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À Toulouse, Infinite Orbits se dote d’une usine pour accélérer la production de ses satellites

New Space. La deeptech toulousaine se donne les moyens de ses ambitions. Portée par plusieurs contrats et levées de fonds majeurs, elle investit dans son outil industriel pour produire davantage, plus vite et répondre à un marché des services en orbite en plein essor. Un virage stratégique pour accélérer sa croissance et renforcer sa place sur la scène spatiale européenne.

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Pionnière des services en orbite géostationnaire, l’entreprise accélère son changement d’échelle. Entre investissements industriels, levées de fonds, partenariats stratégiques... elle structure sa croissance et renforce ses capacités. (©Infinite Orbits)

Nouvelle étape industrielle pour Infinite Orbits. La deeptech toulousaine spécialisée dans les services en orbite vient d’inaugurer une usine de 1 000 m² à Montaudran, dédiée à l’assemblage, l’intégration et aux tests (AIT) de ses satellites.

Construit en seulement six mois, le site est déjà opérationnel. Il accueillera dès ce mois de septembre son premier satellite en phase d’intégration. Objectif pour la start-up du New Space ? Passer du développement et de la démonstration technologique à une production en série. La nouvelle infrastructure doit notamment permettre d’assembler plusieurs satellites par lots, avec à la clé des délais de production réduits et et la capacité à répondre à une demande croissante.

« Depuis des années, notre équipe excelle dans la conception de solutions compétitives. Nos infrastructures reflètent désormais ce même ADN », explique dans un communiqué sa directrice commerciale, Marion Andrieux, qui insiste sur l’importance de « fournir des capacités rapidement et au juste prix ».

Deux services clés pour le marché spatial

Créée à Singapour en 2017 et installée dans la Ville rose depuis 2022, Infinite Orbits développe et opère des satellites de services pour les entreprises privées et les États exploitant des engins en orbite géostationnaire (GEO). Un marché porté par un enjeu simple : prolonger la durée de vie de satellites dont le remplacement coûte de plus en plus cher. À titre d’exemple, les grands satellites de télécommunications peuvent atteindre, voire dépasser, les 400 M$ pièce.

La nouvelle installation toulousaine fabriquera les deux familles d’astronefs développées par la société, conçues à partir d’une même plateforme satellite générique. Avec Orbit Guard, Infinite Orbits développe des microsatellites géostationnaires capables d’inspecter et de surveiller à faible distance d’autres engins spatiaux. Le premier exemplaire a été mis en service en 2023.

Avec Endurance, la pépite propose de prolonger la durée de vie de satellites commerciaux de télécommunications arrivés au terme de leur mission. Le principe ? S’amarrer à un satellite encore opérationnel pour assurer son maintien à poste pendant plusieurs années supplémentaires, avant d’organiser son transfert vers l’orbite cimetière.

Levées de fonds et partenariats stratégiques

Corinne Vignon, députée de la 3e circonscription de Haute-Garonne, et Adel Haddoud, PDG d’Infinite Orbits, lors de l’inauguration de la nouvelle usine à Toulouse. (©Infinite Orbits)

Cette accélération industrielle intervient après deux années particulièrement dynamique sur le plan financier. Après un tour de table de 12 M€ en 2024, Infinite Orbits a signé, en août 2025, un contrat de 50 M€ avec la Direction générale de l’armement (DGA). Conclu dans le cadre de l’initiative « Action et résilience spatiale », cet accord prévoit la fourniture au Commandement de l’Espace d’un service d’inspection et de surveillance de l’orbite géostationnaire.

Quelques mois plus tard, la société annonçait une nouvelle levée de fonds de plus de 40 M€, réunissant notamment l’EIC Fund, Matterwave Ventures, Wind Capital, Newfund Capital, Balnord et Irdi Capital Investissement. De quoi financer une nouvelle phase d’expansion, avec le renforcement des capacités technologiques et le développement de sa présence européenne. Infinite Orbits a ainsi ouvert des bureaux au Luxembourg, en Espagne, au Royaume-Uni et en Allemagne.

Mais c’est à Toulouse que se joue désormais une partie essentielle de son changement d’échelle. La nouvelle usine vient compléter les activités d’ingénierie déjà implantées dans la métropole et fournit à la jeune pousse son premier véritable outil industriel.

« Cette nouvelle installation renforce considérablement notre capacité de production en France », estime son PDG Adel Haddoud. Selon lui, elle doit permettre de répondre à « un marché commercial et institutionnel en pleine croissance des services en orbite ».

Enjeux de souveraineté et de compétitivité

Au-delà de sa dimension industrielle, le nouveau site porte également un enjeu d’indépendance. Présente lors de l’inauguration, Corinne Vignon, députée de la troisième circonscription de Haute-Garonne et membre de la Commission de la Défense, voit dans cette implantation une étape majeure pour le spatial français et européen.

« La souveraineté ne consiste pas à tout produire seuls, ni à faire de l’État le propriétaire de chaque satellite. Elle consiste à préserver notre liberté de décision », a ainsi affirmé l’élue. Une nécessité d’autant plus forte que l’espace est désormais devenu « un environnement contesté », où les satellites peuvent être « observés, approchés, brouillés ou ciblés par des cyberattaques ».

Dans ce contexte, Corinne Vignon souligne l’intérêt stratégique des technologies développées par la société toulousaine, notamment dans « le rendez-vous autonome, les opérations de proximité, l’inspection et les services en orbite ». Des capacités qui répondent certes à des besoins commerciaux, mais qui peuvent aussi renforcer la résilience et l’autonomie du Vieux continent.

Pour Infinite Orbits, le cap est désormais fixé : changer de dimension pour devenir un champion européen du spatial. Plusieurs échéances commerciales et opérationnelles sont d’ailleurs attendues dans les prochains mois pour accompagner cette nouvelle phase de croissance.