Collectivités

Quel avenir pour le théâtre du Grand Rond après la suspension de ses subventions municipales ?

Culture. Privé de sa subvention municipale pour deux ans, le théâtre du Grand Rond se retrouve face à un trou de près de 135 K€ dans un budget de 800 K€. Déjà fragilisé par la crise sanitaire et les restrictions budgétaires des collectivités, sa direction travaille à un plan de sauvetage dans l’espoir de proposer une nouvelle programmation à la rentrée, même dégradée. Plus largement, elle planche sur un nouveau modèle pour assurer sa pérennité.

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Céline Lemaire, présidente de la SCIC Théâtre du Grand Rond, et Éric Vanelle co-fondateur, salarié et responsable du développement du théâtre, défendent corps et âme la structure. (©Gazette du Midi)

Est-ce l’épilogue ou un épisode de plus dans le bras de fer qui oppose la mairie de Toulouse au théâtre du Grand Rond ? La collectivité vient d’annoncer dans un communiqué daté du 19 mai suspendre pour deux ans la subvention qu’elle verse à l’institution culturelle de la rue des Potiers au cœur de la Ville rose. Une décision lourde de conséquences pour cet établissement, porté depuis 2003 par la Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) éponyme.

Son budget, composé à 70 % de recettes propres et à 30 % de subventions publiques a en effet été fragilisé par les cures d’austérité imposées par le gouvernement aux collectivités et les arbitrages budgétaires de ces dernières. Premier financeur public du théâtre, la mairie y contribue à hauteur de plus de 50 % à savoir 113 K€ ces dernières années (118 K€ en 2025), montant auquel s’ajoutent en 2026 près de 50 K€ du Département, 33 K€ de la Région et 22 K€ de la Drac. Un soutien essentiel pour un budget de fonctionnement de l’ordre de 800 K€. Concrètement entre 2026 et 2027, ce sont 135 600 € qui manqueront dans les caisses de la salle toulousaine.

Une annonce surprise

Cette suspension repose sur plusieurs constats formulés dans un audit et confirmés par la collectivité : une gestion qualifiée « d’erratique », des « irrégularités » présumées dans l’utilisation des subventions publiques ou encore un manque « de vision à moyen et long terme ». Les sommes jusqu’ici attribuées au Grand Rond seront redistribuées à d’autres structures théâtrales toulousaines, notamment des « lieux indépendants » et des « acteurs engagés dans la création », tandis que la mairie précise que le budget global consacré au théâtre dans la ville ne sera pas réduit, mais simplement « rééquilibré ».

Pour justifier son choix, la collectivité rappelle être confrontée à un contexte économique difficile, marqué par des restrictions budgétaires imposées par l’État, et estime légitime de demander aux structures subventionnées de participer à l’effort général de réduction des dépenses. À cette dimension économique s’ajoute la dimension politique : la mairie reproche au théâtre « des attaques contre la collectivité » et « une violation supposée du devoir de neutralité attendu d’une structure subventionnée ». Une allusion à peine voilée à la prise de position publique de la direction du Grand Rond appelant, en mars dernier, à voter contre la réélection de Jean-Luc Moudenc lors des élections municipales.

Si cette décision intervient après plusieurs mois de tensions entre la municipalité et le théâtre, elle a pris de court l’équipe dirigeante. L’annonce leur a été faite lors d’une réunion avec Nicole Yardeni le 19 mai. Une rencontre initialement prévue pour présenter à l’élue à la culture un nouveau projet structurant destiné à assurer la pérennité du théâtre. En 2024, confronté à un budget affecté par la crise sanitaire et l’inflation, il avait déjà alerté sur le risque d’une diminution de ses subventions. Fort de 45 000 spectateurs annuels, ce qui en fait selon lui l’un des théâtres les plus fréquentés de la ville, il demandait un soutien accru pour assurer sa survie.

L’importance de ces aides est liée à la spécificité de l’offre du Grand Rond, qui maintient des tarifs abordables (entre 6 € et 14 €) pour rendre la culture accessible au plus grand nombre. Sa programmation, tournée vers la jeune création et le jeune public (18 000 enfants accueillis chaque saison), implique que la billetterie couvre une part limitée du budget, rendant la structure particulièrement dépendante des subventions.

Fonctionnement en mode dégradé

Consciente de la nécessité d’engager des changements en profondeur pour sortir par le haut de cette crise, la direction avait déjà planché sur un nouveau projet élaboré en concertation avec les compagnies locales, le public et ses partenaires. Celui-ci prévoyait notamment une saison 2026-2027 « de transition » avec une programmation allégée, des hausses tarifaires, l’intégration dans la gouvernance de deux collectifs de compagnies et surtout une équipe réduite de moitié, passant de 10 à cinq salariés. Ces mesures visaient à maintenir l’accueil des compagnies, l’accompagnement des créations émergentes et la présence du jeune public, tout en « limitant l’impact sur la qualité artistique et l’activité pédagogique ».

Cette nouvelle coupe rase décidée par la municipalité vient-elle anéantir les efforts consentis par la structure pour fonctionner même en mode dégradé ? Contactée par la Gazette du Midi, les représentants de la SCIC n’ont pas caché leurs inquiétudes, reconnaissant être dans une « fragilité économique extrême ». Malgré tout combatifs, ils annoncent se remettre au travail pour, espèrent-ils, trouver de nouvelles solutions pour démarrer une 24e saison en septembre prochain.

Pour cela, ils espèrent un coup de pouce supplémentaire du Département, de la Région et de la Drac. La structure sait aussi pouvoir compter sur le soutien de bénévoles, d’artistes, de partenaires financiers comme le Crédit Coopératif. Elle mise aussi beaucoup sur une mobilisation des Toulousains, qui ont déjà abondamment contribué à la cagnotte de soutien mise en ligne sur le site Helloasso. Elle a déjà atteint plus de 24 000 € sur un objectif de 50 000 €.

Alors que les incertitudes s’accumulent et qu’il est plus que jamais au pied du mur, avec l’obligation de se réinventer, le Grand Rond ne désarme pas. Il entend bien rester un acteur essentiel du service public culturel toulousain. Dans quelles conditions et avec quelles concessions ? Telle est la question…

De son côté, également sollicitée par la Gazette du Midi, la mairie ne ferme pas la porte tout en réaffirmant sa position : « Nous avons toujours été un partenaire fiable de ce théâtre que nous accompagnons depuis de nombreuses années, y compris dans les périodes les plus difficiles. Nous réaffirmons que si les responsables du théâtre du Grand Rond s’engagent sur une trajectoire de redressement complète, crédible et vérifiable, et qu’ils reviennent à un positionnement de travail et de confiance, en respectant toutes les sensibilités politiques, la Mairie réétudiera sa position. »