Avec son greffon osseux imprimé en 3D, Kervalion vise les marchés du dentaire et de l’orthopédie
Innovation. Entre essais cliniques lancés, industrialisation en cours et ambitions de certification internationale, Kervalion accélère son changement d’échelle. Déjà forte d’une levée de fonds finalisée, la start-up montpelliéraine entend s’imposer sur la scène mondiale avec un greffon osseux sur mesure, imprimé en 3D, destiné à transformer la chirurgie dentaire avant de s’étendre à l’orthopédie.
À quelques semaines de son baptême du feu sur le salon VivaTech 2026, la jeune pousse montpelliéraine Kervalion avance déjà avec les ambitions d’un acteur mondial.
Du 17 au 20 juin à Paris, au milieu des 14 000 start-up, 600 grands groupes et près de 200 000 visiteurs attendus pour la 10e édition du plus grand rendez-vous européen de la tech, la medtech héraultaise fera partie des 34 entreprises occitanes sélectionnées avec l’appui d’Ad’Occ, l’agence régionale de développement économique. Un passage stratégique pour cette société créée en 2025 par Habib Belaïd et Gilles Devillers, incubée au BIC de Montpellier et installée au sein de la pépinière Cap Alpha.
Car derrière son nom encore discret, Kervalion s’attaque à un marché colossal : celui de la reconstruction osseuse. Un secteur porté par l’explosion des besoins en implants dentaires et en chirurgie réparatrice. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 2 milliards de personnes souffrent de caries sur dents permanentes dans le monde et, chaque année, 2 millions d’implants dentaires sont posés en Europe. Résultat : le marché mondial des greffes osseuses dentaires affiche une croissance annuelle comprise entre 6,8 % et 9,2 %. Aux États-Unis, plus de 1,65 million de procédures sont déjà réalisées chaque année, tandis que l’Europe dépasse les 700 000 interventions.
Un matériau d’origine végétale, biocompatible et biorésorbable
Dans cette industrie en forte tension, Kervalion veut casser les codes avec une innovation qui tient autant de la bio-ingénierie que de l’impression 3D de précision. Son produit phare, un greffon osseux personnalisé, imprimé en 3D à partir du scanner du patient.
Une pièce sur mesure destinée d’abord à la chirurgie préimplantaire dentaire, avant une extension programmée vers l’orthopédie. « Un implant dentaire sur deux ne peut pas être posé immédiatement faute de volume osseux suffisant », rappelle Habib Belaïd, co-fondateur et PDG. « Aujourd’hui, les solutions existantes restent lourdes pour le patient et complexes pour les praticiens. »
Le constat est connu des chirurgiens-dentistes. Les techniques actuelles imposent souvent trois à quatre opérations, des délais de cicatrisation de six à 12 mois, des risques d’infection et des taux d’échec estimés entre 10 % et 20 %. Deux approches dominent aujourd’hui le marché : prélever de l’os directement sur le patient (une technique réservée aux spécialistes) ou utiliser de l’os d’origine animale, majoritairement bovine, sous forme de poudre ou de blocs à remodeler.
Kervalion prend un virage radicalement différent. Son greffon repose sur un polymère synthétique d’origine végétale, biocompatible, biorésorbable et antibactérien. La matière est ensuite façonnée par impression 3D avec une précision micrométrique afin d’épouser exactement la morphologie osseuse du patient. Une révolution affirme Habib Belaïd :
Grâce à notre technologie, le chirurgien peut poser le greffon et l’implant en une seule intervention. Là où il fallait attendre trois à six mois avant de poser l’implant, nous supprimons cette étape. »
Le gain est majeur avec moins d’opérations, moins de douleurs, moins d’antibiotiques et moins de complications postopératoires. Un modèle “plug and play” qui simplifie aussi le geste médical. « Le praticien reçoit une pièce parfaitement adaptée au défaut osseux du patient. Cela facilite énormément la chirurgie », poursuit le dirigeant.
Début de la phase des essais cliniques
Cette innovation trouve son origine dans des travaux de recherche menés entre 2016 et 2019 à l’Université de Montpellier autour de l’impression 3D de matériaux de comblement osseux pour l’orthopédie et la cancérologie. Une thèse soutenue en 2019 par Habib Belaïd, avant une accélération industrielle avec un premier brevet déposé en 2022, puis un second lors de la création de la société en 2025.
Aujourd’hui, la start-up entre dans une phase décisive. La majeure partie de la R&D est finalisée, l’industrialisation quasiment bouclée, et les premiers essais cliniques sont lancés. Une première phase de tests sur cinq patients a démarré au Brésil. Dès début 2027, Kervalion prévoit une étude clinique de plus grande ampleur menée sur dix centres en Europe et aux États-Unis, avec une centaine de patients. Objectifs affichés ? Décrocher le marquage CE pour le marché européen et la certification FDA pour les États-Unis afin de commercialiser son dispositif à partir de 2028-2029.
Sur le plan industriel, la jeune pousse avance vite. Elle dispose déjà de trois imprimantes 3D capables de produire chacune jusqu’à 10 000 greffons par an. À cela s’ajoute un logiciel intégrant de l’intelligence artificielle pour automatiser la modélisation 3D des implants osseux. Un argument de poids pour répondre à un marché mondial sous pression.
Objectif ? 55 M€ de CA à l’horizon 2032
Cette accélération technologique s’accompagne d’un solide soutien financier. Avant même la création officielle de l’entreprise, Kervalion avait sécurisé près de 1,4 M€ auprès de la Région Occitanie, de l’Université de Montpellier, de la SATT AxLR et de Bpifrance. Depuis 2025, la société a également réalisé une première levée de fonds de 700 K€ auprès d’investisseurs privés, portant le financement global à 2 M€ avec l’appui des banques.
Ces moyens doivent permettre à l’entreprise de franchir un nouveau cap avec le recrutement de nouveaux talents, le financement des essais cliniques et l’accélération des procédures réglementaires. L’effectif devrait ainsi doubler d’ici 2028 pour passer de 10 à 20 collaborateurs.
Le passage à VivaTech doit justement servir cette stratégie. « Nous allons chercher trois choses : de la visibilité, des investisseurs pour notre prochaine levée de fonds et des partenaires industriels », résume Habib Belaïd. Car au-delà du dentaire, la société vise déjà beaucoup plus grand. L’orthopédie représente à elle seule près de 75 % du marché mondial des comblements osseux, avec des applications potentielles dans les fractures complexes, les cancers osseux ou encore certaines pathologies comme l’ostéoporose.
Lauréate du programme HIIT 2026 porté par la French Tech Grand Paris et le Digital Medical Hub, Kervalion affiche désormais une trajectoire ambitieuse : atteindre 55 M€ de chiffre d’affaires à l’horizon 2032 grâce à la conquête des marchés européen et américain.