« On ne s’en sort pas ! » : les éleveurs occitans à bout face à la gestion de la DNC
Manifestation. Nouvelle journée de mobilisation à Toulouse le 27 janvier. À l’appel de plusieurs syndicats, une centaine d’agriculteurs ont protesté contre le protocole sanitaire mis en place par le gouvernement pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse bovine qui a déjà entrainé l’abattage de plusieurs centaines de têtes de bétail en Occitanie. Autres points de crispation : le Mercosur ou encore la taxe engrais.
Les semaines passent, mais la colère demeure intacte dans les rangs des agriculteurs. Notamment en Occitanie, épicentre de la contestation contre la gestion par les pouvoirs publics de la crise sanitaire relative à la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC). Un bras de fer entre l’État et le monde de l’élevage, sur fond de vaccination, d’abattages massifs et d’enjeux commerciaux.
Mardi 27 janvier, ils étaient encore une grosse centaine à manifester dans les rues du centre-ville de Toulouse pour crier leur désespoir et marteler leurs revendications. Si le mouvement mobilise depuis le départ tout le spectre syndical, des Jeunes Agriculteurs de Haute-Garonne, à la FDSEA, en passant par la Confédération paysanne et la Coordination rurale, le mouvement s’est depuis quelque peu délité.
Une centaine de manifestants à Toulouse
Hier, ce sont en effet en majorité des bonnets jaunes, signe distinctif des adhérents de la Coordination rurale, qui ont battu le pavé et mené des actions de blocage sur certains axes stratégiques dans et autour de la Ville rose. La journée a d’ailleurs été émaillée par plusieurs incidents entre manifestants et forces de l’ordre. Preuve de la tension persistante autour principalement du protocole imposant l’abattage de l’intégralité d’un cheptel dès la détection d’un cas de DNC, et ce même lorsque les animaux ont été vaccinés.
Une aberration pour les premiers concernés qui plaident pour une approche plus proportionnée. « Il y a deux mois, nous avons proposé avec l’intersyndicale un protocole d’abattage sélectif des bêtes malades, avec la mise en quarantaine du reste de l’élevage et la surveillance du troupeau », détaille Tristan Fava d’Albert, membre des Jeunes Agriculteurs 31.
Même incompréhension du côté de Léandre Weingartner, éleveur en Ariège, adhérent de la Coordination rurale. « Le protocole est injustifié, nous ne comprenons pas pourquoi les troupeaux sont abattus de la sorte. Ce n’est pas une maladie transmissible à l’homme. D’où notre colère face à ce choix systématique. Il faut attendre que le vaccin agisse. »
29 foyers détectés en Occitanie
Pour rappel, alors que le premier cas de DNC a été détecté en France pour la première fois le 29 juin 2025 en Savoie, depuis, l’épizootie s’est répandue comme une trainée de poudre dans le Sud-Ouest. Au 27 janvier, la Draaf Occitanie comptabilisait 22 foyers dans les Pyrénées-Orientales, trois en Ariège, un dans les Hautes-Pyrénées ainsi que dans l’Aude, et deux en Haute-Garonne.
Toujours selon la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt, à date, 96 % du cheptel, soit 693 610 bovins, ont été vaccinés dans le cadre de la campagne de vaccination d’envergure engagée par les autorités sanitaires pour circonscrire la maladie. Pour rappel, cette campagne concerne dix départements du Sud-Ouest, à savoir outre les territoires déjà touchés le Tarn, le Gers, les Landes, les Pyrénées-Atlantiques et l’Hérault, soumis à des niveaux différents de surveillance et de protection. À noter qu’à ce jour, ce sont plus de 700 têtes de bétail qui ont été abattues en Occitanie.
Si l’État et de la Région ont mis en place différents dispositifs d’aides financières, le compte n’y est pas pour les agriculteurs. « Certes, nous recevons une indemnisation par vache abattue. Mais celle-ci est trop basse. De plus, elle ne prend pas en compte les années de travail nécessaires pour constituer un troupeau. Un cheptel, c’est cinq à 10 ans de travail, des roulements entre les différentes races, des animaux qui sont sélectionnés pour leur viande ou pour leur lait. C’est seulement au bout de plusieurs années que l’on commence à gagner des sous sur nos bêtes et que l’on peut rembourser nos emprunts. Ce calcul n’est pas pris en compte dans le versement des indemnités après l’abattage d’un troupeau », dénonce Tristan Fava d’Albert. Et d’ajouter, alarmiste :
Ça, plus le fait que nous sommes la région avec les plus bas revenus agricoles de France, on ne s’en sort pas ! »
Mercosur, taxe engrais, exception occitane…
Si la gestion de la DNC est au cœur de la mobilisation actuelle, aucune avancée concrète n’étant intervenu pour amender le protocole d’abattage actuel, elle n’est pas la seule source de préoccupation du monde agricole. L’intersyndicale l’a rappelé dans un communiqué daté du 27 janvier : ses revendications portent sur plusieurs points.
Parmi lesquels la taxe engrais. De fait, depuis le 1er janvier 2026, le mécanisme dit d’ajustement carbone aux frontières (MACF) est entré en vigueur. Il s’agit d’une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne sur les importations de certains produits industriels dont les engrais. Si la Commission européenne vient de décider sa suspension, cela n’est pas suffisant pour les agriculteurs qui réclament sa suppression pure et simple.
Autre point de discorde : le Mercosur. Pour les syndicats mobilisés, malgré la saisine de la Cour de justice de l’UE par le Parlement afin de vérifier sa validité, « la menace plane toujours dans la mise en place de cet accord de libre-échange », qui entend développer les rapports commerciaux entre les membres de l’UE et quatre pays d’Amérique du Sud.
Enfin dernier cheval de bataille, les exploitants agricoles réclament la reconnaissance des spécificités de l’Occitanie autour notamment de la délimitation des zones vulnérables, du stockage de l’eau ainsi que des aides de la PAC pour soutenir la transition face au changement climatique. « Les sujets locaux ne sont pas traités non plus », déplorent-ils.