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Aura Aero change d’échelle avec 50 M€ levés et 340 M€ sécurisés pour son virage industriel

Aéronautique. Pionnier de l’aviation décarbonée, le toulousain Aura Aéro vient de frapper un grand coup avec l’annonce d’une nouvelle levée de fonds de 50 M€. De quoi notamment lui permettre de compléter le financement de la construction de son usine de Francazal et de se lancer dans la production en série de ses différents programmes. À plein régime, l’Aura Factory devrait générer quelque 1600 emplois.

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Les dirigeants d’Aura Aero ont tenu une conférence de presse le 8 avril 2026 à Toulouse afin d’annoncer une levée de fonds de série B, de revenir sur les premières commandes fermes de leurs avions et de faire le point sur les avancées de leurs deux usines, à Toulouse et en Floride (États-Unis). (© Aura Aero)

Aura Aero se donne les moyens de ses ambitions. Réuni le 8 avril 2026 sur son site de Toulouse-Francazal, le constructeur aéronautique a annoncé une levée de fonds de 50 M€, marquant un tournant majeur dans son développement. Grâce à cette opération et à un ensemble de soutiens publics et privés, l’entreprise annonce avoir sécurisé 340 M€ pour son volet industriel.

« C’est un cap essentiel qui vient d’être franchi », s’est ainsi félicité Antoine Blin, chief of staff, qui a piloté l’opération. Et pour cause, a-t-il insisté : « Il était essentiel pour nous d’aligner notre feuille de route industrielle, à la fois sur les besoins de financement du développement de nos avions et sur les moyens industriels nécessaires pour les produire. » Car oui, derrière ce tour de table réussi, c’est bien une bascule stratégique qui s’opère : Aura Aero ne se contente plus de concevoir ses avions, elle organise désormais leur production à grande échelle.

Créée en 2018 par Jérémy Caussade, Fabien Redol et Wilfried Dufaud, la société s’est rapidement imposée comme l’une des pionnières de l’aviation décarbonée. Forte aujourd’hui de 250 salariés et basée à Toulouse, berceau historique de l’aéronautique, Aura Aero entend bien dans les décennies à venir s’affirmer durablement aux côtés des grands acteurs du secteur que sont Airbus ou encore ATR. Pour soutenir cette ambition, l’entreprise développe plusieurs programmes innovants : Integral, une gamme d’avions de formation et de voltige, Era, un avion régional hybride-électrique de 19 places et enfin, Enbata, un drone de nouvelle génération.

Investisseurs publics et privés

Dans le détail, cette dernière opération financière a réuni des investisseurs de premier plan, mêlant acteurs publics, industriels et deeptech : le fonds French Tech Souveraineté de Bpifrance, le fonds du Conseil européen de l’innovation (EIC Fund), Safran Corporate Ventures, Blast, Innovacom, Florida Opportunity Fund et EDF. Ce tour de table s’inscrit dans un montage plus large qui comprend déjà 120 M€ de subventions obtenues auprès de l’État français et de Europe, dont 95 M€ via le programme Innovation Fund de l’Union européenne, des aides du programme France 2030, et le soutien du programme EIC Accelerator destiné aux start-up deeptech.

S’ajoute à cela le financement de son usine américaine, assuré par l’État de Floride et son bras armé Space Florida, qui mobilise 200 M$ (environ 170 M€) pour couvrir à la fois la construction du site et le déploiement des processus industriels nécessaires à la production de ses programmes Era et Integral. « L’objectif est d’avoir des capacités de production au plus près de nos marchés, en Europe comme aux États-Unis », a rappelé la direction. Depuis sa création, le Toulousain a ainsi réussi à mobiliser près de 500 M€ au total.

Toulouse-Francazal, cœur du réacteur industriel

Au cœur de cette montée en puissance se trouve son site de Francazal, à Cugnaux. Quelques semaines seulement après l’obtention du permis de construire, Aura Aero a confirmé lors de cette conférence de presse l’accélération de ce projet d’usine, baptisé «  Aura Factory ». Conçu comme un site intégré de plus de 40  000 m² sur près de 12,5 hectares, il rassemblera l’ensemble des activités industrielles du constructeur : conception, assemblage et livraison des appareils. Le projet représente un investissement total de 165  M€, dont 135 M€ pour les bâtiments et 30 M€ supplémentaires pour les moyens industriels nécessaires à la production en série.

Sur place, les premières opérations ont déjà commencé. «  Nous sommes en train de dépolluer le terrain, ancien site militaire, et nous espérons poser la première pierre d’ici la fin de l’année  », ont détaillé les dirigeants. L’objectif reste inchangé  : une entrée en service progressive à partir de 2028. À terme, le complexe pourrait produire jusqu’à une centaine d’avions Era et une cinquantaine d’Integral par an, tout en accueillant environ 1 600 salariés à l’horizon 2035, répartis entre production et fonctions support. De quoi faire d’Aura Aero un acteur majeur de l’économie et de l’emploi en Haute-Garonne, avec des milliers d’emplois indirects attendus dans la chaîne de sous-traitance.

Enbata, le pari du drone souverain

Cette structuration industrielle repose sur une vision claire, articulée autour de trois piliers  : la décarbonation de l’aviation, le développement de capacités duales civiles et militaires, et une approche digitale native intégrant les technologies les plus avancées. «  Nous sommes en train de construire bien plus que des avions  : nous construisons un nouvel acteur industriel européen  », a réaffirmé le président Jérémy Caussade. Dans un contexte géopolitique marqué par les enjeux de souveraineté, cette stratégie apparaît comme un levier clé a d’ailleurs insisté l’intéressé.

Cette ambition se traduit concrètement dans les différents programmes du constructeur. Destiné à reconnecter les territoires et à accélérer la décarbonation du transport régional, Era bénéficie déjà d’une traction commerciale impressionnante, avec 700 intentions d’achat pour près de 12 Md$ et plus de 20 commandes fermes confirmées. «  Nous sommes dans la dernière ligne droite. Technologiquement, les éléments les plus dimensionnants ont été sécurisés, et le premier vol est prévu fin 2027  », a déclaré Jérémy Caussade. Sa certification est attendue à l’horizon 2029-2030.

Du côté des avions de formation à capacité voltige, Aura Aero signe une première réussite industrielle et commerciale. Integral R est en effet en service depuis 2025, tandis que les versions S et E (cette dernière entièrement électrique) devraient être certifiées respectivement en 2026 et en 2027.

Enfin, le programme Enbata illustre l’ouverture d’Aura Aero vers les drones et les marchés de défense. Avec ce projet, le constructeur s’attaque au segment des drones MALE (moyenne altitude longue endurance), encore peu structuré en Europe. Capable de voler jusqu’à 55 heures et de transporter une charge utile d’une tonne, ce drone multi-missions répond à la fois à des besoins civils (surveillance, secours, gestion des catastrophes naturelles) et militaires.

«   Il réunit une grande partie des savoir-faire que nous avons développés   », a souligné Jérémy Caussade, rappelant qu’il sera entièrement conçu et fabriqué ici, à Toulouse. Particularité stratégique : son positionnement ITAR-free, c’est-à-dire sans composants américains et donc commercialisable sans l’aval des autorités de Washington. Un atout clé dans le contexte actuel marqué par un retour en force de la souveraineté militaire française et européenne. Le premier vol est prévu pour la fin 2026, avec une entrée en service planifiée fin 2028.