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Comment Batt Reload donne une seconde vie aux batteries des poids-lourds et cars électriques

Innovation. Depuis fin 2022, Batt Reload développe une solution de plateforme modulaire sur laquelle brancher des batteries issues de camions ou autocars électriques en fin de vie pour stocker de l’énergie et la redistribuer. Avec sa solution innovante, à destination en priorité des professionnels et des acteurs publics, elle vise un million d’euros de chiffre d’affaires dès 2027.

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Vincent Génévois et Pierre Sérou envisage de recruter une trentaine de nouveau collaborateurs d’ici 2030 (©Batt Reload).

Avec un peu plus de 1 000 camions, 2 767 autobus et 247 cars électriques sur les routes de l’Hexagone au 1er janvier 2025, selon le SDES, un service statistique de l’État, le secteur du transport routier de biens et de personnes en est au début de sa transition énergétique. Et, l’augmentation des prix du pétrole due à la guerre au Moyen-Orient va surement accélérer les choses. En témoigne la volonté d’EDF de faciliter la transition au camion électrique grâce à une aide de 30 M€ annoncée début avril pour aider les transporteurs du territoire.

Comme pour l’automobile, il existe peu de solutions pour recycler les batteries de ces véhicules à échelle industrielle, sachant que l’Europe exige un taux de recyclage de 65 % minimum pour les seules batteries Lithium-ion qui équipent la plupart des véhicules électriques.

Que faire dès lors des milliers de tonnes de batteries de véhicules industriels que reçoivent chaque année les opérateurs de traitement des déchets ? Un chiffre qui est appelé à exploser du fait de la démocratisation des modèles électriques ?

À Toulouse, la start-up Batt Reload (ex-Battery Afterlife Management, BAM) a fait le pari du réemploi. Fondée en 2022 par Pierre Sérou et Vincent Génévois, la société, qui emploie deux salariés, a mis au point une solution « made in Occitanie » pour donner à ces batteries une seconde vie. Avec une forte demande nationale et internationale, la pépite, dont les bureaux sont installé à Blagnac et l’activité technique est réalisée depuis un atelier à Lourdes dans les Hautes-Pyrénées, vise le million d’euros de chiffre d’affaires en 2027 et les 30 employés d’ici 2030.

Lauréat prix Next Innov

« La durée de vie d’une batterie de camion ou de bus électrique est relativement courte, de l’ordre de huit ans en moyenne. Or, lorsqu’elle est retirée du marché, elle possède encore 80 % de performance résiduelle », explique son PDG Vincent Génévois. Lauréate 2026 du prix Next Innov organisé par la Banque Populaire, l’entreprise veut profiter de cette "matière première" pour fournir une solution de stockage et d’alimentation électrique pour des clients professionnels du public et du privé.

Dans le détail, cette solution qui prend la forme d’une plateforme modulaire consiste en un adaptateur appelé « silo » sur lequel sont branchées des batteries en fin de vie récupérées auprès de constructeurs de bus et de camions. L’intérêt de la technologie est de standardiser un ensemble de batteries de conception différente et de leur trouver une utilisation alternative commune.

La plateforme modulaire de Batt Reload comprend un container de trois à six mètres de larges dans lequel peut être branchées de trois à 20 batteries. (©Batt Reload)

Sous forme de conteneurs de 3 à 6 mètres de long dans lesquels sont branchées de trois à 20 batteries, le système permet notamment de produire de l’électricité dans des endroits isolés à la place de groupes électrogènes polluants. « Si les batteries n’ont plus la puissance pour permettre à un véhicule de se mouvoir, il reste des applications moins exigeantes comme le stockage d’énergie photovoltaïque, éolien et hydraulique », souligne Vincent Génévois. Sur son site, l’entreprise propose également ses plateformes modulaires comme bornes de recharge, notamment de véhicules électriques, le moyen pour les gestionnaires de flottes publics et privés d’optimiser la durée de vie de ces batteries et des faire à terme des économies d’énergie et financières.

Venir concurrencer les batteries chinoises

« Parmi nos clients, nous avons notamment des commerces qui installent des panneaux solaires au-dessus de leurs parkings et qui désirent consommer l’énergie qu’ils produisent. D’où l’intérêt de posséder des batteries », explique Pierre Sérou. Les deux ingénieurs entendent d’ailleurs surfer sur la chute des prix de l’électricité à la revente, depuis la mise en application d’un arrêté annoncé par l’État le 28 mars 2025 et qui a divisé par trois le prix de rachat du kilowattheure, passant de 12,69 à 4 centimes.

Les dirigeants de Batt Reload défendent une alternative crédible à l’utilisation de batteries neuves importées de Chine. « Notre solution est moins onéreuse qu’une batterie chinoise dont les importateurs proposent des prix très agressifs, et nous en assurons en plus la maintenance », assure Pierre Sérou. L’offre de Batt Reload se décline sous deux volets : la vente initiale du silo et la mise en place d’un service de location sans limitation de durée, qui permet de garantir la durée de vie et l’élimination à terme des batteries.

Une usine à Lourdes

Éco-conçu et bas carbone le système de Batt Reload est le résultat de recherches sur la transition énergétique et écologique. Sur son site, l’entreprise estime que chaque mégawattheure stocké dans ses batteries permet d’éviter l’émission de 60 tonnes de CO2, l’équivalent de l’émission annuelle de plus de six Français (9 tonnes par habitant en moyenne). C’est sur ces ambitions environnementales que les deux ingénieurs ont fondé leur société sur fonds propres. Ils espèrent à court terme construire un silo par mois, puis d’augmenter la cadence dès 2027.

« En 2024, nous avons réalisé un premier tour de table non dilutif et nous avons bénéficié de subventions de Bpifrance, de la Région ainsi que de France 2030, puis du fond d’amorçage Créalia », détaille Vincent Génévois, ajoutant que la start-up a également profité de l’accompagnement de l’incubateur régional Nubbo en 2023. « Nous venons aussi d’intégrer l’incubateur Incoplex Pyrénées, soutenu par la Ville de Lourdes, où nous sommes implantés depuis un an et demi pour la partie production. »

Si aujourd’hui Batt Reload n’a qu’un petit atelier, ses co-fondateurs envisagent un développement industriel avec une usine sur la communauté d’agglomération de Tarbes Lourdes Pyrénées. Ils espèrent s’y imposer comme un acteur de l’économie locale et de l’économie circulaire. Une ambition confortée par les perspectives réelles de développement de la jeune pousse. Puisqu’en effet sa solution est aussi compatible avec les batteries de voitures électriques. Un marché d’une tout autre dimension, sachant qu’en 2025, l’Hexagone comptait plus de 2,3 millions de véhicules électriques et hybrides rechargeables en circulation. De quoi voir grand, très grand.