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140e année

Airplane s’envole avec les avions-cargos

Industrie. Basé à Francazal, le groupe familial Airplane s’est diversifié dans la conversion des avions régionaux ATR en cargo. Bénéficiant de la croissance du fret aérien, son CA a augmenté de 22 % en 2020.

Dans le ciel embrumé du secteur aéronautique qui accuse une perte de 40 % de son activité en 2020, le groupe familial Airplane, basé à Francazal, spécialisé dans la peinture et la maintenance d’avions régionaux, fait figure d’exception avec une envolée de son taux de croissance de 22 % et un CA qui atteint 12 M€. Comment expliquer cette belle performance – soutenue également par une demande de PGE – dans une situation paradoxale ? 

Airplane a vu son activité croître de 22 % l’an dernier. DR

« Nous avons gardé la confiance de nos salariés qui ont décidé de venir travailler. Alors que le trafic aérien a fortement chuté, de notre côté, nous avons poursuivi nos grandes visites sur les avions qui consistent à démonter la quasi-totalité des appareils pour les inspecter avant un éventuel nouveau cycle de vie de 10 ans. Nous avons surtout généré de l’activité avec la transformation des avions civils en avions-cargos sur des appareils de type ATR. En effet, l’accélération du commerce digital a accentué le besoin de livraison rapide notamment entre les villes moyennes sur le territoire national et ces avions qui correspondent parfaitement à cette demande », souligne Alain Gaudon, CEO d’Airplane. 

Le fret aérien a ainsi connu un coup d’accélérateur de 12 % dans le monde en deux ans.

 Une aubaine pour le groupe occitan pour qui cette activité représente 30 % de son chiffre d’affaires de 2020. Airplane, qui, vise 14 M€ de CA en 2021, envisage de poursuivre l’activité de conversion des ATR 72 en cargos. Avec actuellement cinq avions transformés à son compteur, l’entreprise prévoit entre cinq et dix transformations par an.
Airplane, créé par Ersun Arslan, fêtera ses 20 ans l’an prochain. Fort d’une centaine de collaborateurs, le groupe tire ainsi son épingle du jeu notamment à travers sa diversification d’activité entamée par le fils du fondateur, Charly Arslan, en 2016 avec le lancement d’Airplane Delivery, un service de maintenance aéronautique PART145 qui vient en complément de l’activité historique de peinture, Airplane Painter.

Cette entité génère aujourd’hui la majorité du CA du groupe, lequel s’affiche comme l’un des acteurs majeurs de MRO (maintenance, repair and operations) sur le plan européen mais fait face aujourd’hui à une concurrence accrue provenant des pays de l’Est.

« Initialement, l’aventure a démarré avec l’activité de peinture in situ à savoir un principe de cabines éphémères. De 2002 à 2011, les collaborateurs se déplaçaient sur site à l’étranger. Puis, lorsque les militaires ont quitté la base de Francazal, l’entreprise a eu l’opportunité de louer un hangar et de développer son activité avec l’aménagement de cabines modulaires tout en se rapprochant d’une entreprise partenaire qui possédait l’autorisation et les qualifications pour démonter les avions et les remettre en vol selon les normes aéronautiques relatives au PART145. Cette entreprise a fait faillite. Ainsi, Charly Arslan a décidé d’élargir le champ de compétences d’Airplane avec l’obtention de cette certification. Cette diversification a permis, entre autres, d’accompagner le développement de l’entité Airplane Painter en lui permettant de libérer, sans interventions extérieures, les avions après peinture et de faire de la maintenance », détaille Alain Gaudon. Un marché de niche qui a connu une croissance exponentielle en cinq ans notamment autour des avions Embraer 145 et qui tend à s’intensifier. 

Centres de formation et enjeux

Aujourd’hui, dans le cadre de son développement, l’entreprise, qui répare 200 avions par an, compte doubler le nombre d’interventions. Objectif : élargir la maintenance des avions Embraer 145 et cibler les Embraer 190 et les Bombardier CRJ 100, des appareils qui assurent notamment des liaisons rapides entre les petits aéroports régionaux et les aéroports internationaux.
La PME régionale, qui peint une centaine d’avions par an et qui intervient encore sur site à l’étranger – des chantiers ont été récemment réalisés au Canada, au Maroc et en Tunisie –, collabore avec près d’une dizaine de compagnies aériennes régulières, des constructeurs d’appareils comme l’avionneur ATR à Toulouse et des loueurs d’avions, car comme le souligne Alain Gaudon, « 60 % de la flotte aérienne est louée dans le monde et cette activité nécessite de la maintenance. Dans un contexte de restitution des avions, nous travaillons, via les loueurs, pour de nombreuses compagnies aériennes internationales. Nous gardons les avions qui nous sont confiés pendant la transition, nous les peignons aux couleurs de la nouvelle compagnie, nous reconfigurons les cabines, nous remplaçons les moteurs, etc.  »  
Dans la feuille de route du groupe, figurent notamment des investissements dans l’outillage et le recrutement d’une vingtaine de collaborateurs supplémentaires d’ici la fin de l’année. Cependant, devant la difficulté à recruter des techniciens de maintenance, l’entreprise ambitionne de créer deux centres de formation. « Un centre pour la peinture et un pour la MRO. Il s’agira de formations longues d’une durée comprise entre trois et cinq ans avec des cours théoriques et une prise d’expérience sous la surveillance d’un collaborateur jusqu’à l’obtention de la qualification. Cela nous permettra d’avoir un vivier de talents et de créer de l’emploi dans un pan d’activité de l’aéronautique », confirme le responsable qui vise le recrutement de profils peu qualifiés et atypiques. 
Le groupe voit également plus loin : les centres de formation seront également dédiés aux nouveaux enjeux de l’aviation tels que l’hydrogène et les avions électriques, des axes stratégiques sur lesquels Airplane compte bien faire la différence à partir de 2025. 

Jennifer Legeron