Municipales 2026 à Toulouse, Malena Adrada (LO) : « Nous sommes favorables à la gratuité des transports pour tous »
Politique. Qui prendra les clés du Capitole en 2026 ? Jean-Luc Moudenc, maire sortant divers droite, remportera-t-il un troisième mandat ou les Toulousains choisiront-ils de tourner la page ? Face à lui, neuf candidats issus de tout l’échiquier politique entendent bien bousculer l’ordre établi : François Piquemal (LFI), Arthur Cotterel (Reconquête), Lambert Meilhac (Nouvel Air), François Besançon (La Gauche Unie), Malena Adrada (Lutte ouvrière), Julien Leonardelli (RN), Vanessa Pedinotti (Révolution Permanente), Guillaume Scali (NPA) et Julian Menendez (Parti des travailleurs).
Les 15 et 22 mars prochains, les électeurs trancheront à l’occasion des élections municipales. À l’approche de l’échéance, la Gazette du Midi a fait le choix de la clarté. Nous avons conçu une interview-cadre identique pour tous les candidats sur les enjeux qui nous semblent prioritaires, à savoir : le développement économique du territoire, la mobilité, le logement et la santé. Même format, mêmes questions, mêmes contraintes. Pas de polémique stérile, pas de petites phrases, pas de procès d’intention : ici, place au fond.
Objectif ? Permettre à chacune et chacun de détailler son programme, rien que son programme et ainsi donner aux électeurs les clés pour décider en toute connaissance de cause. Aujourd’hui la parole est donnée à Malena Adrada, pour Lutte ouvrière.
Développement économique du territoire
Pour assurer sa souveraineté et améliorer sa compétitivité, la France est engagée dans une course à la réindustrialisation. Idem pour la métropole. Quels leviers entendez-vous activer pour favoriser l’implantation de nouvelles entreprises ou usines sur son territoire ? Et ainsi créer des emplois ?
Malena Adrada : « Aujourd’hui, la réindustrialisation et la relocalisation au nom de la souveraineté sont les prétextes pour dérouler le tapis rouge aux entreprises : prendre en charge l’essentiel de leurs investissements, leur fournir une main-d’œuvre qualifiée, augmenter la flexibilité du travail, faciliter les licenciements économiques, supprimer leurs impôts… Nous sommes contre toutes les aides et subventions aux entreprises privées. Parce que c’est de l’argent qui manquerait aux hôpitaux, aux écoles et à tant d’autres infrastructures utiles à la société. Ils viendront augmenter la dette publique, dont le remboursement se paie toujours par de nouveaux sacrifices pour les classes populaires. »
Toulouse est souvent, et peut-être à juste titre, réduite à son statut de capitale européenne de l’aérospatiale. Quels autres secteurs stratégiques souhaitez-vous prioriser pour diversifier l’économie locale et créer des emplois durables ? Et surtout de quelle manière ?
Malena Adrada : « Concernant les secteurs “stratégiques” à développer, il faudrait prioriser tout ce qui va dans l’intérêt des populations : la santé, l’éducation, les services publics, le logement, les transports en commun. Pour cela il faudra prendre sur les profits des grandes entreprises, comme par exemple Airbus qui annonce des bénéfices records de 5,2 Md€, en augmentation de 23 % ! »
Les cantines scolaires de maternelle et de primaire, dont la collectivité à la gestion, peuvent-elles constituer un levier stratégique pour renforcer la souveraineté alimentaire du territoire et soutenir une filière agricole locale aujourd’hui fragilisée ?
Malena Adrada : « On ne pourrait que souhaiter que les repas servis aux enfants soient de qualité et la cantine gratuite. Cependant, en France une partie croissante des terres agricoles est détenue par des entreprises capitalistes dont les actionnaires ne se préoccupent que de rentabilité immédiate. Elles choisissent leurs cultures en fonction des cours mondiaux et absolument pas des besoins alimentaires. L’autre partie des surfaces agricoles se partage entre un nombre toujours plus réduit de petites et moyennes exploitations. Ces petites exploitations, sont les jouets du marché. Elles sont dépendantes de leurs fournisseurs, les quelque industriels qui produisent machines, intrants, médicaments, semences, etc., et de leurs clients, coopératives géantes, centrales d’achat et autres qui imposent leurs prix en fonction des cours mondiaux. Ce sont ainsi de grandes sociétés capitalistes et les banques qui font la loi, dans l’agriculture comme dans le reste de l’économie. La souveraineté alimentaire et économique n’est qu’une illusion dans le système capitaliste. C’est pourquoi je me bats pour une transformation radicale des règles de l’économie, pour une économie qui soit véritablement au service de la collectivité et pas des intérêts privés, cette économie cela s’appelle le communisme. »
Mobilité
Êtes-vous favorable à la poursuite du projet de LGV ? Lancé il y a plus de 30 ans, ce projet répond-il encore, selon vous, aux enjeux actuels de mobilité, de développement économique et de transition environnementale du territoire toulousain, dans un contexte d’incertitude sur la participation financière de l’État ?
Malena Adrada : « Ce projet de LGV et ses rebondissements illustrent bien la gestion catastrophique de l’argent public mais aussi les limites du pouvoir d’une Mairie, qui finalement dépend des directives de l’État. Au final, c’est comme toujours la population qui va payer les pots cassés, comme dans bien nombre de projets qui ont avorté. La LGV comme le projet d’autoroute A69 sont finalement des jackpots pour les entreprises du BTP. Ils n’échappent pas à la règle qui concerne toutes les décisions en matière d’activité économique ou de choix des infrastructures. Elles sont aujourd’hui aux mains des grands groupes capitalistes et pour eux, seul compte le profit privé. Tant que les travailleurs n’auront pas en main les grandes entreprises qu’ils font eux-mêmes fonctionner, tant que l’organisation sociale ne visera pas à la satisfaction des besoins de tous, il n’y aura pas de véritable contrôle démocratique sur les choix politiques. C’est pourquoi nous disons qu’il faut en finir avec le capitalisme. C’est le sens de notre campagne pour les élections municipales et l’idée principale que nous mettons en avant : puisque nous les travailleurs sommes à la base de toute la production de richesses, nous devrions pouvoir décider de ce qu’on produit, comment, avec quelles contraintes humaines et environnementales. »
Si vous accédez aux responsabilités, quels projets de mobilité mettrez-vous en tête de votre agenda : tramway, lignes de bus prioritaires, prolongement du Téléo, RER toulousain, aménagements cyclables ? Quels seront vos critères pour arbitrer entre ces investissements ?
Sans réponse
Êtes-vous favorable à la gratuité totale des transports publics ou à une tarification sociale (notamment en fonction de l’âge ou des revenus) ? Si oui, comment ce dispositif serait-il financé et soutenable budgétairement ?
Malena Adrada : « Bien entendu nous sommes favorables à la gratuité des transports pour tout le monde, toutes catégories confondues, c’est cependant pour nous une aberration que les travailleurs doivent payer pour aller travailler, c’est aux entreprises de financer leur transport en prenant sur leurs bénéfices. »
Logement
Le PLUi-H prévoit la construction de 7 400 logements par an entre 2025 et 2035 afin d’accompagner l’arrivée chaque année d’une dizaine de milliers de nouveaux habitants. Or, en 2024 et 2025 à Toulouse, seuls 2 500 à 2 800 logements ont été autorisés. Comment comptez-vous concrètement atteindre cet objectif ?
Face à la pénurie de logements neufs, la rénovation du parc existant apparaît comme un levier majeur. Quels moyens précis la Ville peut-elle mobiliser pour accélérer la réhabilitation des logements sociaux et privés à Toulouse ? Une déclinaison locale de dispositifs d’aide à la rénovation, à l’image de MaPrimeRénov’, fait-elle partie des options que vous étudiez ?
Êtes-vous favorable à la mise en place d’un encadrement des loyers à Toulouse pour contenir la hausse des prix, notamment pour les petites surfaces très recherchées par les étudiants et les jeunes actifs ? Si oui, comment envisagez-vous sa mise en œuvre concrète ?
Malena Adrada : « Toutes vos questions relèvent de la gestion capitaliste du logement qui considère le logement comme une marchandise, un produit financier, privilégiant la rentabilité à court terme. Il est inadmissible que tant de logements restent vides tandis que des familles ouvrières peinent à trouver un toit décent. Le droit fondamental au logement doit primer sur la rentabilité des propriétaires et des investisseurs. Au niveau national, toutes les politiques menées depuis trente ans ont un point commun : on subventionne l’investissement privé, on crée des dispositifs fiscaux, on encadre un peu les loyers, mais on ne touche jamais à la propriété foncière ni à la logique de profit. Et ce n’est pas avec le bulletin de vote, qu’on changera cela. Les gouvernements se sont succédé, de droite comme de gauche, et aucune loi qui allait dans le bon sens n’a été respectée : la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) n’est pas respectée, et l’amende imposée aux communes riches qui refusent de construire des logements sociaux est dérisoire. Il en va de même pour la loi sur le droit au logement opposable (Dalo) qui prétendait garantir un toit à ceux qui en ont le plus besoin. Et surtout, l’ordonnance de 1945 sur la réquisition des logements vacants reste lettre morte. Seule une mobilisation profonde des travailleurs pour faire valoir leurs droits pourrait être efficace. Collectivement, les habitants devront imposer le blocage des loyers et s’opposer systématiquement à toute expulsion sans solution de relogement digne. Des mobilisations pour lesquelles les élus de Lutte ouvrière seront un appui. »
Santé
Face à une croissance démographique soutenue et à une offre médicale en tension, quels leviers la collectivité peut-elle mobiliser pour garantir un accès aux soins adapté aux besoins des habitants ? Quelles actions concrètes proposez-vous pour attirer et maintenir des professionnels de santé (médecins généralistes et spécialistes) sur le territoire ?
La téléconsultation peut-elle constituer une réponse aux difficultés d’accès aux soins ? Comment la Ville peut-elle concrètement soutenir son déploiement ?
Malena Adrada : « La manière dont on se pose la question de la téléconsultation montre la situation catastrophique dans laquelle se trouve tout le système de santé et démontre la gestion capitaliste de la société, au service des intérêts des grands groupes industriels et bancaires.
C’est pourquoi je suis pour que l’argent public aille aux services publics, et ne serve pas à arroser de subventions et aides diverses le secteur privé. Si j’étais élue au conseil municipal je soutiendrais toutes les luttes des travailleurs de la santé, qui n’ont pas manqué de se mobiliser sur Toulouse. Et j’affirmerais que c’est dans ces mobilisations que se trouve la clé pour arrêter la casse du service public de la santé. On n’a jamais vu un quelconque gouvernement, de Sarkozy à Hollande en passant par Macron, faire autre chose dans le cadre de ce système, que justifier voire accompagner les ravages du capitalisme. Quant aux municipalités, leur pouvoir d’opposition quand il existe, est symbolique, quand les mairies ne deviennent pas malgré elles la courroie de transmission de tous les mauvais coups du gouvernement. »