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141e année

ARM Engineering planche sur un biocarburant de 2e génération

Innovation. La PME tarnaise rêve de redessiner l’avenir de l’automobile.

Le G-H3 pourrait être déployé rapidement. DR

L’avenir de l’automobile se joue-t-il dans le Tarn ? Marc Lambec, qui dirige ARM Engineering, basée à Montans, l’espère. Ce tout juste quadra développe avec son équipe d’une douzaine d’ingénieurs et techniciens, une innovation de rupture : un biocarburant de deuxième génération pour les moteurs essence et les moteurs électriques. De quoi rallonger la vie d’une bonne partie du parc automobile actuel, voué à disparaître à plus ou moins brève échéance si la France et l’Europe veulent atteindre les objectifs ambitieux qu’elles se sont fixés en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. S’il y croit si fort, c’est que Marc Lambec n’est pas un novice dans ce domaine. En 2005, près d’Albi, il a créé une première entreprise, LR Performance, spécialisée dans l’optimisation des performances moteur pour la compétition automobile. En 2007, le chef d’entreprise opère un premier virage en développant des boîtiers de conversion au superéthanol E85.

Dix ans plus tard, une nouvelle société voit le jour, ARM Engineering, qui devient fabricant homologué de boîtiers E85. En parallèle, depuis 2020, l’entreprise planche sur une solution plus verte. L’E85, en effet, n’est pas un carburant totalement renouvelable, puisqu’il s’agit d’un mélange de bioéthanol et d’essence sans plomb.

« Le modèle actuel peut perdurer, nous en sommes convaincus, grâce à ce nouveau carburant qui permet de réduire de 80% les émissions de CO2, par rapport à l’essence ordinaire »

« Nous cherchions une solution de seconde génération. Pour cela, nous avons sorti de son contexte une matière première utilisée dans l’industrie plastique, un méthanol de synthèse, et nous l’avons détourné de son usage pour en faire un biocarburant. Ce méthanol est principalement produit à partir de matières fossiles mais il existe aujourd’hui d’autres solutions pour créer ce méthanol de manière synthétique, dont la nôtre, à partir de la biomasse non alimentaire, c’est-à-dire issue de résidus végétaux, d’excréments d’animaux, etc., ou bien par captation de CO2, détaille Marc Lambec. Notre innovation réside dans le fait d’avoir détourné ce produit pour en faire un biocarburant utilisable par les moteurs thermiques à essence via un boîtier et la modification de quelques pièces moteur mais également par les moteurs électriques. Dans ce cas cependant, cela nécessite une adaptation plus complexe puisqu’il faut rajouter sur le véhicule une pile à combustible spécifique. Elle permet de créer l’énergie électrique grâce aux atomes d’hydrogène présents dans le méthanol. »

Une production locale

Alors que ce biocarburant de deuxième génération, qu’elle a appelé G-H3, est en cours d’homologation, l’entreprise tarnaise n’est pas au bout de ses développements. Elle travaille actuellement sur les boîtiers qui permettront aux moteurs à essence existants de pouvoir consommer du G-H3. « Les véhicules essence récents sont à 90 % compatibles avec le G-H3 », assure ainsi Marc Lambec qui espère, grâce à cette innovation, « éviter de mettre à la casse les véhicules équipés de moteurs thermiques. Le modèle actuel peut perdurer, nous en sommes convaincus, grâce à ce nouveau carburant qui permet de réduire de 80% les émissions de CO2, par rapport à l’essence ordinaire et donc de respecter les seuils imposés par l’Europe. » Reste à produire ce carburant en quantité suffisante pour approvisionner le marché… Marc Lambec imagine une fabrication locale, au plus près des besoins, grâce aux méthaniseurs installés par les agriculteurs et au biogaz ainsi produit.

« J’imagine qu’un équipementier ou un constructeur, avec une force industrielle importante, réduirait très nettement ces coûts. »

De quoi « fournir des millions de litres par mois, assure-t-il, sachant toutefois que cette solution ne permettra pas de remplacer du jour au lendemain le tout pétrole ». « Une fois ce carburant accrédité », le chef d’entreprise imagine également une distribution très locale, grâce à des accords noués avec les fournisseurs d’énergie, l’idée étant de réduire encore l’impact environnemental de son nouveau biocarburant, dont le coût, à l’échelle industrielle et grâce à l’utilisation de la biomasse, pourrait « être inférieur à 50 centimes le litre ». « On sait qu’on tend vers un mix énergétique : il n’y aura pas qu’une seule solution pour faire rouler nos véhicules. Mais c’est une solution à envisager parce qu’elle est déployable immédiatement et permet de recentrer la production d’énergie en France ».

De belles perspectives pour les véhicules électriques

Pour ce visionnaire, le G-H3 offre également de belles perspectives pour les véhicules électriques. « Nous travaillons sur des véhicules existants, telle la Renault Zoé, dont notre solution permet de doubler l’autonomie et donc de lever les contraintes liées à la recharge électrique », ajoute Marc Lambec. L’entreprise tarnaise, qui a réalisé 4 M€ en 2021, a déposé plusieurs brevets qui portent notamment sur l’adaptation d’une pile à combustible au G-H3. Ses équipes travaillent encore sur sa miniaturisation de la pile pour en abaisser les coûts de fabrication. « D’ici 2023, nous devrions pouvoir réduire le coût de la conversion de 20 000 à 30 000 € tout compris, un prix à notre échelle. J’imagine qu’un équipementier ou un constructeur, avec une force industrielle importante, réduirait très nettement ces coûts. »

Si l’adaptation aux véhicules électriques nécessite encore quelques mois de développement, en revanche, pour les systèmes de conversion des véhicules essence, l’entrepreneur se dit prêt. « On est sur des coûts qui restent corrects, de l’ordre de 2000 €. Le grand public pourrait le faire d’ores et déjà », affirme-t-il. La PME, qui a financé sur fonds propres l’ensemble de ces développements, a sollicité une aide de la Région via la signature d’un contrat innovation. Pour démontrer la pertinence des solutions qu’elle a développées, la pépite tarnaise se prépare à battre le record du monde d’autonomie de 1 360 km détenu par Toyota, avec une Zoé équipée d’une pile à combustible au G-H3. Rendez-vous en mars sur le circuit d’Albi.

Agnès Bergon