Aviation décarbonée : le toulousain Ascendance passe à l’échelle industrielle
Aéronautique. Lauréate de l’appel à projets « Première usine », Ascendance franchit une étape décisive en amorçant le passage du prototype à la production de son système de propulsion hybride-électrique. Grâce aux 12,2 M€ de soutien de l’État, la PME prévoit de renforcer ses capacités de production de Muret-Lherm.
Dans un contexte marqué par les séquelles de la crise du Covid et la montée des tensions géopolitiques, la réindustrialisation s’impose comme une priorité stratégique pour la France. Le gouvernement en a fait l’un des axes majeurs de son plan d’investissement France 2030, doté de 54 Md€. Au cœur de cette ambition : l’innovation, notamment portée par les start-ups industrielles et les PME, à travers l’appel à projets « Première usine ».
Ce dispositif vise à transformer des projets technologiques en réussites industrielles concrètes. Les entreprises candidates doivent ainsi présenter des investissements supérieurs à 5 M€, avec un soutien public combinant subventions et avances récupérables, à parts égales. Pour l’année 2026, deux échéances sont prévues, dont la première s’est tenue le 7 avril, la seconde étant fixée au 8 septembre.
Une solution immédiatement opérationnelle
Le 31 mars dernier, l’État a dévoilé les 13 nouveaux lauréats issus des 8e et 9e vagues de sélection. Au total, près de 81 M€ d’argent public seront mobilisés pour accompagner ces premiers sites industriels dans des secteurs jugés stratégiques, tels que les batteries, l’électronique, le spatial ou encore l’agriculture. Parmi ces entreprises, quatre sont implantées en Occitanie : Cykero, Mecano ID, Water Horizon et Ascendance.
Fondée en 2018 et basée à Toulouse, cette dernière s’est vu attribuer un financement de 12,2 M€, comme elle l’a annoncé dans un communiqué daté du 3 avril. Spécialisée dans les systèmes de propulsion hybrides-électriques, Ascendance, qui emploie 105 collaborateurs, entend répondre à la fois aux enjeux de décarbonation de l’aéronautique civile et aux impératifs de performance dans le domaine de la défense.
Au cœur de son développement : Sterna, un système de propulsion hybride-électrique de nouvelle génération. Fruit de plus de quatre années de recherche et protégé par plusieurs brevets, il associe une batterie innovante à un logiciel propriétaire de gestion de l’énergie. À la clé, une réduction significative de la consommation de carburant et des émissions de CO₂ (jusqu’à 50 %). Une solution innovante que l’entreprise présente comme « immédiatement opérationnelle », face aux alternatives que constituent le tout-électrique et l’hydrogène.
Sterna vise les aéronefs allant des avions de banlieue à turbopropulseurs (généralement de 19 passagers) à l’aviation régionale (jusqu’à 70 passagers). Depuis juin dernier, la PME travaille ainsi avec Daher, Safran et Collins Aerospace sur un projet de recherche qui vise à adapter sa solution de propulsion hybride électrique sur le Kodiak, avion multirôle de Daher.
En parallèle, avec sa solution de propulsion hybride-électrique, Ascendance cible également le marché en pleine expansion des drones militaires, stimulé par le contexte international, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Depuis février 2025, Ascendance collabore ainsi avec le droniste toulousain Delair autour d’un projet de démonstrateur de drone d’observation hybride-électrique pour le compte de la Direction générale de l’armement (DGA) Essais de missiles. Un engin dont la vocation est d’être plus polyvalent, plus discret offrant un plus grand rayon d’action.
L’autre projet phare d’Ascendance est Atea. Equipé du système Sterna, Atea est un aéronef à décollage et atterrissage vertical (VTOL), conçu comme une alternative bas carbone aux hélicoptères légers. Destiné au transport régional – passagers, fret, missions médicales ou de sécurité – cet appareil est actuellement en phase finale d’intégration dans son hangar toulousain. Ascendance, qui revendiquait fin 2024 plus de 2 Md$ de précommande pour cet appareil, prévoit son premier vol dans le courant de cette année.
Du prototype à la production
Pour Jean-Christophe Lambert, CEO de l’entreprise, cette sélection dans le cadre de l’appel à projet « Première usine » constitue un tournant : « Avec le soutien de France 2030, nous franchissons un cap majeur. Ce financement nous permet de passer du prototype à la production. C’est une étape décisive pour faire émerger en Europe une filière hybride-électrique capable de répondre à la fois aux enjeux de décarbonation et de souveraineté. »
Concrètement, d’ici la fin de l’année, les fonds obtenus permettront à Ascendance d’accélérer la mise en place d’une capacité de production pour Sterna dans ses locaux actuels de 2000 m2, situés à l’aérodrome de Muret-Lherm, au sud-ouest de Toulouse. L’objectif est clair : équiper les premiers programmes d’avions civils et de drones de défense.
Un enjeu de souveraineté économique
D’ici 2028, l’entreprise, qui a levé 50 M$ en 2023, prévoit la construction d’une nouvelle usine afin d’augmenter ses volumes de production et d’intégrer progressivement l’assemblage complet de ses aéronefs. Cette montée en puissance reposera sur des procédés industriels avancés, mêlant automatisation, robotisation et optimisation des chaînes de production.
Au-delà du seul cas d’Ascendance, c’est toute une filière qui se dessine. Face à l’urgence climatique et aux enjeux de souveraineté industrielle, la France entend se positionner comme un acteur clé de l’aviation décarbonée. Le soutien massif accordé à ce type de projets témoigne d’une volonté affirmée : faire émerger sur le territoire une industrie capable de produire, à grande échelle, les technologies aéronautiques de demain.