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Pouvoir d’achat, transition, emploi : la Région Occitanie maintient le cap malgré un contexte budgétaire contraint

Finances. Avec 177 € d’investissement par habitant, la Région affirme rester l’une des plus dynamiques de France. Malgré la baisse des dotations et un débat tendu autour des infrastructures ferroviaires, l’exécutif revendique un budget « responsable et résilient » tourné vers les jeunes, les entreprises et les territoires ruraux.

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Le 12 février 2026, le Conseil régional d’Occitanie présidé par Carole Delga a adopté un budget primitif qui prévoit, malgré une nouvelle baisse de dotations de 144 M€ imposée par l’État, un fort niveau d’investissement : 1,15 Md€ pour l’année, soit 177 € par habitant. (© Région Occitanie – Maxime Alessandrini)

Dans un contexte marqué par les tensions internationales, l’instabilité politique et une situation budgétaire nationale jugée préoccupante, le Conseil régional d’Occitanie a adopté, le 12 février 2026 en assemblée plénière, son budget primitif pour l’exercice à venir. « Un budget qui aura été complexe à mener suite aux décisions gouvernementales qui ont été particulièrement injustes vis-à-vis de l’Occitanie », pointe Carole Delga, présidente de Région

Une Loi de finances 2026 dénoncée comme « inégalitaire »

Au cœur des critiques régionales : les arbitrages réalisés par l’exécutif pour faire adopter la Loi de finances 2026, qui désavantagent fortement, selon l’élue, les Régions dont le revenu par habitant est le plus faible et où les fragilités sociales sont les plus fortes. De fait, l’Occitanie subira cette année une nouvelle baisse de dotations de 144 M€ : 108 M€ communs à l’ensemble des Régions et 36,7 M€ supplémentaires au titre de la Dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle (DCRTP).

Cette réduction de la DCRTP est jugée d’autant plus inéquitable que, pour la présidente socialiste, « elle frappe les territoires les plus fragilisés par la suppression de la taxe professionnelle en 2010, souvent industriels et dépourvus de grands sièges sociaux, comme les Hauts-de-France et l’Occitanie, alors qu’elles enregistrent un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale et un revenu par habitant plus faible. » Dans le même temps, les Régions Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes et Corse ne sont pas concernées par cette baisse.

Quinze présidents de conseils régionaux ont dès lors contesté la mesure. Au Sénat, le rapporteur général du budget, Jean-François Husson, a lui-même estimé qu’il était « inconcevable » de « sacrifier les régions les plus pauvres au profit des régions plus riches ». Au total, la collectivité évalue à 500 M€ la perte de dotations cumulée sur quatre exercices pour l’Occitanie.

3,54 Md€ et un cap maintenu

Malgré ces contraintes, la Région a donc adopté un budget « volontariste » de 3,54 Md€ (contre 3,55 Md€ en 2025), dont 1,148 Md€ d’investissements (versus 1,193 Md€ un an auparavant), soit 177 € par habitant, contre 152 € en moyenne nationale. Depuis 2016, année de la fusion des Régions, l’Occitanie revendique d’ailleurs la première place en matière d’investissement. En dix ans, plus de 11,3 Md€ auraient ainsi été injectés dans le territoire, sachant que la Région, forte de près de six millions d’habitants, est à la fois le plus dynamique démographiquement, la plus enclavée et l’une des plus exposées aux aléas climatiques.

En 2026, les dépenses de fonctionnement devraient, elles, reculer de 0,8 % sur un an, pour atteindre 1,556 Md€, ce « grâce notamment aux économies réalisées, à l’optimisation des achats et à un pilotage responsable des dépenses de personnel », précise l’exécutif régional. Illustration de cette stratégie de rationalisation avec la poursuite de la réduction du nombre des agences régionales, passé de 17 en 2016 à sept aujourd’hui et trois bientôt. Outre l’agence dédiée à la culture créée l’an dernier, deux autres devraient en effet émergées cette année : l’une consacrée au développement économique, à l’attractivité et au tourisme, et l’autre à l’aménagement et au climat.

Cette gestion jugée « prudente » par le CESER [1], ajoutée à une forte mobilisation des fonds européens (64 M€ vs 28,5 M€ un an auparavant), permet à la collectivité d’améliorer son autofinancement brut, porté à 509,2 M€ contre 457 M€ en 2025. Dans le même temps, la capacité de désendettement de la Région reste proche de 7,3 ans, soit un niveau inférieur au seuil critique des neuf ans. Pour rappel, il était en moyenne sur l’ensemble des régions de 6,3 en 2024.

Trois priorités : pouvoir d’achat, transformation, emploi

En dépit de ces contraintes budgétaires, la présidente de Région réaffirme ses priorités et sa volonté de « soutenir le pouvoir d’achat et l’emploi », mais aussi de « continuer à investir dans les lycées, dans la formation, dans la santé de proximité, dans les mobilités décarbonées, dans la transition énergétique, dans l’économie, l’agriculture et la souveraineté alimentaire ».

Ainsi, ce sont 1,266 Md€ qui seront mobilisés pour les infrastructures et les mobilités, premier poste de dépenses de la Région. Vient ensuite le volet éducation, culture, sport, enseignement supérieur et recherche, relations internationales avec une enveloppe globale de 508,5 M€. L’emploi, la souveraineté économique et la formation professionnelle se voient attribuer quelque 334 M€ tandis que le budget consacré à la santé, les solidarités et l’inclusion mobilise près de 136 M€. Enfin le tourisme, l’aménagement du territoire et le soutien à la politique de la Ville représente une enveloppe de 117,3 M€.

Concrètement, ce budget devrait se traduire par un maintien des aides au pouvoir d’achat pour les jeunes et les familles avec la rentrée la moins chère de France au lycée (800 € d’économies par lycéen) et les tarifs parmi les plus bas de France dans les transports régionaux. Mais aussi par la poursuite du recrutement de médecins dans les déserts médicaux : alors que plus de 115 professionnels de santé ont déjà été recrutés, l’ambition est d’atteindre les 150 médecins d’ici la fin de l’année.

Autre enjeu essentiel pour la présidente, l’agriculture et la souveraineté alimentaire. Afin de préserver les productions locales et renforcer la résilience du territoire, la collectivité a doublé en 10 ans le budget dédié qui atteint désormais 77 M€. Même ambition du côté des entreprises : l’enveloppe d’aides prévue doit permettre d’accompagner quelque 5 000 entreprises en 2026. Le budget voté pour la formation professionnelle doit, lui, assurer le financement de 22 000 places de formation.

Inquiétude sur la LGV

Sur le plan des grandes infrastructures toutefois, l’inquiétude grandit quant au financement de la LGV Toulouse-Bordeaux-Dax (LNSO), la participation de l’État étant nullement assurée. À ce sujet, l’ancien ministre des Transports Dominique Bussereau, actuel président de la conférence France Ambition Transports, a récemment évoqué l’idée d’un recours à un partenariat public privé pour boucler le projet.

Une idée qui fait réagir la présidente Carole Delga. « La LNSO ne peut pas être une variable d’ajustement comptable. Reculer sur ce projet serait une faute politique, sociale et climatique majeure », estime-t-elle. Ce d’autant que les travaux ont commencé. Depuis plus de 18 mois, ce sont 2,5 Md€ qui ont déjà été engagés et plus de 180 marchés sont attribués au nord de Toulouse et au sud de Bordeaux. Et l’élue d’ajouter :

Le recours à un partenariat public-privé (PPP) serait un choix perdant, entraînant un surcoût estimé à 7,3 Mds €, tout en retardant la mise en service de plusieurs années. À l’inverse, le financement public du projet est sécurisé et planifié : la part annuelle de l’État représente 166 M€/an, soit 0,03% de son budget ».

Autre source d’inquiétude : la ligne nouvelle Montpellier-Perpignan. Si elle n’est pas menacée à court terme, ses travaux étant moins avancés et la participation de l’État plus limitée, la présidente de Région dit rester également vigilante.

En parallèle, la Région poursuit son ambition environnementale. Les dépenses favorables à l’environnement auraient progressé de 70 % entre 2021 et 2026, et plus de 93 % des crédits seraient désormais considérés comme compatibles avec la transition écologique. L’ambition « Occitanie Résiliente », adoptée en novembre dernier, vise à anticiper et amortir les chocs climatiques à venir.

[1Le CESER est le conseil économique, social et environnemental régional. Assemblée consultative placée auprès du conseil régional et de son président, il émet des avis sur les orientations structurantes pour la région.