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140e année

N’PY prépare la saison d’hiver en pariant sur le vert

Tourisme. Après un hiver 2020-2021 catastrophique pour les exploitants de domaines skiables, les stations de montagne s’apprêtent à accueillir à nouveau skieurs et amateurs de grands espaces. Avec une préoccupation en tête : accélérer la transition vers un tourisme plus durable.

Attachée à préserver les ressources naturelles, la station de Piau-Engaly a volontairement stoppé l’extension de son parc de canons à neige, en optimisant la production sur les périodes de froid, et en surveillant les objectifs de production avec une épaisseur de manteau la plus juste possible. DR

Les amateurs de ski peuvent se réjouir : les remontées mécaniques devraient fonctionner cet hiver. C’est ce que le Premier ministre a promis aux professionnels de la montagne le 6 novembre dernier. Le masque sera obligatoire dans les files d’attente et sur les télésièges et autres télécabines tandis que le recours au passe sanitaire est prévu si, a également précisé le chef du gouvernement, le taux d’incidence, au niveau national, repasse au-dessus de la barre des 200 cas pour 100 000 habitants. Autant dire que ces annonces ont constitué un énorme soulagement pour les acteurs de la montagne, pour qui l’hiver 2020-2021 fut catastrophique.

« Il y a un véritable engouement depuis les dernières chutes de neige et les annonces du gouvernement »

De fait explique, Christine Massoure, directrice générale de la Compagnie des Pyrénées, nouvelle structure interrégionale dédiée à l’accompagnement stratégique et financier des stations de montagne, « la saison d’hiver dernier n’a pas eu lieu. Après un arrêt au 14 mars 2020, qui a interrompu très brutalement la saison, nous n’avons pas pu redémarrer. La saison d’été 2020 s’est passée correctement, l’été que l’on vient de passer également, mais l’hiver dernier, force est de constater, que pour les entreprises du domaine skiable rien ne s’est passé puisque nous n’avons pas pu ouvrir. Malgré tout, l’État et les collectivités dans leur ensemble sont venus soutenir ces entreprises, ce qui va nous permettre de proposer une réouverture dans des conditions quasi identiques, voir avec de nouveaux investissements. S’il n’y avait pas eu le soutien des collectivités, les entreprises du domaine skiable auraient effectivement été à la peine alors même que l’on a assisté à un regain de fréquentation dans les zones de montagne malgré le fait qu’il n’y ait pas eu de ski. C’est le côté positif de la situation : cela nous a permis de vérifier que la montagne est attractive. Les urbains aiment venir profiter des espaces et sont friands d’activités nouvelles. On a ainsi vu se développer le vélo sur neige, les raquettes, des activités pour lesquelles les remontées mécaniques ne sont pas indispensables. Cela a permis au tissu économique de ces stations, je pense aux restaurateurs, aux hôteliers, de ne pas passer une saison totalement blanche. »

Pour l’heure, les exploitants de domaines skiables regardent résolument vers l’avenir, avec en point de mire, à très court terme, l’ouverture de la saison, prévue, selon les secteurs, le 27 novembre, le 4 décembre voir le 17 décembre. Cette saison s’annonce du reste sous de bons auspices : la neige est tombée sur le massif et le froid permet la production de neige de culture. Le niveau des réservations est également de bon augure.

Ce que confirme Guillaume Roger, directeur opérationnel de N’PY, la marque qui regroupe sept stations du massif, Peyragudes, Piau, Grand Tourmalet, le Pic du Midi, Luz-Ardiden, Cauterets, Gourette et La Pierre Saint-Martin et revendique plus de la moitié du marché du ski pyrénéen. « Il y a un véritable engouement depuis les dernières chutes de neige et les annonces du gouvernement, assure-t-il. On sent vraiment que la température monte au niveau des réservations, à la fois sur le site internet et via notre centre d’appel basé à Lourdes, qui est en mode surchauffe depuis quelque temps. »

Retour des skieurs

Pour faire revenir les skieurs – et les non-skieurs – dans les stations, les acteurs de la montagne misent sur quelques nouveautés. Côté tarifs, c’est la création de nouveaux forfaits, telle la carte Flex, dédiée aux débutants qui leur permet de ne payer que ce qu’ils consomment réellement ou le forfait Skiclub, un tarif très avantageux réservé aux membres des clubs de ski, viviers de futurs skieurs. Côté hébergement, sachant que 80 % de la clientèle séjourne en station, après l’ouverture en 2018 du Skylodge (hébergement de type hostel, de près de 300 chambres) au pied des pistes de Piau, a été inauguré cet été à Loudenvielle le second 4 étoiles de la chaîne, le Mercure Peyragudes-Loudenvielle-Pyrénées, un établissement de 63 chambres géré par le groupe toulousain HIS.

Un nouveau gîte a ouvert également à Germ en même temps qu’une résidence de 60 logements à Gourette où sera également inauguré cet hiver le Black Rock, un village de « pods », à savoir des cabanes tout confort perchées à 1800 m d’altitude en pleine nature. Côté mobilité, des efforts ont été faits pour faciliter l’accès aux stations via des navettes de bus aux départs des principales villes de l’ouest du massif, Pau, Bordeaux ou Saint-Sébastien, en plus des lignes de train qui desservent depuis Toulouse les gares de Tarbes ou Lourdes.

Côté activité, de nouvelles zones de glisse ont été créées au Grand Tourmalet, à la Pierre Saint-Martin. À Peyragudes, à Piau ou encore à Cauterets, ce sont de nouveaux itinéraires de ski de randonnée qui ont été tracés tandis qu’à Luz-Ardiden, à Gourette et à la Pierre Saint-Martin, les amateurs de randonnées en raquette trouveront de nouveaux parcours à leur portée. Luge, snooc, snowtubing sont également au programme dans différentes stations, activités ludiques très courues auxquelles s’ajoute désormais la création d’une cascade de glace au Pic du Midi à proximité du ponton dans le ciel.

De l’Atlantique à la Méditerranée

La Compagnie des Pyrénées a vu le jour l’an dernier à l’initiative de la Région Occitanie pour répondre aux différents défis auxquels sont confrontées les stations de montagne (changement climatique et modification des habitudes de consommation) et assurer la pérennité du développement économique de ces territoires dans l’optique d’un tourisme quatre saisons. La Compagnie des Pyrénées, dont la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, a pris la tête fin octobre, est une société anonyme d’économie mixte. Elle a été bâtie sur les fondations de la SAEM N’PY et s’appuie sur son expertise.

« Nous sommes désormais en capacité de prendre en charge tous les sujets qui se posent aux stations de montagne en particulier à l’heure du changement climatique »

La nouvelle structure, qui réunit les deux Régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, les Départements des Pyrénées-Atlantiques, des Hautes-Pyrénées, de l’Ariège et des Pyrénées-Orientales ainsi que la Banque des Territoires est ainsi en passe de couvrir l’intégralité du massif depuis l’Atlantique jusqu’à la Méditerranée. « Nous ne désespérons pas de voir la Haute-Garonne nous rejoindre. Nous sommes en discussion avec le Département et je pense que cela devrait se produire dans les semaines ou mois à venir », a en effet annoncé lors d’une conférence de presse le 16 novembre à Toulouse, Michel Boussaton, vice-président de la Compagnie des Pyrénées.

Quatre saisons

Celle-ci regroupe aujourd’hui différentes sociétés : la SAS N’PY Résa (en charge de la commercialisation et de la communication), la SAS Compagnie des Pyrénées Participations (qui a pour vocation de prendre des participations au capital des sociétés d’économie mixte [Sem] en charge de l’exploitation des stations de montagne – la Compagnie des Pyrénées est ainsi récemment entrée au capital de la Sem du Grand Tourmalet recapitalisée à hauteur de 18 M€, aujourd’hui engagée dans un vaste plan d’investissement de 32 M€ destiné à faire du Grand Tourmalet « le modèle étalon de la station de demain » –), la SAS Skylodge (dédiée à l’exploitation d’hôtels), et la Foncière des Pyrénées, créée en mai dernier pour contribuer à la densification et à la montée en gamme de l’offre d’hébergement des stations de montagne des Pyrénées.

Ainsi structurés, « nous sommes désormais en capacité de prendre en charge tous les sujets qui se posent aux stations de montagne en particulier à l’heure du changement climatique avec toutes les questions de diversification que rencontrent ces structures », assure ainsi Michel Boussaton (cf. La Gazette du Midi du 8 novembre 2021). À l’échelon national, les opérateurs de domaines skiables ont adopté en novembre 2019 une feuille de route qui vise à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2037. Ces 16 écoengagements sont déclinés en cinq grandes thématiques : l’énergie, l’eau et l’agriculture, la biodiversité, les paysages ou encore les déchets.

Réduire l’empreinte écologique

« Pour autant, au sein de N’PY, nous n’avons pas attendu ces éco-engagements pour mettre en place des choses, assure Guillaume Roger. Nous sommes par exemple en train de réfléchir à l’utilisation de dameuses à hydrogène, sachant que Peyragudes a été la première station des Pyrénées à s’équiper d’une des premières dameuses hybrides ». Résultat : une économie de carburant de 20%. N’PY mène également avec EDF et sa filiale Hydrostadium une réflexion pour évaluer le potentiel hydroélectrique des domaines. « En début de saison, les domaines skiables pompent de l’eau pour produire de la neige de culture. L’idée est d’inverser ce pompage pendant les périodes où le domaine n’a pas besoin de neige (soit neuf mois sur 12), pour turbiner et créer de l’électricité », détaille Guillaume Roger.

D’autres actions sont menées par les domaines skiables de la chaîne pour préserver l’environnement et réduire l’empreinte écologique de leurs activités : récupération des eaux de ruissellement en station, mesure précise de l’épaisseur de neige via un GPS embarqué pour ne produire que les justes quantités de neige de culture, production d’une semence sauvage endémique en vue de la revégétalisation des sites aménagés, etc. Les premiers essais menés au Grand Tourmalet sont positifs : les pistes ainsi revégétalisées nécessitent moins de neige de culture.

Agnès Bergon