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140e année

Agronutris lève 100 M€

Innovation. Grâce à ce nouveau tour de table, le haut-garonnais Agronutris passe à la vitesse supérieur et s’apprête à inonder le marché de farine de mouche.

Un nouveau chapitre s’écrit pour le groupe Agronutris, basé à Saint-Orens, spécialisé dans l’élevage et la transformation d’insectes pour l’alimentation, qui vient de lever 100 M€ – dont la moitié en fonds propres, en vue d’industrialiser son procédé de fabrication de protéines à base d’insectes. À ce titre, le spécialiste prévoit d’ouvrir d’ici fin 2022 une première unité industrielle à Rethel, dans les Ardennes, laquelle sera notamment proche de gisements d’intrants, sous-produits et coproduits de l’agro-industrie, qui servent à nourrir les insectes élevés dans l’usine. Ce joli coup de pouce permettra également de financer dans un second temps, un autre site de plus grande envergure.

Dans le détail, ce tour de table a notamment été financé en fonds propres, souscrits par le fonds SPI « Société de Projets Industriels » géré par Bpifrance, chef de file dans cette opération, Mirova, le groupe Nutergia, le Crédit Agricole Nord-Est et le business angel Bertrand Jelensperger. 10% des fonds proviennent également du plan France Relance et de la région Grand- Est et les 40 % restants sont de l’endettement auprès des Caisses d’Épargne Grand-Est, Haut de France et Midi-Pyrénées, du CIC et du Crédit Coopératif ; et auprès d’un grand groupe industriel énergétique.

Accélérer le développement

« Cette levée de fonds nous donne les moyens d’entamer une nouvelle étape de notre développement, mais c’est aussi une reconnaissance du chemin parcouru par l’entreprise ces 10 dernières années. Elle ponctue une année très faste pour Agronutris où nous avons notamment été la première entreprise autorisée en Europe à commercialiser des insectes en alimentation humaine », précise Cédric Auriol, cofondateur et directeur général d’Agronutris.

Le groupe a donc toutes les cartes en main. De fait, Agronutris créé en 2011 et qui compte une trentaine de salariés, continue d’asseoir sa notoriété sur le marché tricolore pour l’élevage du grillon, du ver de farine et la mouche soldat noire. Ainsi, les premières productions du site industriel porteront sur l’élevage et la transformation de la mouche soldat noire, à destination des marchés de l’aquaculture et du pet food. Une demande qui augmente auprès de ces secteurs, qui cherchent une alimentation plus protéinée pour leurs animaux. Un marché de niche donc qui tend à évoluer. Et preuve que l’industrialisation de la fabrication de farine de mouche attire désormais les investisseurs : ils ont également octroyé plusieurs centaines de millions à son concurrent Ynsect qui transforme les insectes en ingrédients premium à haute valeur ajoutée et souhaite également conquérir le marché de l’alimentation humaine.

Les travaux de la première usine d’élevage et de transformation de 16 000 m2 ont ainsi démarré en cette rentrée dans les Ardennes, laquelle sera pourvoyeuse d’une soixantaine d’emplois, avant la réalisation d’un deuxième site industriel d’une capacité cette fois de 210 000 tonnes d’intrants par an, qui emploiera 120 personnes toujours dans le Grand Est. Au total, les deux projets industriels auront une capacité de conversion de 280 000 tonnes par an de bio-résidus de l’agro-industrie. L’entreprise affiche de belles ambitions puisqu’elle entend ouvrir neuf usines d’ici à l’horizon 2029 notamment en Europe, en Amérique du Nord et en Asie pour atteindre une capacité de conversion de 1,5million de tonnes de bio-résidus par an.

Jennifer Legeron