitude sur la participation financière de l’État ?
Arthur Cotterel : « Je suis clairement favorable à la réalisation de la LGV, car pour Toulouse c’est une infrastructure de compétitivité. C’est un projet stratégique. Notre métropole est aujourd’hui la grande ville française la plus mal connectée au réseau à grande vitesse, et cela constitue un handicap en matière d’attractivité économique, d’investissement et de rayonnement. Cela étant dit, il faut aussi regarder ce projet avec lucidité. D’abord, la question financière compte. Lorsque la SNCF annonce 2 Md€ de bénéfices, il faut rappeler que l’entreprise reçoit en réalité plus de 20 Md€ de subventions publiques chaque année. Dans le contexte budgétaire actuel, un projet de cette ampleur doit donc être évalué avec sérieux et transparence. Ensuite, la question écologique mérite un débat honnête. Il est vrai qu’un train émet moins de CO₂ qu’un avion en exploitation quotidienne. Mais la construction d’une ligne à grande vitesse représente un chantier pharaonique dont l’empreinte carbone met entre une et deux décennies à être compensée. De plus, une ligne TGV est une infrastructure lourde qui traverse les territoires, fragmente les écosystèmes et transforme profondément les paysages. C’est pourquoi ma position est simple : la LGV doit être pensée comme un outil d’aménagement du territoire, pas comme un instrument idéologique de concurrence entre le train et l’avion. »

Si vous accédez aux responsabilités, quels projets de mobilité mettrez-vous en tête de votre agenda : tramway, lignes de bus prioritaires, prolongement du Téléo, RER toulousain, aménagements cyclables ? Quels seront vos critères pour arbitrer entre ces investissements ?
Arthur Cotterel : « La mobilité toulousaine souffre aujourd’hui d’un problème simple : on a opposé les modes de transport au lieu de les organiser intelligemment. Ma priorité sera de remettre de la cohérence dans le système de mobilité. Le premier critère d’investissement sera l’efficacité : combien de personnes une infrastructure transporte réellement et dans quelles conditions de temps et de fiabilité. Dans une métropole qui approche du million d’habitants, les infrastructures lourdes — métro, RER métropolitain, axes de transport structurants — doivent rester l’ossature du système. C’est pourquoi je considère que le développement d’un véritable RER toulousain, s’appuyant sur les lignes ferroviaires existantes et coordonné avec les transports urbains, doit être une priorité. C’est l’outil le plus efficace pour absorber les flux quotidiens entre la métropole et son bassin de vie. Ensuite, il faut améliorer la fluidité globale du réseau : bus plus rapides sur les axes structurants, optimisation des carrefours, feux intelligents et meilleure interconnexion entre les modes de transport. Les autres projets (tramway, téléphérique, aménagements cyclables) peuvent avoir leur place, mais ils doivent être évalués selon un principe simple : leur utilité réelle pour les déplacements quotidiens des Toulousains. »

Êtes-vous favorable à la gratuité totale des transports publics ou à une tarification sociale (notamment en fonction de l’âge ou des revenus) ? Si oui, comment ce dispositif serait-il financé et soutenable budgétairement ?
Arthur Cotterel : « J’y suis opposé. D’abord pour une raison de réalité économique. À Toulouse, les recettes voyageurs représentent environ 129 M€ par an, soit à peine 35 % du coût de fonctionnement du réseau. Les transports collectifs sont donc déjà massivement subventionnés. Le financement repose en réalité très largement sur le versement mobilité payé par les entreprises, qui représente environ 368 M€ par an. Dans ces conditions, promettre la gratuité reviendrait simplement à transférer la facture ailleurs : soit sur les impôts, soit sur les sociétés. Je m’y oppose clairement. Ensuite, l’expérience des villes ayant expérimenté la gratuité montre que l’augmentation de fréquentation provient surtout d’anciens piétons ou cyclistes, et beaucoup moins d’automobilistes. Or l’objectif d’une politique de transport est d’abord de réduire la congestion et d’améliorer la mobilité, donc de proposer des transports collectifs plus rapides, plus fiables et plus pratiques que la voiture lorsque c’est possible. La gratuité ne répond pas vraiment à cet enjeu. Par ailleurs, la tarification sociale existe déjà dans l’agglomération toulousaine. Elle permet d’adapter les abonnements en fonction de l’âge, de la situation sociale ou des revenus. C’est une approche bien plus juste. »

Logement

Le PLUi-H prévoit la construction de 7 400 logements par an entre 2025 et 2035 afin d’accompagner l’arrivée chaque année d’une dizaine de milliers de nouveaux habitants. Or, en 2024 et 2025 à Toulouse, seuls 2 500 à 2 800 logements ont été autorisés. Comment comptez-vous concrètement atteindre cet objectif ?
Arthur Cotterel : « La situation actuelle montre surtout que l’objectif fixé par le PLUi-H est très largement hors d’atteinte dans les conditions actuelles. Quand une collectivité annonce 7 400 logements par an et qu’elle n’en autorise que 2 500 à 2 800, cela révèle un problème structurel dans la chaîne de production du logement : foncier bloqué, procédures trop longues, opposition locale, et modèle économique fragilisé. Mais il faut aussi dire une chose clairement : la croissance démographique de la Ville rose impose un équilibre urbain. Construire plus ne doit pas signifier dégrader la qualité de vie ni transformer Toulouse en ville hyper-dense. L’enjeu est de construire intelligemment : autour des axes de transport, dans des quartiers bien équipés, et en préservant le patrimoine urbain et les espaces de respiration. De plus, la politique du logement doit rester compatible avec la capacité réelle des infrastructures : transports, écoles, équipements publics. »

Face à la pénurie de logements neufs, la rénovation du parc existant apparaît comme un levier majeur. Quels moyens précis la Ville peut-elle mobiliser pour accélérer la réhabilitation des logements sociaux et privés à Toulouse ? Une déclinaison locale de dispositifs d’aide à la rénovation, à l’image de MaPrimeRénov’, fait-elle partie des options que vous étudiez ?
Arthur Cotterel : « La rénovation du parc existant est évidemment utile pour améliorer la qualité des logements et leur performance énergétique. Dans certains cas, des opérations de transformation (réhabilitation lourde, division de logements, surélévation ou reconstruction) peuvent aussi permettre de créer des logements supplémentaires. Mais il faut rester lucide : ce n’est pas le levier principal pour répondre à la pénurie de logements. Je ne suis donc pas favorable à la création d’une déclinaison municipale de dispositifs comme MaPrimeRénov’. La Ville n’a ni les moyens budgétaires ni la compétence pour se substituer à l’État sur ce type de politiques. En revanche, il existe un levier souvent sous-estimé : remettre sur le marché les logements qui restent aujourd’hui vacants par peur ou par découragement des propriétaires victimes d’impayés, ou de squatteurs. Voila pourquoi je propose la création d’une cellule municipale anti-squat, capable d’accompagner les propriétaires, d’accélérer les constats et de coordonner l’action avec la police et les huissiers. Par ailleurs, je prône la mise en place d’un guichet municipal “propriétaire serein”, qui offrirait conseils juridiques, modèles de baux, médiation en cas de conflit locatif… »

Êtes-vous favorable à la mise en place d’un encadrement des loyers à Toulouse pour contenir la hausse des prix, notamment pour les petites surfaces très recherchées par les étudiants et les jeunes actifs ? Si oui, comment envisagez-vous sa mise en œuvre concrète ?
Arthur Cotterel : « Je suis clairement contre. Encadrer les loyers dans une ville où il manque des logements, c’est traiter la conséquence en aggravant la cause. C’est une idée qui revient régulièrement dans le débat public, mais qui repose sur une erreur économique assez basique. Le niveau des loyers dépend d’abord du nombre de logements disponibles. Quand l’offre est insuffisante, les prix montent. L’encadrement des loyers ne crée pas un logement de plus. Il décourage simplement ceux qui pourraient en proposer. La vraie question est ailleurs : pourquoi manque-t-il des logements ? C’est là que doivent porter les politiques publiques : débloquer la production, remettre sur le marché les logements vacants et redonner confiance aux propriétaires. »

Santé

Face à une croissance démographique soutenue et à une offre médicale en tension, quels leviers la collectivité peut-elle mobiliser pour garantir un accès aux soins adapté aux besoins des habitants ? Quelles actions concrètes proposez-vous pour attirer et maintenir des professionnels de santé (médecins généralistes et spécialistes) sur le territoire ?
Arthur Cotterel : « La santé n’est pas une compétence municipale. Pour autant, je propose une approche simple : reconstituer un véritable maillage de soins de proximité, pour que les urgences hospitalières retrouvent leur rôle. Première mesure : créer des maisons médicales municipales ouvertes le soir et le week-end. Il existe déjà à Toulouse des structures comme les maisons médicales de garde ou certaines maisons de santé pluriprofessionnelles. Mais elles sont organisées par les professionnels de santé ou par l’ARS, et leurs horaires restent souvent limités, notamment en soirée et le week-end. Je propose un modèle complémentaire : des maisons médicales portées ou coordonnées par la municipalité, ouvertes en horaires étendus et dédiées aux soins non programmés. L’objectif est de traiter les pathologies du quotidien. Ce type de structure existe déjà ailleurs sous différentes formes. Dans ces structures, des permanences infirmières permettraient également de traiter immédiatement un certain nombre de soins simples et d’orienter les patients lorsque c’est nécessaire. Deuxième mesure : soutenir l’installation des médecins et soignants formés en France. La Ville peut agir concrètement pour rendre l’installation plus attractive : mise à disposition de locaux professionnels à loyers modérés, aides à l’installation. Troisième mesure : améliorer la coordination entre la municipalité et l’hôpital. Nous pouvons organiser une concertation régulière entre le CHU, l’ARS et les structures de soins de proximité afin de mieux répartir les flux de patients et d’éviter la saturation des urgences. Quatrième mesure : créer une cartographie en temps réel des soins disponibles. Un Toulousain ne sait souvent pas où se rendre un soir ou un dimanche : maison médicale, pharmacie de garde… La Ville peut mettre en place un portail simple recensant en temps réel les structures ouvertes. »

Enfin, la téléconsultation peut-elle constituer une réponse aux difficultés d’accès aux soins ? Comment la Ville peut-elle concrètement soutenir son déploiement ?
Arthur Cotterel : « La téléconsultation peut être un outil utile, mais elle ne remplacera jamais la présence de professionnels de santé sur le terrain. Elle peut rendre service pour certains renouvellements d’ordonnance, des suivis simples ou des conseils médicaux rapides. Mais une grande partie des situations nécessite un examen clinique, et donc un contact direct avec un médecin ou un soignant. La Ville peut néanmoins en faciliter l’usage de manière pragmatique. Par exemple, les maisons médicales municipales que je propose pourraient intégrer des cabines de téléconsultation. Cela peut aussi être utile dans certains quartiers où l’offre médicale est insuffisante. Mais l’essentiel reste ailleurs : reconstruire un maillage de soins de proximité et soutenir l’installation des professionnels de santé. »