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140e année

Bandit Manchot : la nouvelle vie du cuir recyclé

Artisanat. Doucement mais sûrement, l’atelier Bandit Manchot est devenu une valeur sûre auprès des revendeurs. Imaginée par trois femmes créatives et passionnées par le cuir, elles n’ont pas attendu la vague « green » pour créer leur marque éco-responsable. Leur force : recycler les plus belles chutes de cuir des grandes marques de luxe. Une belle idée qui a du sens !

Marie-Christine Frison, Marie-Laure Biscond et Anne Duquesnoy, co-fondatrices de l’atelier Bandit Manchot.

Il était une fois trois filles « tombées dans la marmite » du design, de la mode et fortement attachées au département du Tarn. Anne Duquesnoy et Marie-Christine Frison exerçaient toutes deux le métier de styliste en freelance pour de grandes marques internationales de couture. Elles travaillaient très régulièrement avec Marie-Laure Biscond à la tête d’un atelier familial de maroquinerie à Graulhet dans le Tarn : l’Atelier Biscond. En 2009, la crise du textile passe par là, Marie-Laure Biscond doit fermer son entreprise et licencier 30 personnes. « J’ai été contrainte de tourner la page ».

De leur côté, les deux stylistes cherchaient un nouveau positionnement et s’interrogeaient sur les échantillons inutilisés des maisons de couture. Elles imaginent alors une carte postale et un marque-page en cuir et l’envoient à Marie-Laure Biscond. « J’ai tout de suite été séduite, seul hic, à 5 € la carte postale, il fallait en coudre des millions pour pouvoir faire tourner l’entreprise. » La décision a été rapidement prise : « nous devions faire renaître l’atelier, mais pas comme avant. » C’est ainsi qu’est né l’atelier Bandit Manchot. « Le nom fait écho aux machines à sous, ajoute Marie-Christine Frison. Nous voulions créer des porte-monnaie d’où le lien avec le casino. »

C’est aujourd’hui le plus gros succès de l’entreprise, « on vend 55 000 siamoises (bourses) par an ». L’atelier de Marie-Laure Biscond a repris du service mais différemment. Anne Duquesnoy et Marie-Christine Frison dessinent, Marie-Laure Biscond découpe. « Je ne voulais pas créer une start-up avec des objectifs inatteignables, ajoute-t-elle. Nous avons éliminé de nombreux postes de travail qui existaient dans un atelier traditionnel. » Le trio fait appel à des piqueuses professionnelles qui travaillent à domicile.

Chez Bandit Manchot, c’est la matière qui crée l’objet

Anne Duquesnoy, styliste.

« Nous fabriquons des objets uniques, si on fait 40 pièces dans cinq coloris, c’est déjà beaucoup, explique Marie- Christine Frison. Notre signe de reconnaissance, c’est la couleur. Nous avons voulu sortir des cuirs noirs trop traditionnels. Nous trouvions cela trop triste. » Les cuirs achetés auprès de grandes maisons de couture française sont des échantillons de cuirs d’exception. Il y a quelques années encore, ils finissaient à la poubelle, faute de leur trouver une utilisation.

« Nous nous adaptons, explique Marie-Laure Biscond. Lorsque nous recevons les cartons envoyés par nos fournisseurs, nous ne savons jamais ce qu’ils contiennent. On travaille à l’envers, c’est le produit qui nous guide. » Un cuir coûte en moyenne 60 € le m2, prix de départ chez un tanneur. Bandit Manchot l’achète bien moins cher, mais Marie-Laure Biscond reste toutefois discrète sur le montant. L’atelier récupère aussi des fins de stock des Cuirs du Futur, un tanneur qui fabrique des chaussons en cuir stretch, une spécialité de Graulhet.

Des pistes pour se développer

L’atelier Bandit Manchot, qui travaille en B2B, affiche une progression à deux chiffres. Le CA de l’entreprise est estimé à 500 000 €. Comme premiers clients, figurent des concept-stores, suivis de boutiques de décoration et de quelques librairies haut de gamme. L’entreprise personnalise aussi des produits pour d’autres marques telles que des hôtels. « Ça ne représente que 10% du chiffre d’affaires ». Même ratio pour l’international dont l’Europe essentiellement. Les entrepreneuses s’attachent notamment à développer ce canal. Elles comptent également beaucoup sur les retombées du Salon Maison et Objet prévu à l’automne prochain à Paris.

Quant aux ventes en ligne, elles ne sont pas significatives : « Comme nous fabriquons des pièces uniques, il faudrait shooter les produits en permanence mais nous manquons de temps », pointe Marie-Laure Biscond. Fières de relancer tout un écosystème autour du cuir qui a connu son apogée dans les années 1970, les entrepreneuses collaborent avec l’association Graulhet Le Cuir, qui regroupe les entreprises de la plus grande filière d’Occitanie (maroquinier, peaux, fourniture, machine, etc.,) sur la mise en place de formations. « On en parle très peu, mais il y a 650 emplois dans le cuir à Graulhet, entre tanneurs et couturiers », ajoute-t-elle.

À l’heure où la tendance du « Made in France » s’impose, les professionnels organisent les 18 et 19 octobre prochains des journées portes ouvertes « le cuir dans la peau », pour permettre aux consommateurs de mieux appréhender cet univers.

Dorisse Pradal