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À Toulouse, les disquaires entre passion musicale et quête de rentabilité

Série 5/5. Studios d’enregistrement, disquaires, écoles de musique, billetteries indépendantes, associations… Cet été, La Gazette du Midi part à la rencontre de celles et ceux qui font vivre l’industrie musicale à Toulouse. Dernier épisode avec deux disquaires, l’un indépendant qui mise à 100 % sur le vinyle, et l’autre appartenant à une enseigne nationale qui a choisi de se diversifier.

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Installée au 17 rue des Filatiers à Toulouse, la boutique O’CD achète et revend les collections de CD, DVD, vinyles et jeux vidéo des particuliers. (©Gazette du Midi)

La roue tourne, et le vinyle aussi. En 2025, ses ventes en France ont dépassé pour la première fois celles du CD, avec un chiffre d’affaires établi à 113 M€, en croissance de 15 % par rapport à l’année précédente, selon le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP). Locomotive des ventes de musique physique, les 33 et 45 tours figurent en bonne place les collections des mélomanes amateurs comme professionnels.

Une belle revanche pour ce support, qui a connu un véritable désamour dans les années 1980. Aujourd’hui même des artistes planétaires comme Taylor Swift ou Kendrick Lamar pressent leurs albums en plusieurs éditions, faisant de la version vinyle un objet de collection pour les fans, à commencer par la génération Z.

Pourtant, si le marché a le vent en poupe, de plus en plus de disquaires indépendants, comme beaucoup d’autres commerces de proximité, baissent le rideau. À Toulouse, trois institutions ont fermé boutique ces cinq dernières années : le plus ancien, Croc Vinyl, fondé en 1987, Armadillo et ses 37 ans d’existence, ainsi qu’Innerdisc. Deux départs à la retraite sans repreneur et un jeune qui a décidé de changer de voie. Désormais, il en reste 10.

Au Laboratoire Vinyles, un chineur passionné

Pour ces irréductibles, maintenir son activité à flot est un challenge, entre augmentation des loyers commerciaux, du coût de la logistique, sans compter la hausse des prix d’achat du neuf. Au Laboratoire Vinyles, au 9 rue de la Bourse, dans le centre de la Ville rose, Cédric Barbe mise sur ses 26 années d’activité, sa fine connaissance de la clientèle et ses contacts. « Depuis le lancement de mon activité, je rachète notamment les collections de certains de mes clients ou encore de ceux qui doivent se séparer de leur collection pour des raisons personnelles, souvent des personnes âgées », explique-t-il.

Cédric Barbe a créé sa boutique de vinyle rue de la Bourse à Toulouse, après avoir fait carrière dans la radio à Montpellier. (©Gazette du Midi)

Pour trouver des nouveautés, Cédric Barbe se tourne vers les maisons de disques telles que Universal Music, Sony et Warner, les trois géants du secteur, mais également vers les labels de petite taille comme le parisien Modulor. « En complément, je suis en contact régulier avec l’entreprise hollandaise Bertus, distributeur international de musique dans les formats physiques. S’ils ont parfois des tarifs très élevés, ils ont également des disques que l’on ne peut avoir par d’autres intermédiaires que si l’on achète en gros », souligne le vendeur.

L’intéressé, qui a toujours travaillé seul, se déplace aussi dans des conventions internationales, comme celle de Den Bosch aux Pays-Bas, pour récupérer des stocks à prix cassés. « Les artistes très recherchés en France ne le sont pas forcément dans d’autres pays. » Ici, leurs vinyles peuvent facilement dépasser la barre des 30 € à la vente.

Outre la vente directe, le Toulousain commercialise également ses trouvailles sur la plateforme Discogs, banque mondiale du vinyle et du CD fondée dans les années 2000, sur laquelle s’échangent les produits entre professionnels et particuliers. « Chaque jour, j’envoie entre cinq et dix disques par la poste à des clients en France et à l’étranger. » Le commerce en ligne représente toutefois une part minime de son activité.

« Notre métier c’est d’avoir un temps d’avance »

Événement annuel national auquel participent 250 vendeurs dans plus de 90 villes de l’Hexagone, le Disquaire Day est l’occasion pour lui de réaliser son plus gros chiffre d’affaires de l’année. Cette manifestation a eu lieu pour la première fois en France en avril 2009 pour promouvoir un marché qui reprenait alors quelques couleurs.

Le Laboratoire Vinyles propose des disques allant du rap à la musique électronique, en passant par le classique, la variété française et le rock. (©Gazette du Midi)

Cédric Barbe estime que pour booster les ventes, il faut se tenir en alerte de toutes les nouvelles tendances. « Quand j’ai ouvert mon magasin, les gens ne s’intéressaient plus à Supertramp. Aujourd’hui, on me demande tout le temps leurs disques », s’étonne-t-il. « Notre métier, c’est d’avoir un temps d’avance. Certains collègues et moi-même, nous avons par exemple senti le retour des années 1980, le regain d’intérêt pour les BO de Dirty Dancing, Top Gun et Rocky IV. »

Des tendances qui dépendent bien souvent des réseaux sociaux… avec des côtés négatifs, selon lui. « Ma clientèle a beaucoup évolué, et j’ai de plus en plus de jeunes qui me demandent des styles que je ne connais pas ou que je ne comprends pas », regrette-t-il, assumant se sentir en décalage avec les goûts de la nouvelle génération. Et de constater que « l’industrie du disque a, elle aussi, flairé le filon et a augmenté les prix face à une demande toujours plus grande. Résultat : les acheteurs de ma génération, à savoir les plus de 40 ans, ne sont pas prêts à payer ces tarifs-là. »

Face à cette nouvelle réalité du business qu’est devenue la commercialisation des vinyles, Cédric Barbe est pour le moins dubitatif. Le chef d’entreprise ne cache pas sa lassitude et s’interroge sur la poursuite de son activité.

O’CD Toulouse, 320 K€ de chiffre d’affaires

Un nouveau paradigme qui n’inquiète pas tellement Raphaël Daviaud. Ce dernier est le gérant de la boutique toulousaine O’CD, une enseigne nationale qui compte 16 points de vente à Montpellier, Lyon, Paris, Tours, Genève et bien d’autres villes. « Nous avons ici des clients âgés pour beaucoup de 15 à 16 ans et qui sont fascinés par ce produit vintage qu’est le vinyle », souligne celui qui considère ce changement comme une évolution logique.

Raphaël Daviaud est le gérant de la boutique toulousaine d’O’CD depuis quatre ans. (©Gazette du Midi)

Si O’CD se fournit également via les ventes de collections de particuliers, l’enseigne s’est développée sur un modèle qui intègre la vente de CD, de DVD et de jeux vidéo, des produits à 70 % en seconde main et 30 % en neuf. Fondée en 1994 par Félix Boisson de Chazournes, l’entreprise s’est inspirée d’un modèle courant aux États-Unis. Sa première boutique, ouverte dans le quartier Latin à Paris, a rapidement été suivie par d’autres, comme celle de Toulouse, ouverte en 2001 et dont le chiffre d’affaires s’établit aujourd’hui à près de 320 K€.

Une réussite qui se voit au nombre de ventes, avec un prix moyen de 9 € pour le DVD d’occasion, entre 15 et 17 € pour les vinyles à forte cote et entre 2 et 8 € pour les CD. « Ici, nous vendons en moyenne 35 DVD par jour, une vingtaine de CD et autant de vinyles », détaille Raphaël Daviaud, qui réserve également un étal à quelques jeux vidéo et cassettes audio, le tout à des prix fixés par l’enseigne pour éviter la spéculation.

Un réseau de 16 boutiques en France et en Suisse

L’atout principal du réseau O’CD est de permettre à chaque gérant de boutique d’échanger des produits en fonction de la demande des clients. « Tous nos produits sont répertoriés sur une base de données accessible à toutes les boutiques. Les clients peuvent ainsi nous passer commande, et nous les prévenons si le produit est disponible dans notre réseau », explique l’intéressé, un système qui permet aux acheteurs d’obtenir un article sans passer par Internet.

Ainsi, l’entreprise s’inscrit dans une démarche de valorisation des produits de seconde main et propose un modèle qui prouve son efficacité avec un chiffre d’affaires global établi en 2014 à 6,5 M€. Ces dix dernières années, le point de vente toulousain, qui emploie trois salariés, a affiché un taux de croissance de 1 à 3 %. Raphaël Daviaud capitalise sur des promotions et un système d’abonnement afin d’attirer une clientèle toujours plus importante, appartenant à toutes les générations.