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Jeux de société : les bars spécialisés gagnent du terrain à Toulouse

Série 3/3. Les Français sont devenus accros aux jeux de société. Avec un marché estimé à 624 M€, tout un écosystème s’est structuré autour des concepteurs, fabricants, revendeurs et bars spécialisés. Toulouse n’échappe pas à cet essor. Le P’tit Pion, installé à Saint-Cyprien depuis un an, fidélise sa clientèle, tandis que Baraka Jeux a inauguré un second établissement dans le quartier de la Bourse en juin 2025.

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Situé au 18 rue de la Bourse, le nouveau local du Baraka Jeux occupe une surface de 220 m2 et propose une sélection de 500 jeux. (©Gazette du Midi)

Un groupe de huit personnes est attablé dans le petit café de la grande rue Saint-Nicolas, à Toulouse, dans le quartier Saint-Cyprien. Particulièrement ponctuelle, la petite troupe s’est présentée dès l’ouverture du P’tit Pion, à 16 heures. En ce 17 juillet 2026, c’est un jour comme les autres dans un café qui, lui, ne l’est pas. Ici, on se retrouve pour jouer. Avec une collection de près de 230 jeux de société, le lieu est devenu un rendez-vous incontournable pour les amateurs de jeux de cartes, de plateau, de dés…

Créé en janvier 2025 par Laurie et Valérie Falcou, le P’tit Pion est le seul bar à jeux situé sur la rive gauche de la Ville rose. Un concept grâce auquel ce duo mère-fille a remporté la même année l’un des Prix du commerce de quartier. Avant de se lancer dans cette aventure entrepreneuriale, la première a fait carrière dans la comptabilité, la seconde a travaillé dans l’industrie pharmaceutique. Encore en plein développement, l’établissement a recruté une étudiante à la fin du mois de novembre et fait également appel à un salarié à temps partiel pour renforcer l’équipe lors des périodes de forte activité.

Le P’tit Pion, café-jeux indépendant

Le P’tit Pion est un lieu de rencontre où les clients prennent leur temps. « À la différence d’un restaurant, où une table est occupée pendant une heure, chez nous, les clients restent en moyenne entre trois et quatre heures », explique Laurie Falcou.

« Ma mère et moi avons investi chacune 20 K€ en fonds propres, en complément de deux prêts. L’un pour payer le pas-de-porte au propriétaire du local que nous louons et le second pour réaliser l’ensemble des investissements nécessaires à l’ouverture. »

Dans ce café ludique, les joueurs paient 2 € par personne pour utiliser n’importe quel jeu, en plus du prix de leur consommation, ou 4 € s’ils ne consomment pas. Si l’entrepreneuse n’a pas encore établi son premier bilan comptable, elle précise : « Je me rémunère depuis trois ou quatre mois, à hauteur de 600 € nets par mois.  »

Laurie Falcou et sa mère Valérie Falcou ont remporté en juillet 2025 le Prix du commerce pour le quartier de Saint-Cyprien, organisé chaque année par Actu Toulouse et le magazine Côté Toulouse. (©Gazette du Midi)

Alors que neuf bars à jeux sont déjà implantés dans le centre-ville, la gérante du P’tit Pion mise sur une identité différente : un établissement qui s’apparente davantage à un salon de thé qu’à un débit de boissons. « Nous n’avons pas de licence pour vendre de l’alcool. En revanche, nous privilégions des produits locaux et de qualité. »

Après 18 mois d’activité, l’entrepreneuse se réjouit de voir des clients revenir chaque semaine. Des habitués qui apprécient les brunchs dominicaux comme les parties de Loup-Garou organisées une fois par mois.

Seul bémol, son activité dépend fortement pour le moment de la présence des étudiants. « Résultat, entre l’hiver et l’été, mon chiffre d’affaires est divisé par deux, en raison de leur absence pendant les mois de juillet et août », concède Laurie Falcou. Une baisse d’activité accentuée par l’absence de terrasse devant son établissement.

Neuf Baraka Jeux dans l’Hexagone

Installé 1 boulevard de la Gare, sur les bords du canal du Midi, Baraka Jeux propose un fonctionnement similaire à celui du P’tit Pion, avec un droit d’accès aux jeux mais aussi une carte d’abonnement annuelle permettant de profiter d’une collection de plus de 1 000 références. L’enseigne figure aujourd’hui parmi les principaux acteurs du secteur.

En juin 2025, elle a d’ailleurs investi près de 450 K€ pour ouvrir son deuxième bar à jeux toulousain, un établissement de 220 m² situé rue de la Bourse, dans l’hypercentre. Cette enveloppe comprend l’acquisition du fonds de commerce ainsi que l’ensemble des travaux. Ce second bar vient s’ajouter à ceux de Montpellier, Marseille, Clermont-Ferrand, Strasbourg, Vannes et Beauvais.

C’est en 1993 que Denis Lerognon fonde le premier Baraka Jeux à Montpellier, considéré comme le premier bar à jeux de France. Il faudra attendre 23 ans avant qu’il ne développe son concept dans une autre ville. Il choisit alors Toulouse, une métropole qui compte de nombreuses ludothèques municipales et associatives avec près d’une quarantaine de structures. Une réussite qui ouvre la voie à d’autres installations. « Nous ciblons des villes dans lesquelles il y a encore peu d’offres concurrentes », explique Marion Nowicki, propriétaire des deux commerces de la Ville rose.

Un modèle en forte expansion

Si le réseau est désormais bien implanté sur le territoire, tous les établissements ne relèvent pas du même statut. « Les bars de Marseille et de Strasbourg appartiennent à la société mère. Les autres sont exploités par des franchisés qui bénéficient d’une licence de marque », précise celle qui a commencé à travailler à 19 ans comme serveuse dans le premier Baraka Jeux de Montpellier avant de devenir associée. Selon elle, chaque établissement réalise un chiffre d’affaires compris entre 250 K€ et 500 K€.

Déjà présent dans neuf villes en France, l’enseigne Baraka Jeux vise une implantation future à Paris. (©Gazette du Midi)

Autre particularité de l’enseigne : elle dispose d’un espace de vente de 250 m² situé en périphérie de Montpellier. Ouvert en 2020, celui-ci fait aussi office de centrale d’achat. « Nous travaillons avec un réseau d’éditeurs de jeux de société qui nous envoient gratuitement leurs nouveautés. La centrale les répartit ensuite entre les différents établissements et, en contrepartie, nous faisons découvrir ces jeux à notre clientèle », détaille Marion Nowicki.

Grâce à ce modèle économique, les deux associés espèrent prochainement s’implanter dans de nouvelles villes étudiantes, avec Paris en ligne de mire, convaincus que le secteur connaît son âge d’or. Et d’observer également une profonde évolution des pratiques et des profils de joueurs. « Aujourd’hui, j’accueille autant de femmes que d’hommes, ce qui n’était pas le cas il y a 20 ans. »