Avec Kepplair Evolution, ST Group vise un marché de 5 M€ dans les bombardiers d’eau
Aéronautique. Alors que les feux de forêt se multiplient et que la France renforce ses moyens aériens, la filière aéronautique régionale se positionne. La PME ST Group, basée à Labège, participera au développement du futur bombardier d’eau du toulousain Kepplair Evolution,
Après une année 2025 marquée par une saison d’incendies exceptionnelle, la France accélère le renforcement de ses moyens aériens de lutte contre les feux de forêt. Cette dynamique profite aussi à la filière aéronautique régionale. La PME haut-garonnaise ST Group vient ainsi de remporter un premier contrat sur le programme de bombardier d’eau développé par la start-up toulousaine Kepplair Evolution.
Selon l’Office national des forêts (ONF), près de 15 000 départs de feu ont été recensés en 2025, détruisant environ 30 000 hectares de forêts et d’autres espaces naturels. Un bilan largement supérieur à la moyenne observée entre 2006 et 2021, avec 1,5 fois plus d’incendies et deux fois plus de surfaces brûlées.
L’année 2026 pourrait suivre la même trajectoire. Alors que plusieurs incendies majeurs mobilisent les secours dans le Gard et les Pyrénées-Orientales, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a chiffré le 6 juillet à plus de 11 000 le nombre d’hectares déjà détruits contre 5 700 l’an dernier à la même époque.
Une filière industrielle appelée à se renforcer
Face à la multiplication et à la précocité des incendies, le gouvernement entend accroître les capacités de la flotte aérienne de la Sécurité civile, aujourd’hui composée de 12 Canadair, huit Dash, trois Beechcraft, dix hélicoptères bombardiers d’eau et six avions bombardiers d’eau de plus petite capacité.
Le 4 juin à Nîmes, le ministre de l’Intérieur a annoncé la commande de deux nouveaux Canadair auprès du constructeur canadien De Havilland, pour un montant de 200 M€. Cette acquisition s’ajoute aux deux appareils commandés en 2024, avec des livraisons attendues en 2028.
Le ministre a également affiché son ambition de soutenir l’émergence d’une filière industrielle française capable de développer de nouveaux avions bombardiers d’eau. Et de préciser :
Nous comptons beaucoup sur le dynamisme des acteurs industriels français qui portent aujourd’hui plusieurs projets de développement d’avions bombardiers d’eau, amphibies ou non, qui pourraient opportunément s’intégrer à nos futures stratégies capacitaires. Il en va de notre souveraineté française comme européenne et de notre résilience. »
Le soutien de l’État et de la Région
Cette volonté politique trouve un écho particulier en Occitanie, où plusieurs projets de bombardiers d’eau sont en développement pour répondre à un marché mondial estimé à près de 400 appareils.
Parmi eux figure Kepplair Evolution, société toulousaine fondée par David Joubert, ancien pilote de ligne, et Dominique Legendre, enseignant-chercheur à l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse. Son ambition consiste à transformer l’ATR 72 en un avion bombardier d’eau multirôle capable d’emporter jusqu’à 7,5 tonnes d’eau tout en conservant d’autres capacités opérationnelles, notamment pour des missions sanitaires.
Le projet a connu en avril dernier un tournant décisif avec l’engagement officiel de l’État français et de la Région Occitanie, dans le cadre du volet régionalisé du plan France2030. Ce soutien se matérialise par une aide exceptionnelle de 5 M€, dont 1,5 M€ issus de fonds européens. « Cette aide publique est essentielle et crédibilise notre ambition de proposer une solution opérationnelle dès 2027 », confirme David Joubert.
Ces fonds doivent lui permettre d’accélérer la phase de certification de l’appareil auprès de l’European Union Aviation Safety Agency (EASA) puis de la Federal Aviation Administration américaine. Ils permettront également le lancement des études techniques approfondies et des essais avant le passage en phase d’industrialisation. L’entrée en production est prévue fin 2027.
Sur le plan opérationnel, la transformation de l’appareil a été confiée à Aerotec & Concept, PME basée à Blagnac et spécialisée dans la modification d’avions. Cette dernière vient à son tour de sélectionner ST Group pour fabriquer plusieurs pièces composites complexes du programme. Installée à Labège, la PME familiale conçoit, fabrique et assemble des pièces en matériaux composites à haute performance destinées aux secteurs de l’aéronautique, de la défense, du spatial et des drones.
Le contrat porte sur deux sous-ensembles techniques particulièrement sensibles : le belly fairing, un carénage ventral situé sous le fuselage qui assure l’intégration aérodynamique et structurelle de la nouvelle architecture de l’appareil, ainsi que les pièces destinées à l’adaptation des systèmes de conditionnement d’air et de ventilation.
Pour ST Group, ce premier marché devrait représenter plusieurs centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires dès 2026. Sur l’ensemble de la durée du programme, son potentiel est estimé à près de 5 M€.
Un contrat structurant pour la PME de Labège
« Ce contrat avec Aerotec & Concept constitue une reconnaissance importante de notre savoir-faire dans les composites aéronautiques hautes performances. Il matérialise une première étape opérationnelle sur un programme innovant, à forte utilité publique, et souverain », précise de son côté Stéphane Trento, PDG de ST Group. Et d’ajouter :
Nous sommes fiers de mettre notre expertise au service d’un projet français qui associe exigence technique, sécurité civile et ancrage régional ».
Ce succès intervient quelques semaines après une nouvelle étape importante pour ST Group, qui a finalisé en avril une levée de fonds de 2,1 M€ suite à son introduction sur Lise, Lightning Stock Exchange. L’entreprise emploie aujourd’hui 32 collaborateurs. Elle a recruté six salariés depuis le début de l’année et a réalisé un chiffre d’affaires de 3 M€ en 2025, en progression de 18,7 % sur un an. Forte de ses nouveaux moyens financiers et de contrats structurants comme celui remporté sur le programme Kepplair Evolution, ST Group ambitionne d’atteindre 11 M€ de chiffre d’affaires à l’horizon 2030.