Collectivités

Municipales 2026 à Toulouse : Lambert Meilhac (Nouvel Air) prône « la mise en sens unique des pénétrantes »

Politique. Qui prendra les clés du Capitole en 2026 ? Jean-Luc Moudenc, maire sortant divers droite, remportera-t-il un troisième mandat ou les Toulousains choisiront-ils de tourner la page ? Face à lui, neuf candidats issus de tout l’échiquier politique entendent bien bousculer l’ordre établi : François Piquemal (LFI), Arthur Cotterel (Reconquête), Lambert Meilhac (Nouvel Air), François Briançon (La gauche unie), Malena Adrada (Lutte ouvrière), Julien Leonardelli (RN), Vanessa Pedinotti (Révolution Permanente), Guillaume Scali (NPA) et Julian Menendez (Parti des travailleurs).

Lecture 18 min
La liste citoyenne Nouvel Air est menée par l’ingénieur aéronautique Lambert Meilhac et sa colistière Caroline Grinda. (©Gazette du Midi)

Les 15 et 22 mars prochains, les électeurs trancheront à l’occasion des élections municipales. À l’approche de l’échéance, la Gazette du Midi a fait le choix de la clarté. Nous avons conçu une interview-cadre identique pour tous les candidats sur les enjeux qui nous semblent prioritaires, à savoir : le développement économique du territoire, la mobilité, le logement et la santé. Même format, mêmes questions, mêmes contraintes. Pas de polémique stérile, pas de petites phrases, pas de procès d’intention : ici, place au fond.

Objectif ? Permettre à chacune et chacun de détailler son programme, rien que son programme et ainsi donner aux électeurs les clés pour décider en toute connaissance de cause. Aujourd’hui la parole est donnée à Lambert Meilhac, pour Nouvel Air, liste citoyenne qui a reçu le soutien du parti indépendant Équinoxe. Issus à 90 % de la société civile, ses membres ne se veulent d’aucun bord politique et assurent défendre « une vision pragmatique de la gestion de la Ville ».

Développement économique du territoire

Pour assurer sa souveraineté et améliorer sa compétitivité, la France est engagée dans une course à la réindustrialisation. Idem pour la métropole. Quels leviers entendez-vous activer pour favoriser l’implantation de nouvelles entreprises ou usines sur son territoire ? Et ainsi créer des emplois ?
Lambert Meilhac : « Notre ambition pour la Ville rose, est de désengorger le centre en créant des pôles d’activité économique, sociaux et culturels en dehors de la ville, dans des communes à moins d’une heure du centre (jusqu’à Saint-Gaudens), accessibles en train. Nous voulons discuter avec les élus locaux, les associations afin de dynamiser ces territoires Comment ? En associant à chacun un secteur spécifique comme la tech, l’industrie, etc. Le but est d’éviter qu’elles se fassent concurrence. Cela doit permettre de créer de l’emploi et d’absorber la croissance de Toulouse, ainsi que d’empêcher l’augmentation des prix du foncier. Nous sommes la seule liste qui assume de dire qu’il faut que la ville arrête de grossir pour conserver la qualité de vie de ses habitants. Concernant la fiscalité des entreprises, elle est composée de différentes taxes avec en tête celle qui finance les transports en commun : le versement en mobilité. Cette dernière représente la moitié des recettes fiscale de la commune. Pour les sociétés, il faut compter 700 € par an et par salarié. Selon le Medef, l’ensemble représentait 340 M€ en 2024, sachant que cette taxe a augmenté de 50 % depuis 2014. Il est prévu qu’elle quasi-double d’ici 2040 d’après les études de soutenabilité budgétaire de Tisséo publiées en novembre 2024 et décembre 2025. Pour nous libérer une marge de manœuvre financière et pour éviter cette hausse de la fiscalité, la pierre angulaire de notre programme est de mettre en place une mobilité très peu coûteuse, efficace et générer plus d’abonnés, plus de voyageurs, plus de recettes commerciales. »

Toulouse est souvent, et peut-être à juste titre, réduite à son statut de capitale européenne de l’aérospatiale. Quels autres secteurs stratégiques souhaitez-vous prioriser pour diversifier l’économie locale et créer des emplois durables ? Et surtout de quelle manière ?
Lambert Meilhac : « Nous avons rencontré le Medef 31 début janvier et nous sommes tombés d’accord pour dire que Toulouse était trop dépendante du secteur aéronautique. Pour se diversifier, il faut d’abord convaincre les jeunes talents que l’on forme de rester sur notre territoire. Ce sont eux qui, en entreprenant, en créant des start-up, ont vocation à diversifier notre tissu économique local. D’autre part, la santé et la défense sont des secteurs qui prospèrent. Mais nous nous intéressons également au secteur de la mobilité et celui des véhicules intermédiaires, par exemple les vélos cargos. À Toulouse, nous avons par exemple Maillon Mobility dont les véhicules sont conçus à 80 % en France et aussi l’entreprise QBX, à Carcassone. En Occitanie, nous avons une filière à développer, ce qui va d’ailleurs nous aider à préserver notre souveraineté énergétique, industrielle et commerciale. »

Les cantines scolaires de maternelle et de primaire, dont la collectivité à la gestion, peuvent-elles constituer un levier stratégique pour renforcer la souveraineté alimentaire du territoire et soutenir une filière agricole locale aujourd’hui fragilisée ?
Lambert Meilhac : « Nous souhaitons transformer une partie de l’hippodrome en ferme maraîchère afin de produire les légumes et les fruits pour les cantines de la ville. Cette initiative sera mise en œuvre par le biais d’une concertation citoyenne. Nous visons un rendement de 20 tonnes par hectare sur une surface de 10 hectares. Cela représente deux à trois mois de repas pour les 32 000 écoliers de la collectivité. Dans le cadre d’un programme nutritionnel visant à promouvoir une alimentation saine et équilibrée, la municipalité assumera par ailleurs les frais de goûters pour les enfants. Cette initiative permettra de leur proposer un choix élargi de produits frais et nutritifs, tels que des fruits, des pruneaux d’Agen et des noix du Périgord. Cette mesure constitue un levier efficace pour consolider la filière locale. Elle représente un investissement majeur dans l’économie agricole et s’inscrit dans une démarche de durabilité environnementale. »

MOBILITÉ

Êtes-vous favorable à la poursuite du projet de LGV ? Lancé il y a plus de 30 ans, ce projet répond-il encore, selon vous, aux enjeux actuels de mobilité, de développement économique et de transition environnementale du territoire toulousain, dans un contexte d’incertitude sur la participation financière de l’État ?
Lambert Meilhac : « Nous y sommes plutôt favorables, car nous sommes convaincus que la transition environnementale est une priorité. En effet, l’expérience en Espagne démontre que l’introduction du TGV entre Madrid et Barcelone a entraîné une baisse significative de la fréquence des vols entre ces deux villes. Mais il existe aussi des aspects négatifs concernant les impacts environnementaux de tels chantiers, notamment avec l’artificialisation des sols. L’incertitude concerne le coût du projet. Cette initiative est positive, mais nous devons évaluer son impact financier. Il est possible que nous ne soyons pas suffisamment informés sur le sujet pour émettre un avis définitif. Les acteurs qui promeuvent activement le projet de la LGV sont également ceux qui défendent la valorisation de notre identité toulousaine. L’arrivée de cette ligne marquera un changement significatif dans la dynamique démographique de la région, avec l’arrivée prévue de nombreux Bordelais et Parisiens, entraînant de fait un accroissent de la pression foncière. »

Si vous accédez aux responsabilités, quels projets de mobilité mettrez-vous en tête de votre agenda : tramway, lignes de bus prioritaires, prolongement du Téléo, RER toulousain, aménagements cyclables ? Quels seront vos critères pour arbitrer entre ces investissements ?
Lambert Meilhac : « Si nous sommes favorables au développement d’un RER toulousain qui utiliserait les voies ferrées actuelles pour ne pas engendrer de coûts supplémentaires. Pour cela, notre objectif est de faire notamment passer les avenues pénétrantes de Toulouse à sens unique, avec quelques travaux de réfection assez rapides. Dans le détail, cela doit permettre d’élargir les pistes cyclables et de les sécuriser, d’ajouter des voies de bus en site propre, de simplifier les carrefours, les croisements, et de remplacer un grand nombre de feux rouges par des cédez le passage. Avec moins de feux, nous pouvons accélérer la vitesse commerciale des bus, ce qui contribue à l’amélioration de la performance globale du système de transport. À ce jour, les lignes de bus express ont une vitesse moyenne de 16 km/h en milieu urbain, la pire étant la ligne 9 avec une moyenne de 10 km/h. Nous croyons fermement que notre approche peut accroître de 30 à 50 % la vitesse des bus. Nous souhaitons également agrandir la flotte de bus. L’augmentation du nombre d’usagers va nous permettre de maximiser les bénéfices commerciaux avec un retour sur investissement rapide. Nous estimons cette augmentation des recettes entre 10 et 20 M€. »

Êtes-vous favorable à la gratuité totale des transports publics ou à une tarification sociale (notamment en fonction de l’âge ou des revenus) ? Si oui, comment ce dispositif serait-il financé et soutenable budgétairement ?
Lambert Meilhac : « Nous ne préconisons pas la gratuité. Pour nous, la gratuité n’est pas nécessairement synonyme de valorisation. Actuellement, le secteur de la billetterie génère un chiffre d’affaires de 120 M€. Si nous nous privons de cela, ne serait-ce que partiellement, nous nous tirons une balle dans le pied. Nous envisageons et assumons même d’augmenter légèrement le prix de l’abonnement si cette mesure s’avère nécessaire. En effet, si nous permettons, via une offre de transports efficace et de qualité, de réduire les dépenses des usagers liées à la voiture nous dégagerons une marge d’augmentation du prix des transports. Pour autant, nous voulons mettre en place des dispositifs sociaux et des mécanismes de tarification sociale réglementaires. Ces mesures nous permettent de garantir à toutes les personnes, et notamment aux plus modestes, un prix d’abonnement particulièrement avantageux. »

LOGEMENT

Le PLUi-H prévoit la construction de 7 400 logements par an entre 2025 et 2035 afin d’accompagner l’arrivée chaque année d’une dizaine de milliers de nouveaux habitants. Or, en 2024 et 2025 à Toulouse, seuls 2 500 à 2 800 logements ont été autorisés. Comment comptez-vous concrètement atteindre cet objectif ?
Lambert Meilhac : « Le PLUi-H, qui court jusqu’en 2035, nous confère une marge de manœuvre de dix ans pour établir une nouvelle stratégie qui privilégiera le développement des villes périphériques plutôt que celui de Toulouse, qui compte déjà un million d’habitants. Dans le cadre de notre stratégie immobilière, notre objectif est de privilégier la rénovation par rapport à la construction. En 2050, 70 % de notre parc immobilier sera constitué de bâtiments déjà existants à ce jour. Cette réalité représente une opportunité stratégique pour la filière du bâtiment, un secteur d’importance majeure. Elle vise à transformer les logements dégradés et à installer des systèmes de chauffage performants et respectueux de l’environnement. Autres idées, développer l’habitat partagé et aussi modulaire qui s’adapte à l’évolution de la vie. Nous préconisons également de mettre en place des mesures incitatives pour encourager la cession ou le partage de logements de grande taille, que ce soit dans le privé, le public ou encore au sein du parc HLM de Toulouse Métropole Habitat. Dans le cadre de notre démarche de développement durable, nous préconisons aussi la mise en place de systèmes ou de dispositifs favorisant la densification des habitats existants. Cette approche, à la fois écologique et pragmatique, vise à optimiser l’utilisation des ressources disponibles tout en répondant aux besoins actuels des étudiants, par exemple. »

Face à la pénurie de logements neufs, la rénovation du parc existant apparaît comme un levier majeur. Quels moyens précis la Ville peut-elle mobiliser pour accélérer la réhabilitation des logements sociaux et privés à Toulouse ? Une déclinaison locale de dispositifs d’aide à la rénovation, à l’image de MaPrimeRénov’, fait-elle partie des options que vous étudiez ?
Lambert Meilhac : « Afin d’encourager les propriétaires à proposer leurs logements vacants dans le secteur privé, nous prévoyons de mettre en place une nouvelle taxe en plus de celle perçue par l’État. Mais nous dans le même temps nous sommes favorables à une mesure de réduction partielle de la taxe foncière pour une durée d’un ou deux ans. Pourquoi ? Car nous avons identifié que le parc de logements vacants nécessite des travaux pour être mis sur le marché. »

Êtes-vous favorable à la mise en place d’un encadrement des loyers à Toulouse pour contenir la hausse des prix, notamment pour les petites surfaces très recherchées par les étudiants et les jeunes actifs ? Si oui, comment envisagez-vous sa mise en œuvre concrète ?
Lambert Meilhac : « Même si nous ne sommes pas encore fixés sur la question, nous préconisons de réduire la pression foncière que la location courte durée exerce sur la ville, et par conséquent, de limiter le développement des plateformes telles qu’AirBnB. À l’heure actuelle, des réglementations et des contrôles sont effectués par l’État. Notre stratégie vise à réduire le champ d’action des loueurs afin de libérer certaines petites surfaces. Parmi les dispositions réglementaires applicables, une clause spécifique stipule qu’à partir de deux biens loués, le loueur doit s’engager à proposer l’un des deux biens en location saisonnière. Nous préconisons une révision en profondeur de la réglementation locale afin de garantir une conformité optimale. »

SANTÉ

Face à une croissance démographique soutenue et à une offre médicale en tension, quels leviers la collectivité peut-elle mobiliser pour garantir un accès aux soins adapté aux besoins des habitants ? Quelles actions concrètes proposez-vous pour attirer et maintenir des professionnels de santé (médecins généralistes et spécialistes) sur le territoire ?
Lambert Meilhac : « Les déserts médicaux ne sont pas les mêmes selon les spécialités médicales et le secteur de la ville. Nous proposons :

  • À court terme : de faciliter la création de maisons de santé dans les quartiers qui en ont besoin en prenant en compte les spécificités des manques de spécialité. Cela pourra passer par un accompagnement financier sur l’installation/aide au loyer/travaux/trouver du foncier.
  • À moyen terme : de sensibiliser la population pour éviter d’engorger la médecine de ville comme les urgences : il est inutile d’aller chez le médecin pour une gastro.
  • À long terme : de favoriser l’activité physique et l’accès à une alimentation saine pour avoir une population globalement en meilleure santé, ce qui réduira les besoins en soin. »

La téléconsultation peut-elle constituer une réponse aux difficultés d’accès aux soins ? Comment la Ville peut-elle concrètement soutenir son déploiement ?
Lambert Meilhac : « La téléconsultation est une solution pertinente, notamment dans les territoires ruraux ou lorsque l’accès à un spécialiste est limité géographiquement. Il serait donc pertinent d’envisager la mise en place de cabines dans certains villages. Cependant, dans une ville où les distances sont relativement courtes, je ne suis pas certain que cela constitue un sujet prioritaire. »