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À Toulouse, l’éditeur de billets en ligne Festik vise les 100 M€ de chiffre d’affaires d’ici 2030

Série 1/5. Studios d’enregistrement, disquaires, écoles de musique, billetteries indépendantes, associations… Cet été, La Gazette du Midi part à la rencontre de celles et ceux qui font vivre l’industrie musicale à Toulouse. Premier épisode avec l’opérateur Festik, spécialisé dans la billetterie des événements culturels. Le toulousain ambitionne d’atteindre 3 % des parts de marché d’ici quatre ans.

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Festik est lauréate de l’appel à projet du ministère de la Culture dans le cadre du plan de relance France 2030 pour les solutions de billetterie innovantes. (©Gazette du Midi)

230 000. C’est le nombre de représentations de spectacle vivant déclarées en 2024 en France. Des événements qui ont rassemblé 65 millions de spectateurs et généré 2,4 Md€ de recettes de billetterie selon le ministère de la Culture. De quoi booster l’activité des principaux acteurs spécialisés dans la vente de places de concert, de théâtre, de festival… Avec un chiffre d’affaires estimé à 1,5 Md€, le secteur compte des entreprises tels que Shotgun, Dice ou Fnac Spectacles qui trustent une part importante du marché. À Toulouse, Festik, fondée en 2012 par Étienne Kemlin, a réussi à se faire une place entre ces mastodontes et affiche de grandes ambitions pour les années à venir.

Bien identifiée sur la scène culturelle occitane, la société implantée dans le quartier de Barrière de Paris, vise des événements dans tout l’Hexagone. Forte d’un chiffre d’affaires de 15 M€ en 2025 et d’une équipe d’une douzaine de salariés, l’entreprise annonce le lancement dès 2027 d’une troisième version de son logiciel de billetterie qui se veut plus « interconnecté, éthique et humain ». De quoi lui permettre de passer la barre symbolique des 100 M€ de CA dans les quatre ans.

La société a notamment travaillé avec le festival Rio Loco sur ses éditions de 2017 et 2021, sur Arte Flamenco organisé par le Département des Landes, le festival des Lanternes de Gaillac, Musique à la rue à Luxey, le Festivada à Rodez ou encore le Printemps du Rire.

Elle propose également ses services aux salles de spectacles locales telles que la Maison de la terre à Poucharramet, le Taquin, le théâtre du Fil à Plomb, celui du Pavé, le Conservatoire de Toulouse, la salle Claude Nougaro ou encore le Trianon à Paris.

Redonner le contrôle aux organisateurs

En 2011, Étienne Kemlin, alors président de la société Microscopie, développe un premier système de billetterie en ligne à la demande du festival toulousain de musique cubaine Cuba Hoy. Son objectif ? Permettre aux organisateurs d’avoir le contrôle de la billetterie tant sur le plan logistique qu’économique et informatique.

« Quand nous sommes arrivés en 2012, les opérateurs de billetterie classique conservaient et exploitaient eux-mêmes les données qu’ils récoltaient sur les spectateurs lors des ventes. Ainsi, les organisateurs n’avaient pas d’autres choix que de passer par les plateformes pour pourvoir commercialiser les tickets », explique le fondateur de la société. Et de poursuivre :

« À la différence des autres acteurs, nous souhaitons favoriser l’indépendance des créateurs d’événements en ne monnayant que nos services, et non les données qui concernent leurs publics. Cette dernière reste leur propriété. »

L’opérateur se différencie également en proposant des contrats « coup de pouce » pour les producteurs de spectacle avec une marge de manœuvre financière plus réduite. « Dans ce cadre, nous prenons une commission réduite sur les tickets vendus à un prix ne dépassant pas 10 € », détaille Sophia Moussaid, directrice générale de Festik.

Pour le reste, le client décide de la valeur du ticket, selon les frais qu’il doit prendre en compte tels que le coût des prestataires, des artistes, de la restauration… Pour cela, il s’appuie sur le logiciel de billetterie de Festik qui lui permet de répartir la valeur des frais calculés sur la vente d’un billet.

Par ailleurs, l’opérateur revendique le maintien de frais de service, dont les évolutions restent exceptionnelles et plafonnées. « Certes, ces derniers peuvent être légitimes : frais d’hébergement numérique, bancaires, etc. Mais d’autres facturent en plus des frais d’édition de billet alors que cela ne coûte absolument rien puisque les tickets sont dématérialisés », critique celle qui a rejoint l’entreprise en septembre 2024.

Ventes et reventes contrôlées

Dans le détail, Festik se décline en une série d’outils numériques qui répondent aux demandes précises des organisateurs. « Nous avons créé un dispositif de guichet tournant composé d’une mallette qui embarque un ordinateur PC, une imprimante à billets et un téléphone pour payer en carte bancaire ou pour scanner les billets : c’est le guichet nomade », explique Sophia Moussaid. Un système disponible à la location ou à l’achat et qui peut synchroniser jusqu’à 30 écrans et 15 imprimantes.

Le Toulousain a également développé l’outil Pronto. Celui-ci permet aux spectateurs d’acheter en dernière minute des billets pour une représentation en cours ou à venir dans la journée, en scannant avec leur téléphone un QR code à l’entrée de la salle. L’organisateur peut lui-même décider du nombre de billets disponibles sur Pronto, afin d’éviter la sur-jauge.

Le troisième logiciel mis à disposition du public est l’outil Salto qui permet la revente des billets. « Nous avons lancé ce dispositif il y a quelques mois maintenant. L’organisateur décide lui-même d’y encadrer les prix », rappelle la directrice générale. Le concept vise notamment à éviter la spéculation autour des prix des billets, comme cela a été constaté sur les concerts de Céline Dion, une pratique courante adoptée par certains opérateurs appelée le « yield management » (tarification dynamique).

3 % des parts de marché d’ici quatre ans

Tablant sur une forte croissance, l’entreprise envisage de rester une structure à taille humaine, en renforçant à la fois les équipes de développement et de service, et en évitant au maximum l’utilisation de l’intelligence artificielle (©Gazette du Midi)

Bientôt opérationnelle, la troisième version de la suite logicielle Festik rajoute une banque de données en open data. Concrètement, elle comprendra les informations sur la programmation, sur les lieux, les configurations de salles, les classifications des attractions ou encore les styles de musiques… Elle intègrera également les motivations du public à se déplacer pour voir un événement. L’ensemble sera accessible sur la plateforme, y compris par ses concurrents. Derrière cette initiative, Festik défend l’idée « d’une donnée gratuite, qui appartient et doit profiter à tout le monde. »

Cette V3 doit également permettre aux organisateurs d’événements de communiquer et d’échanger entre eux et ainsi de créer une véritable synergie. Par ailleurs, « nous prévoyons de mieux intégrer les outils internes de nos clients dans l’utilisation du logiciel, tels que les systèmes comptables, de relation clients (CRM), afin d’améliorer l’interopérabilité. » Le concept derrière la V3 est de créer une véritable « fabrique à billetterie » en mobilisant également l’ensemble des partenaires technologiques de l’entreprise, ainsi que les producteurs et les diffuseurs.

Lauréate de l’appel à projet du ministère de la Culture dans le cadre du plan de relance France 2030 pour les solutions de billetterie innovantes, l’entreprise compte aujourd’hui plus de 650 clients, dont les deux tiers sont des associations et des collectivités. À terme, Festik vise des contrats avec des musées dans toute la France, des salles spécialisées dans le spectacle vivant, mais également des organisateurs d’événements sportifs, quelle que soit leur taille. D’ici quatre ans, elle vise 3 % de parts du marché de la billettique intermédiée.