Bâtiment : Marc Lagouarre prend la tête de la Capeb 82 et fixe le cap pour les artisans
Nomination. Alors que les artisans du bâtiment affrontent une année 2026 sous tension, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment de Tarn-et-Garonne change de président. Marc Lagouarre succède à Roland Delzers, qui a dirigé l’organisation pendant 30 ans. Sa priorité ? Défendre les intérêts des artisans et porter leurs difficultés auprès des décideurs politiques.
La crise économique en cours frappe durement le secteur de l’artisanat du bâtiment. Au deuxième trimestre 2026, le volume d’activité a reculé de 1,5 % sur un an à l’échelle nationale et plus de 40 000 emplois ont disparu ces trois dernières années. Trois artisans sur quatre se disent en situation de fragilité financière, selon la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb). En cause notamment : un manque de visibilité, à la fois dans les carnets de commandes – avec une projection limitée en moyenne à 80 jours de travail – et du fait de l’instabilité politique et réglementaire.
Alors que le marché de la construction neuve est à l’arrêt depuis plusieurs années, la filière s’est peu à peu tournée vers la rénovation. Mais là aussi, les problématiques sont nombreuses. Lors du congrès 2025 de la Capeb, son président Jean-Christophe Repon pointait un système qui favoriserait, selon lui, « les grands groupes et la grande distribution, au détriment des artisans ». C’est dans ce contexte tendu que la Capeb de Tarn-et-Garonne vient d’élire Marc Lagouarre à sa présidence. Maçon de profession, ce quinquagénaire prend la suite de Roland Delzers.
Plus de 400 adhérents dans le 82
Organisation patronale intégrée à l’Union des entreprises de proximité(U2P), la Capeb a pour mission de défendre les intérêts économiques des TPE artisanales, d’accompagner et d’informer les entrepreneurs sur les différents dispositifs dont ils peuvent bénéficier, ainsi que de former leurs équipes. Dans le 82, l’antenne réunit plus de 400 adhérents, sur les 3 000 entreprises artisanales que compte le territoire.
Son nouveau président, élu pour un mandat de trois ans, souhaite inscrire son action dans la continuité avec une priorité : l’accompagnement. « Nous avons recruté un ingénieur pour aider les professionnels à résoudre les problèmes techniques sur les chantiers, ainsi qu’une juriste pour les conseiller dans leurs relations avec les clients, les fournisseurs et les salariés, notamment en cas de litiges », détaille l’intéressé.
Mais ce n’est pas tout. La formation reste un enjeu central, en particulier sur la gestion de la trésorerie, un casse-tête pour ces petites structures. « Nous les orientons notamment vers des logiciels pour assurer le suivi des flux financiers, des délais de livraison et la relance des clients. »
Autre combat : aider les artisans à obtenir le label Reconnu Garant de l’Environnement (RGE). Ce sésame permet aux clients de bénéficier des aides publiques à la rénovation énergétique. Pourtant, selon l’Agence de la transition écologique, seulement « 10 à 15 % des entreprises du bâtiment en France » en sont dotées. En Tarn-et-Garonne, à peine 300 structures l’ont décroché.
Le label RGE : une opportunité… ou un piège ?
Mais ce dispositif, mis en place en 2011, est aussi source de critiques. « Malgré nos formations, nous avons constaté une disparition de 10 % des entreprises RGE début 2026 », révèle Marc Lagouarre, qui est aussi administrateur et trésorier de la Capeb nationale. « Le système est trop onéreux et soumis à des audits réguliers, ce qui ralentit l’activité des artisans labellisés. » Un cercle vicieux qui décourage les entrepreneurs.
Le président de l’organisation patronale regrette également le manque de stabilité réglementaire, conséquence, selon lui, des choix des décideurs politiques. « Le rétropédalage sur MaPrimeRénov’ a particulièrement impacté la filière. L’arrêt des aides pour des travaux comme l’isolation thermique par l’extérieur a contraint certains de mes collègues à suspendre le travail de leurs équipes spécialisées. Résultat : des salariés sur le carreau ! »
Baisse d’activité et difficultés de recrutement
Et ce n’est pas tout. Les aides à l’embauche d’apprentis, elles aussi, sont en constante mutation. « Les règles changent tous les quatre matins. Les employeurs ne recrutent plus, ce qui sur le long terme va impacter également l’attractivité de la profession, et aggraver la pénurie de main-d’œuvre », s’alarme-t-il. Les chiffres de l’Observatoire des Métiers lui donnent raison : 65 % des artisans du bâtiment peinent à recruter des profils qualifiés. Pourtant, France Travail recense près de 140 000 projets de recrutement dans le secteur pour 2026.
À ces problèmes structurels s’ajoutent des difficultés plus ponctuelles. Le secteur a en effet enregistré une baisse d’activité à la suite des canicules de cet été, nécessitant une adaptation des horaires de travail. Marc Lagouarre attend des pouvoirs publics « une prise en compte rapide » de ces nouvelles contraintes climatiques, avec la mise en place « d’une stratégie nationale » pour limiter leur impact sur les TPE.
« Ma mission est de défendre les intérêts de mes collègues, ainsi que de demander plus de stabilité et de visibilité aux décideurs politiques », rappelle celui qui est également à la tête de Forae, une société spécialisée dans le forage et le sondage, implantée à Montauban.
À l’échelle de l’Hexagone, les sociétés artisanales, qui comptent en moyenne 10 salariés, représentent plus de 90 % des entreprises du bâtiment. Sur les territoires, elles sont des acteurs économiques majeurs et d’importants employeurs de proximité.