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141e année

Airbus et Safran prêts au rachat d’Aubert & Duval

Aéronautique. Avec le soutien de Tickehau Ace Capital, Airbus et Safran ont signé un accord avec Eramet en vue d’une acquisition fin 2022.

Aubert & Duval fabrique notamment des pièces matricées pour les trains d’atterrissage des principaux programmes d’Airbus. Ici, un A320neo d’Air Corsica. AIRBUS 2019-H. GOUSSÉ/MASTER FILMS

Fournisseur stratégique de matériaux et pièces critiques pour l’aéronautique, la défense et le nucléaire, Aubert & Duval, filiale d’Eramet, va passer sous le pavillon d’Airbus et Safran. Les deux industriels, soutenus par Tikehau Ace Capital par le biais du fonds Ace Aéro Partenaires, ont en effet signé avec le groupe minier et métallurgique un accord en vue de l’acquisition de ce groupe industriel qui dispose de 14 sites de production dont un à Pamiers, en Ariège, où il a des activités de conception, transformation à chaud par forgeage, matriçage, estampage (acier, superalliages, titane), traitements thermiques, usinage, contrôles et essais.

De fait, Aubert & Duval réalise de l’ordre de 500 M€ de chiffre d’affaires et emploie 3600 collaborateurs, dont la plupart en France. Les trois partenaires projettent de réaliser cette acquisition via la création d’une holding détenue à parts égales et créée à cet effet. À travers cette opération, Airbus et Safran entendent « sécuriser leur approvisionnement stratégique et le développement de nouveaux matériaux destinés aux programmes d’avions et de moteurs civils et militaires, actuels et futurs ».

Savoir-faire critique

De fait, précise le DG de Safran, Olivier Andriès, « Aubert & Duval possède un savoir-faire technique unique en Europe. Sa reprise assurera une souveraineté nationale à nos programmes stratégiques de moteurs disruptifs civils et militaires ». Grâce à ses compétences industrielles dans le domaine métallurgique, Safran devrait assurer le rôle principal dans la direction opérationnelle de la société. « Le projet de transformation prévu permettra de renforcer la confiance des clients et de créer un champion national dont la forte base industrielle française sera capable de servir le marché mondial de l’aéronautique », ajoute Olivier Andriès.

Fournisseur stratégique

« Notre secteur, qui émerge tout juste de la crise du Covid, a besoin d’un partenaire solide pour accompagner l’augmentation de la production et préparer les prochaines technologies du secteur, estime de son côté Guillaume Faury, président exécutif d’Airbus. La reprise de la société couplée à un ambitieux plan de transformation devra permettre de restaurer l’excellence opérationnelle et la confiance du marché vis-à-vis d’Aubert & Duval, et de créer à moyen et long termes un leader européen compétitif face à la concurrence mondiale et de réduire le risque géopolitique d’approvisionnement. »

« C’est une annonce importante donnant de nouvelles perspectives et permettant de clarifier l’avenir de l’entreprise, et celui des salariés »

La participation de Tikehau Ace Capital à cette opération s’inscrit dans le cadre du plan de relance aéronautique initié par le gouvernement. Lors de la présentation de ce plan, le 9 juin dernier, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, avait en effet annoncé la création d’un fonds d’investissement aéronautique dénommé Ace Aéro Partenaires pour soutenir les PME et les ETI de la filière aéronautique, fonds dont la gestion a été confiée à Ace Management, filiale de la société de gestion d’actifs et d’investissement Tikehau Capital. L’État participe dans ce nouveau fonds à hauteur de 200 M€, dont 50 M€ de Bpifrance. Les quatre grands donneurs d’ordre de la filière contribuent également à ce fonds à hauteur de 200 M€, dont Airbus pour 116 M€, Safran, 58 M€, Dassault Aviation, 13 M€, et Thales, 13 M€. Tikehau Capital investit, de son côté, sur ses fonds propres, 230 M€.

Souveraineté industrielle

« Cette acquisition est un message fort et encourageant sur l’accélération de la restructuration, de la transformation et de la consolidation de la filière aéronautique, assure pour sa part Marwan Lahoud, président de Tikehau Ace Capital. Avec Airbus et Safran, nous apportons les ressources financières et la meilleure expertise industrielle nécessaires pour développer l’excellence stratégique d’Aubert & Duval. Nous sommes fiers de contribuer au redressement du secteur au moment particulièrement critique où les entreprises aéronautiques doivent à nouveau réinvestir pour accompagner la reprise et préparer le futur. »

Après avoir entériné en avril dernier un plan d’adaptation à la crise du secteur aéronautique entrainant la suppression de plus de 320 emploi, Jérôme Fabre, DG adjoint du groupe Eramet, en charge de la Division alliages haute performance et président d’Aubert & Duval, voit dans ce rachat une réelle opportunité pour l’entreprise. « Si ce projet aboutit, assure-t-il, Aubert & Duval disposerait à son capital de nouveaux actionnaires qui connaissent nos secteurs d’activité, la valeur stratégique de nos compétences et leur importance pour préserver la souveraineté industrielle française et européenne. C’est une bonne nouvelle pour les équipes d’Aubert & Duval et pour l’ensemble de nos clients. »

Clarifier l’avenir de l’entreprise

De leur côté, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, et Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes où est également fortement présent le groupe Aubert & Duval, ont salué cette opération. « C’est une annonce importante donnant de nouvelles perspectives et permettant de clarifier l’avenir de l’entreprise, et celui des salariés, affirme Carole Delga. Avec Airbus, Safran et Tikehau Ace Capital, Aubert & Duval sera adossé à des acteurs majeurs de l’industrie aéronautique porteurs d’un projet d’avenir, source de développement économique pour nos territoires et vecteur d’emplois. Avec Laurent Wauquiez, nous sommes engagés depuis des mois pour sauvegarder les sites industriels de cette entreprise historique et les savoir-faire clés de ces femmes et hommes basés en Ariège ou dans le Puy-de-Dôme. Pendant la durée des consultations et l’obtention des autorisations réglementaires, je resterai très attentive à l’évolution de la situation de l’entreprise, au devenir des salariés et au maintien d’un dialogue social de qualité. » L’opération est soumise à la consultation des instances de représentation du personnel et aux autorisations réglementaires. Sa finalisation est attendue au quatrième trimestre 2022.

Agnès Bergon