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Raisin de table : pour assurer son avenir, la filière du Sud-Ouest passe à l’offensive sur le sans pépin

Viticulture. Alors que les ventes de raisin sans pépin ont explosé en France, la filière du Sud-Ouest accélère sa mutation. Sur un territoire historiquement dominé par le Chasselas de Moissac, producteurs et metteurs en marché, réunis au sein de l’Association interprofessionnelle des raisins du Sud-Ouest (AIRSO), entendent doubler sa part dans la production d’ici à 2030 afin de reconquérir des parts de marché aujourd’hui largement captées par les importations étrangères.

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(De gauche à droite) Julien Custody, producteur à Cazes-Mondenard (82), président du syndicat de défense du Chasselas de Moissac et co-président de l’AIRSO aux côtés de Florent Darios, gérant associé de la société expéditrice Apifood et co-président de l’association. (©AIRSO)

Bousculée par l’évolution des attentes des consommateurs, la concurrence étrangère et le changement climatique, la filière raisin du Sud-Ouest resserre les rangs et se met en ordre de bataille pour préparer l’avenir. Car face à l’explosion de la demande pour le raisin sans pépin, c’est tout un bassin de production qui amorce aujourd’hui un virage stratégique majeur. Réunis au sein de l’Association interprofessionnelle des raisins du Sud-Ouest (AIRSO), producteurs et metteurs en marché locaux affichent désormais un objectif clair : faire passer la part du sans pépin de 20 % à 40 % de la production d’ici à 2030.

Un changement d’échelle qui marque un tournant pour un bassin historiquement construit autour du Chasselas de Moissac. «  Depuis trois à quatre ans, les distributeurs constatent une forte progression de la consommation du raisin sans pépin. Toutes les grandes enseignes nous remontent la même tendance », observe Florent Darios, co-président de l’AIRSO et gérant associé d’Apifood. Basée dans le Quercy, cette société expéditrice travaille depuis près de 30 ans avec les producteurs pour regrouper, conditionner et commercialiser leurs fruits auprès de la grande distribution.

Regagner des parts de marché

Selon la filière, les ventes de sans pépin en grande surfaces ont bondi de plus de 200 % en seulement deux ans. Une croissance spectaculaire qui pousse désormais les producteurs à adapter leurs exploitations. « Ce n’est pas un phénomène passager. C’est une tendance de fond », insiste Julien Custody, co-président de l’AIRSO. Élu à la tête du Syndicat de défense du Chasselas de Moissac AOP il y a quelques semaines seulement, ce producteur de 39 ans installé à Cazes-Mondenard symbolise le renouvellement générationnel à l’œuvre sur le territoire.

Derrière la question des envies des consommateurs se cache un enjeu de souveraineté économique. Chaque année, les Français consomment environ 160 000 tonnes de raisin de table. Pourtant, seulement 25 à 30 % de ce volume est produit sur le territoire national. Le reste est importé, principalement d’Espagne et d’Italie.

Pour la filière du Sud-Ouest, le développement du sans pépin apparaît donc comme un moyen de reconquérir une partie du marché. « Les distributeurs nous ont clairement indiqué qu’ils souhaitaient pouvoir s’appuyer davantage sur une offre française », souligne Florent Darios avant de développer : « Ils sont eux-mêmes préoccupés par la question de l’approvisionnement futur et ne souhaitent pas dépendre de quelques bassins étrangers. » Le message a été entendu. Créée à l’été 2025, l’AIRSO entend justement permettre à la filière de parler d’une seule voix, de se moderniser et de construire collectivement son avenir.

De nouvelles variétés testées en Tarn-et-Garonne

Le Serna, raisin rose sans pépins, a été créé au Centre d’expérimentation des fruits et légumes (Cefel) de Moissac. (©AIRSO)

Et cette ambition ne se limite pas aux déclarations d’intention. Depuis le début de ce mois de juin, 12 nouvelles variétés de raisin sans pépin ont en effet été plantées sur trois exploitations du Tarn-et-Garonne. Elles rejoignent une dizaine d’autres variétés déjà en cours d’évaluation dans le bassin. Les premières récoltes ne sont pas attendues avant 2028.

Objectif de cette expérimentation ? Déterminer lesquelles sont les mieux adaptées aux conditions météorologiques locales et aux effets du réchauffement climatique, mais pas seulement. Suivies par le Centre d’expérimentation fruits et légumes (Cefel) de Montauban, ces parcelles serviront de laboratoire à ciel ouvert. Dates de débourrement, floraison, maturité, comportement face à la chaleur, régularité de production... tout sera analysé. « Notre but est de mutualiser les essais et les retours d’expérience pour permettre aux producteurs de faire les bons choix et limiter les risques », détaille Julien Custody. Car derrière ces nouvelles plantations se cache un véritable changement de modèle pour les exploitations.

Et pour cause. Si le Chasselas est réputé pour sa capacité à s’adapter à des terres relativement pauvres, les variétés sans pépin se montrent bien plus exigeantes. Elles nécessitent des sols plus riches, une fertilisation plus poussée et des itinéraires techniques spécifiques. Les modes de taille évoluent également, tout comme les taux de rendement. La filière vise entre 20 et 25 tonnes par hectare afin de garantir un équilibre économique tout en préservant la qualité des fruits, à l’heure où l’Espagne tourne autour des 40-50.

Autre particularité, la plupart des variétés sont protégées par des licences détenues par des hybrideurs étrangers. Les producteurs doivent donc payer des redevances annuelles pour les cultiver. Une dépendance qui pousse déjà certains acteurs à réfléchir au développement futur de variétés françaises adaptées aux conditions locales. Un enjeu, là aussi, stratégique pour gagner en autonomie et renforcer, à terme, la souveraineté alimentaire du pays.

Quid du Chasselas ?

Cette accélération vers le sans pépin soulève néanmoins une question : quel impact sur le Chasselas de Moissac ? Aujourd’hui, la variété emblématique représente encore 42 % de la production du bassin. Mais l’augmentation des surfaces de sans pépin devrait mécaniquement réduire sa place.

Une réalité que ne nie pas Julien Custody. « Le développement du sans pépin entraînera forcément une diminution des surfaces consacrées au Chasselas. » Pour autant, les responsables de l’AIRSO réfutent tout scénario de remplacement. « Nous sommes dans une logique de complémentarité, pas de substitution. Le Chasselas et son savoir-faire sont les fondations sur lesquelles repose cette diversification », insiste Florent Darios.

Concrètement, l’ambition affichée est de construire une gamme plus large capable de répondre à différents segments de marché tout en sécurisant l’avenir économique des exploitations. « Le but n’est pas d’abandonner le Chasselas mais de mieux le valoriser », conclut Julien Custody. Une stratégie qui n’est pas sans rappeler celle de la filière prune du Sud-Ouest, qui a su élargir son offre autour de la Reine-Claude sans renier sa variété emblématique.