Aura Aero obtient le permis pour son usine et amorce son grand décollage industriel
Industrie. Feu vert pour le constructeur toulousain, pionnier de l’aviation décarbonée. Avec l’obtention de son permis de construire, Aura Aero lance officiellement son projet d’Aura Factory à Toulouse-Francazal. Un site industriel de près de 50 000 m², pensé pour produire ses avions en série et créer plus de 1 600 emplois directs. Un changement d’échelle stratégique pour la société mais aussi pour la filière aéronautique bas carbone.
Plus de trois mois après les réserves émises par l’Autorité environnementale, le projet d’usine d’Aura Aero à Toulouse-Francazal franchit un cap décisif. Le constructeur aéronautique toulousain vient d’annoncer, dans un communiqué daté du 19 mars 2026, l’obtention du permis de construire de son site industriel baptisé « Aura Factory ». Une étape clé qui vient lever une grande partie des incertitudes entourant ce projet stratégique.
En décembre dernier, la Gazette du Midi évoquait en effet les interrogations soulevées par l’avis de l’Autorité environnementale, pointant notamment la nécessité « d’une approche globale à l’échelle de la zone d’aménagement de Francazal ». Sans remettre en cause le projet, cet avis laissait planer le doute sur un possible décalage du calendrier. Finalement, l’instruction du dossier aura abouti favorablement.
Une étape décisive
Créée en 2018, Aura Aero s’est imposée en quelques années comme l’un des pionniers de l’aviation décarbonée. Basée dans la Ville rose, l’entreprise développe plusieurs programmes d’aéronefs innovants, dont Era, un avion régional hybride-électrique de 19 places, et Integral, une gamme d’avions de formation et de voltige. Elle travaille également sur Enbata, un drone de nouvelle génération.
Avec l’obtention de ce permis, l’industriel franchit « une étape déterminante » dans son développement. Un cap salué par son cofondateur et président, Jérémy Caussade :
L’obtention de ce permis de construire est une étape déterminante pour nous. Je tiens à remercier chaleureusement l’ensemble des acteurs publics et territoriaux dont le soutien et l’engagement ont rendu possible la concrétisation de ce projet industriel majeur au service de l’emploi, du territoire et de la souveraineté industrielle française. En particulier la présidente de Région Carole Delga, le maire de Toulouse et Toulouse Métropole Jean-Luc Moudenc et le maire de Cugnaux Albert Sanchez. »
Le dirigeant a également tenu à souligner les appuis financiers et techniques ayant permis d’accélérer le projet, remerciant notamment France 2030, Bpifrance ainsi que la commissaire européenne Ekaterina Zakharieva pour leur « soutien décisif à l’industrialisation de notre aviation bas carbone », sans oublier l’agence d’architecture albigeoise Brunerie et le groupe de conseil et d’ingénierie EGIS pour la conception du site.
L’Aura Factory, qui sera implantée sur le site même de l’aéroport de Toulouse-Francazal à Cugnaux, doit devenir un outil industriel de premier plan, « capable de soutenir la montée en cadence » de ses différents programmes. Initialement annoncé à 40 500 m², le projet affiche désormais une ambition encore revue à la hausse avec près de 50 000 m² d’infrastructures industrielles.
Une réponse aux enjeux de réindustrialisation
Au-delà du seul développement d’Aura Aero, ce chantier s’inscrit dans une dynamique plus large. Dans un contexte marqué par les enjeux de souveraineté industrielle et de réindustrialisation, l’Aura Factory est présentée comme « un maillon stratégique de la filière aéronautique française et européenne ». Soutenu par l’État dans le cadre du plan France 2030 et par l’Union européenne via le programme Innovation Fund, à hauteur de 95 M€, le projet vise à structurer une industrie aéronautique bas carbone capable de rivaliser à l’international.
À terme, l’usine devrait générer « près de 2 Md€ de chiffre d’affaires » et permettre « la création de plus de 1 600 emplois directs » sur le site, sans compter les milliers d’emplois indirects attendus dans la chaîne de sous-traitance.
Un outil industriel intégré et « dual »
Pensée comme un site de production complet, l’Aura Factory permettra de concevoir, assembler et livrer l’ensemble des appareils développés par le constructeur. Elle accueillera notamment la production : de la gamme Integral, dédiée à la formation civile et militaire, du drone Enbata, destiné à des missions de surveillance et de renseignement ainsi que de l’avion régional Era, pièce maîtresse de la stratégie d’Aura Aero.
Ce positionnement traduit une stratégie industrielle dite « duale », combinant marchés civils et militaires, dans un contexte géopolitique où « les questions d’autonomie stratégique prennent une importance croissante ».
Mis en service attendue en 2028
L’obtention du permis de construire marque l’entrée du projet dans sa phase opérationnelle. Les premières opérations de dépollution du site ont déjà débuté, avant une pose de la première pierre attendue au second semestre 2026. L’entrée en service de l’usine reste, à ce stade, prévue à l’horizon 2028.
Ce calendrier apparaît crucial pour Aura Aero, alors que l’entreprise accélère sur le plan commercial. Le constructeur a en effet enregistré sa première commande ferme pour Era, confirmant l’intérêt du marché pour son avion hybride-électrique. Avec plus de 700 intentions d’achat déjà en portefeuille, la capacité à produire en série devient un enjeu vital.
Ce feu vert administratif vient également conforter le positionnement de la zone de Francazal dans son entièreté comme « futur hub des mobilités innovantes et décarbonées ». Il s’inscrit dans un écosystème en construction, aux côtés d’autres projets industriels portés notamment par Toulouse Métropole, qui prévoit d’y faire sortir de terre son futur Campus des mobilités innovantes et décarbonées sous la forme d’une Zac.
Autre acteur impliqué : Tarmac Aerosave. Spécialiste du stockage, de la maintenance et du recyclage d’avions et de moteurs, présent sur le site depuis 2017, ce dernier est détenu à quasi-parts égales entre Airbus, Safran et Suez, basée également à Tarbes et Teruel en Espagne, l’entreprise entend y développer un atelier de maintenance et une plateforme de recyclage d’avions sur une parcelle attenante.