Francazal : où en est le projet de Technocampus Hydrogène Occitanie chiffré à 47 M€ ?
Énergie. À Cugnaux, près de Toulouse, le futur Technocampus Hydrogène Occitanie sort peu à peu de terre. Présenté comme le plus grand centre français dédié aux essais et à la recherche sur l’hydrogène, ce projet stratégique doit rassembler industriels, chercheurs et étudiants autour d’une même ambition : faire de l’Occitanie un territoire pilote de la transition énergétique. Sa mise en service complète est attendue début 2027.
Sur le site de l’aéroport de Francazal, à Cugnaux, les pelleteuses ont ouvert le bal au printemps 2025. Un an plus tard, le chantier du Technocampus Hydrogène Occitanie avance et dessine déjà les contours de ce qui s’annonce comme le plus grand centre français d’essais et de recherche dédié à l’hydrogène. L’objectif de ce projet d’envergure ? Faire de la région un terrain d’expérimentation pour cette énergie que l’État et les industriels considèrent désormais comme l’une des clés de la décarbonation, à l’heure où ces derniers sont engagés dans une course vers la neutralité climatique.
« Face aux bouleversements climatiques et aux mutations profondes de l’industrie, nous devons accélérer la transformation de nos modèles. La Région Occitanie a fait le choix de l’hydrogène vert, avec l’ambition de développer une ressource propre qui pourrait, à l’horizon 2050, répondre à 20 % des besoins énergétiques de notre pays, réduire les émissions annuelles de CO₂ de 55 millions de tonnes et créer plusieurs milliers d’emplois. Le Technocampus Hydrogène Occitanie en est une illustration concrète », a rappelé le 27 février dernier la présidente de Région Carole Delga lors d’une visite de chantier.
Une solution miracle ?
Pourquoi ce pari sur l’hydrogène vert ? Parce qu’il est depuis longtemps présenté comme l’une des alternatives les plus prometteuses aux hydrocarbures fossiles dans plusieurs secteurs clés. Produire de l’hydrogène en séparant les molécules d’eau grâce à un courant électrique : tel est le principe de l’électrolyse. Lorsque l’électricité utilisée provient d’énergies renouvelables – solaire, éolien ou hydroélectricité – l’hydrogène obtenu est dit « vert », car son cycle de production présente une faible empreinte carbone.
À l’usage, les atouts sont nombreux, même s’il ne s’agit pas d’une solution miracle : outre une production neutre en carbone, l’hydrogène peut être stocké et transporté, contrairement à l’électricité, et servir dans les transports, l’industrie ou même comme soutien au réseau électrique. Il permet aussi de valoriser les surplus d’électricité renouvelable. La technologie reste toutefois confrontée à plusieurs limites : rendement énergétique encore faible, coûts de production élevés et infrastructures encore embryonnaires. Sans oublier la consommation d’eau nécessaire au processus d’électrolyse.
Un centre unique en France
Malgré ces obstacles, la France mise gros sur l’hydrogène. La stratégie nationale lancée en 2020 prévoit « le déploiement de 6,5 gigawatts d’hydrogène bas carbone ou renouvelable d’ici 2030, avec 9 Md€ mobilisés pour structurer la filière » (source Ademe). L’Occitanie a même pris un peu d’avance. Dès 2019, la Région a adopté un plan hydrogène vert de 150 M€ destiné à soutenir la production, les usages et la formation autour de cette énergie. L’un des projets emblématiques de ce plan est justement le Technocampus qui sort aujourd’hui de terre à Francazal.
Initié par la collectivité aux côtés de l’État, de l’Europe, de Toulouse Métropole et de partenaires académiques et industriels, le projet est aujourd’hui porté juridiquement par l’Institut National Polytechnique (INP). Concrètement, le futur centre s’étendra sur près de 9 000 m² consacrés à la recherche, aux essais et à la formation. L’investissement immobilier atteint 47 M€, dont 29 M€ apportés par la Région. À cela s’ajoutent plus de 20 M€ d’équipements scientifiques : bancs d’essais, enceintes climatiques et installations expérimentales.
À terme, près de 200 chercheurs, ingénieurs et techniciens doivent y travailler. Le site comprendra neuf boxes d’essais, des aires d’expérimentation extérieures et des installations capables de tester des technologies allant jusqu’à 1 mégawatt de puissance. L’ambition est claire : réunir au même endroit chercheurs et industriels pour accélérer le passage du laboratoire à l’usine. De la recherche à l’industrialisation.
Airbus, Safran, Air Liquide… et les labos toulousains
Le Technocampus rassemblera les équipes de quatre laboratoires toulousains : le Centre inter-universitaire de recherche et d’ingénierie des matériaux (CIRIMAT), l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse (IMFT), le Laboratoire plasma et conversion d’énergie (Laplace) et le laboratoire de génie chimique (LGC), ainsi que plusieurs grands donneurs d’ordres. À commencer par Airbus, Safran, Liebherr ou encore Air Liquide, leader mondial des gaz industriels et des services à l’industrie et à la santé ainsi que H2 Pulse, société toulousaine spécialisée dans la conception et le test de solutions hydrogène de pointe pour l’industrie du transport (aéronautique, ferroviaire, routier, fluvial, etc.).
Ces derniers pourront y tester leurs technologies en conditions réelles. L’entreprise biterroise Genvia, experte de l’électrolyse haute température à oxyde solide, prévoit par exemple d’y expérimenter en extérieur un prototype d’électrolyseur, tandis que Safran utilisera les installations pour ses essais de piles à combustible. « Fédérer dans un même lieu les équipements de pointe et les expertises pluridisciplinaires du CNRS et de ses partenaires sur le thème de l’hydrogène sera l’occasion unique de consolider les infrastructures existantes au service des communautés de recherche académique et industrielle », souligne Jocelyn Méré, délégué régional du CNRS en Occitanie Ouest.
Le projet ne se limite pas à la recherche. Une plateforme pédagogique intégrée au futur campus régional des métiers de l’hydrogène doit former étudiants, techniciens et ingénieurs aux compétences dont la filière aura besoin dans les prochaines années. « Ce Technocampus prolonge plus de quinze ans d’engagement de Toulouse INP au service de la transition énergétique. Ce site unique consolidera les coopérations autour de la formation, de la recherche et de l’innovation industrielle », confirme de son côté Dominique Poquillon, présidente de Toulouse INP.
Quid du calendrier ?
Une première tranche doit être livrée à la mi-2026, avec l’ouverture des espaces dédiés aux essais industriels et des zones d’expérimentation de forte puissance. La mise en service complète du site est attendue début 2027, lorsque les bâtiments académiques et les espaces pédagogiques viendront compléter l’ensemble.
Au-delà du calendrier, l’enjeu est aussi économique. La filière hydrogène représente déjà près de 16 000 emplois en France, dont environ 2 000 en Occitanie. Selon les projections de la profession, elle pourrait atteindre 80 000 emplois d’ici 2035, dont près de 10 000 dans la région.