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141e année

Banques d’anticorps pour traiter les cancers

Santé. Lauréate du 41e concours Les Inn’Ovations Occitanie, la biotech montpelliéraine MabQi, spécialisée dans le développement industriel d’anticorps destinés au traitement de cancers et autres pathologies lourdes, poursuit sa R&D et vise ses premiers essais cliniques à l’horizon 2025.

La pépite MabQi, installée dans les locaux de l’Institut de recherche en cancérologie de Montpellier (IRCM), planche sur une technologie disruptive, basée sur des bibliothèques exclusives d’anticorps synthétiques, adaptées aux cibles pharmaceutiques difficiles. À l’initiative du projet, on retrouve le chercheur Pierre Martineau qui a développé la plateforme académique genAc fournissant des anticorps pour l’ensemble de la recherche académique en France. Au fil des saisons, ce projet a pris de l’ampleur en vue d’avoir une portée industrielle.

« Bien que nous opérons sur une activité de service via la plateforme qui transfère aux industriels des anticorps développables en thérapeutiques et que nous comptons à ce jour une douzaine de partenariats, notre ambition est de développer nos propres molécules et de les commercialiser. Nous fournissons actuellement à nos clients des services de dépistage d’anticorps personnalisés à l’aide de bibliothèques d’anticorps synthétiques humanisés propriétaires (PMEW et HuscI) et de processus hautement innovants, flexibles et robustes. Cela permet la sélection in vitro d’anticorps stables reconnaissant l’ antigène cible, quel que soit son format ou son milieu (protéine, cellule, peptide), et sans avoir besoin d’immuniser les animaux. Notre force est cet accès à la matière fondamentale, qui nous permet de découvrir de nombreux candidats médicaments », détaille Sylvain Yon, le directeur général de MabQi.

Faciliter la transformation des anticorps

La spin-off de l’IRCM, créée en 2017, a réalisé une première levée de fonds de 2 M€ en 2021 auprès d’acteurs dans le domaine de la biotech, en vue de démarrer sa phase de « discovery » à savoir générer une batterie de nouveaux anticorps sur des cibles et les sélectionner pour les transformer en candidats médicaments. Une part des revenus dégagés par la pépite a été rééinjectée dans la R & D soit près de 10 M€ en partenariat avec l’Inserm, l’organisme de recherche scientifique public, et des sociétés françaises et étrangères, ce qui a conduit à la création de banques nouvelles. MabQi se focalise notamment sur des traitements immunologiques pour le cancer, et plus précisément à court terme sur le cancer du système digestif.

« L’un des avantages de cette technologie est de diminuer la toxicité systémique et ainsi de permettre des des traitements plus prolongés dans le temps. Ceci n’est cependant encore qu’une hypothèse. »

« En général, transformer des anticorps en médicament est, sur un plan pharmaceutique, long et risqué avec souvent des problématiques de toxicité et de fabrication. C’est pourquoi nous utilisons des librairies déjà pensées dès le départ pour tenir compte de ces contraintes via un mélange d’intelligence artificielle et de connaissances biologiques, en vue de faciliter la transformation. Ce procédé permet de gagner du temps et en efficacité. Nous obtenons également de meilleures indications car nous tenons compte du micro environnement de la tumeur. » Un secteur qui est cependant encore majoritairement aux mains d’acteurs étrangers. « Nous avons effectivement de nombreux concurrents à l’international notamment aux États-Unis et en Grande-Bretagne dont certains sont cotés en bourse. Cependant, ces entreprises travaillent avec des techniques anciennes alors que MabQi se positionne sur de l’innovation ».

Se développer au-delà des frontières françaises

L’objectif de la spin-off est ainsi de développer cinq produits d’ici deux ans. À la question de savoir si cette technologie a vocation à supplanter ou à réduire la fréquence des traitements lourds utilisés contre le cancer, le DG répond, « l’un des avantages de cette technologie est de diminuer la toxicité systémique et ainsi de permettre des des traitements plus prolongés dans le temps. Ceci n’est cependant encore qu’une hypothèse. »

Pour l’heure, l’international représente 50 % de parts de marché de l’activité de la plateforme, qui, en revanche, elle, n’a pas pour ambition de se développer. Bien que la biotech en France accélère, la pépite souhaite asseoir son développement au-delà des frontières hexagonales notamment via sa nouvelle activité. Forte d’une quinzaine de collaborateurs qui planchent actuellement sur les nouvelles technologies, MabQi entend renforcer ses rangs d’une quarantaine de personnes à l’horizon de 2025. La pépite, qui a dépassé la barre du million d’euros de CA en 2021, souhaite « croître modérément ».

Jennifer Legeron