Filière aéronautique en Occitanie : Airbus tient le cap, la supply chain sous pression
Industrie. Derrière les cadences d’Airbus, c’est toute la filière aéronautique française qui tourne à plein régime, des grands donneurs d’ordre aux PME. Une montée en puissance qui nécessite cependant plus de visibilité et de stabilité politique, financière et fiscale.
Le constructeur aéronautique européen fait-il toujours la course en tête ? La question se pose au vu des annonces faites les 12 et 13 janvier par les deux avionneurs qui trustent le marché depuis des décennies. Ainsi Airbus indique avoir livré l’an dernier 793 avions au total, soit 4 % de plus en un an. Dans le détail, l’avionneur a livré 607 appareils de la famille A320, auxquels s’ajoutent 36 A330, 57 A350 ainsi que 93 A220, le plus petit avion de la gamme, produit exclusivement aux États-Unis et au Canada.
Petit bémol, l’avionneur n’est pas parvenu à atteindre les objectifs de livraison qu’il s’était fixés en début d’année 2025, à savoir 820 appareils, et ce en raison de tensions persistantes sur l’approvisionnement. L’industriel compte sur l’ouverture en octobre dernier de deux nouvelles lignes d’assemblage dédiées à la famille A320 à Mobile, USA, et Tianjin en Chine pour accélérer ses livraisons. Si toutes les montées en cadence annoncées sont atteintes, Airbus pourrait ainsi livrer environ 1 260 avions en 2028, soit une hausse de 64 % par rapport à 2024, selon une note de la Direction générale du Trésor.
Dans le même temps le géant industriel a enregistré un millier de nouvelles commandes brutes d’appareils commerciaux, contre 878 en 2024, loin cependant des 2 319 engrangées en 2023, année historique. Des achats qui portent essentiellement sur les mono couloirs avec 705 exemplaires vendus en 2025 dont 508 A321neo, son best-seller. De fait, depuis son lancement en 2019, l’appareil totalise 7 344 commandes et un peu moins de 2 000 en service.
Pour Airbus, qui compte près de 157 000 employés (dont 56 000 en France et 33 000 en Occitanie) pour un chiffre d’affaires de plus de 69 Md€ en 2024, l’année a du reste été marquée par plusieurs méga commandes. Dont celle de Boc Aviation, société de leasing asiatique, qui en mars a passé commande de 70 appareils, mais aussi celle en août d’Avolon, autre loueur aérien basé à Dublin, avec 90 appareils ou encore celle en octobre de la compagnie Vietjet Air portant sur 100 A321neo ainsi que celle d’Air China, à la fin décembre, portant sur 60 monocouloirs.
Boeing de nouveau dans la course
Outre Atlantique, un temps affecté par une série de défaillances et des retards de production, l’américain Boeing est, lui, en pleine phase d’accélération. Le géant industriel revendique de son côté 600 livraisons d’avions l’an dernier, un nombre en nette hausse par rapport à 2024, année marquée par une chute des livraisons à 348 appareils.
Raflant la première place sur le podium à son concurrent européen, la firme de Virginie a reçu l’an dernier 1 175 de commandes brutes. Un chiffre, lui aussi, en très forte progression puisqu’en 2024 Boeing avait engrangé 569 commandes seulement. Elles portent pour près de la moitié sur son 737 Max. Son carnet de commandes est du reste bien plein avec plus de 6 130 avions à construire.
C’est moins cependant qu’Airbus. Le carnet de commandes de l’avionneur européen atteint en effet à fin décembre 2025, un nouveau record avec 8 754 appareils à produire, l’équivalent de 11 années de travail pour ses chaînes d’assemblage et la supply chain.
Portés par cette forte dynamique, équipementiers et PME ont ainsi vu leur activité progresser de 10 % l’an dernier et leur rentabilité globale s’améliorer selon une étude de la Banque de France, citée par Olivier Andriès, nouveau président du puissant groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS) le 8 janvier lors de la présentation de ses vœux à la presse.
Besoin de plus de visibilité et de stabilité
À cette occasion, celui qui est aussi directeur général du motoriste Safran, a exhorté les responsables politiques à opérer des choix clairs. « La filière aéronautique française est l’une des meilleures du monde. Mais pour rester au meilleur niveau mondial, nous avons besoin de visibilité et de stabilité dans les choix publics », a-t-il ainsi rappelé.
Le chef d’entreprise a profité de cette première prise de parole pour formuler plusieurs recommandations. La première étant de donner plus de visibilité et de stabilité à l’investissement de long terme, notamment en sanctuarisant « le financement du Corac [1] à hauteur de 300 M€ par an en 2026 et 2027, le maintien du crédit d’impôt recherche et les financements France 2030 ».
Il appelle également de ses vœux la mise en place d’une fiscalité adaptée à la réalité industrielle, en clair « plus favorable à l’investissement productif, à l’emploi et à la transition énergétique ». L’objectif étant de sécuriser la supply chain en facilitant « son accès aux financements de long terme et en garantissant un accès à une énergie compétitive et stable ». Il milite enfin pour l’élaboration d’une véritable stratégie européenne de souveraineté technologique, en vue de « sécuriser les intrants critiques, protéger les actifs stratégiques et consolider les chaînes de valeur industrielles ».
Soutenu par un trafic mondial en croissance avec plus de cinq milliards de passagers enregistrés et des compagnies aériennes qui ont franchi le seuil des 1 000 Md$ de chiffre d’affaires, Airbus devrait cette année encore profiter de la reprise du transport aérien civil. Confirmation le 19 février prochain avec la publication par l’industriel de ses résultats financiers ? Dans un communiqué daté de décembre, l’entreprise indique viser un EBIT (bénéfice avant intérêts et impôts) d’environ 7 Md€ en 2025, contre 5,3 Md€ un an auparavant.
[1] Le Corac est le Conseil pour la recherche aéronautique civile. Il fédère l’ensemble des acteurs du transport aérien en France (État, GIFAS, industriels, constructeurs, compagnies aériennes, aéroports, instituts de recherche) autour d’une même ambition : préparer les technologies nécessaires à l’amélioration de son empreinte environnementale, de sa sécurité et de sa compétitivité.