Bombardier d’eau : Positive Aviation franchit une étape clé avec son premier flotteur écopeur
Aéronautique. La start-up de Blagnac, qui développe un avion bombardier d’eau amphibie à partir d’un ATR 72, vient de réceptionner le premier des deux flotteurs écopeurs de son démonstrateur. Une étape déterminante avant les essais en vol, alors que l’entreprise accélère son développement commercial et industriel.
La multiplication des feux de forêt en France, mais aussi en Europe et dans le reste du monde, renforce l’urgence de développer de nouvelles solutions de lutte contre les incendies. En première ligne, les moyens aériens de la Sécurité civile sont en effet de plus en plus sollicités. La flotte française se compose de 12 Canadair CL-415, de 8 Dash, de 3 Beechcraft King Air 200, de dix hélicoptères bombardiers d’eau ainsi que de six avions bombardiers d’eau de plus petite capacité. Un parc vieillissant : les Canadair affichent une moyenne d’âge de plus de 25 ans, contre plus de 38 ans pour les Beechcraft.
L’État a bien commandé quatre nouveaux Canadair auprès du constructeur De Havilland Canada, mais les deux premiers exemplaires ne sont pas attendus avant 2028. Face à cet enjeu de souveraineté nationale, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a affiché, lors d’un déplacement à Nîmes le 4 juin, son ambition de soutenir l’émergence d’une filière industrielle française d’avions bombardiers d’eau.
Pour répondre au besoin de renforcement des capacités aériennes de lutte contre les feux, plusieurs projets concurrents ont de fait émergé ces dernières années en France. Parmi eux figure celui de Positive Aviation. Installée à Blagnac, l’entreprise fondée en 2024 et dirigée par Laurent Schmitt développe un projet de conversion d’ATR 72 en avions bombardiers d’eau amphibies.
Le principe consiste à installer sous le fuselage deux flotteurs écopeurs. Ainsi équipé, l’appareil, baptisé FF72, aura « la capacité de venir toucher un plan d’eau et, tout en gardant sa vitesse, de remplir des réservoirs d’eau, avant de larguer 8 tonnes d’eau (contre 6,14 pour un Canadair) en 1 seconde par des trappes sous le fuselage, ce qui permet d’éteindre le feu à la fois par le souffle et par la quantité d’eau larguée », détaille le PDG de Positive Aviation sur le site web de Multiplast, l’entreprise bretonne chargée de fabriquer les flotteurs écopeurs.
Une mise en service prévue en 2029
Selon l’entreprise, cette solution « permet de réduire significativement les coûts ». Le FF72 est ainsi estimé à environ 35 M€, soit près de deux fois moins qu’un Canadair, dont le coût est évalué entre 60 et 80 M€. « On va surtout pouvoir l’utiliser deux à trois fois plus grâce à sa capacité à être projeté sur une zone géographique plus étendue, poursuit Laurent Schmitt. Comme il est construit sur la base d’un avion moderne, il sera beaucoup plus fiable et aura la capacité à opérer l’été dans l’hémisphère nord et l’hiver dans l’hémisphère sud. »
Le programme FF72 franchit désormais une nouvelle étape avec la livraison, le 23 juillet, du premier des deux flotteurs écopeurs fabriqués par Multiplast. Basée à Vannes (Morbihan), l’entreprise est spécialisée dans la conception et la fabrication de bateaux de compétition en matériaux composites, dont plusieurs se sont illustrés sur des épreuves prestigieuses telles que le Trophée Jules Verne, la Route du Rhum ou la Volvo Ocean Race. Elle intervient également pour de grands acteurs de l’aéronautique et de la défense.
Longs de 17 mètres pour un poids de 1,2 tonne, ces flotteurs, dont la conception s’inspire de ceux d’un trimaran de course, devront résister à des écopages réalisés à près de 180 km/h. Ils seront assemblés à l’Airbus Technocentre de Nantes avant d’être acheminés sur le site de Positive Aviation, dans le hangar H16 de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, où débutera la campagne d’essais en vol du démonstrateur FF72-X1, prévue au début de l’année 2027. Après une certification aéronautique espérée en 2028, la mise en service de l’appareil est attendue pour la saison des feux de 2029.
Une commande de 10 appareils, plus 10 en option
En parallèle, Positive Aviation poursuit sa structuration commerciale. Sur un marché mondial qu’elle estime à près de 400 appareils, en mars 2025, l’américain Bridger Aerospace, acteur privé majeur spécialisé dans la lutte contre les feux de forêt, est devenu le client de lancement du FF72 en commandant dix appareils, assortis de dix options supplémentaires. Ce contrat représente un chiffre d’affaires potentiel de 700 M€ d’euros pour la jeune entreprise toulousaine qui emploie 20 salariés.
Pour financer son développement et consolider son assise industrielle, Positive Aviation a levé 8 M€ en mai 2025 auprès du fonds Falcon Investissement, accompagné par Shanghaivest en tant que lead investor, le groupe toulousain Noga (famille Doncieux), la société ARTS France ainsi que de nombreux investisseurs privés. En parallèle, l’entreprise a réuni 1,4 M€ supplémentaires via une campagne de financement participatif menée sur la plateforme WiSEED.
Depuis la signature de ce premier contrat, la société affirme avoir « nouer de nombreux liens décisifs avec les clients du monde entier ». « En Europe, l’arrivée rapide du FF72 est en train de faire évoluer l’écosystème de la lutte aérienne anti-incendie et nos discussions avec des acteurs majeurs prêts à se positionner comme opérateurs privés de lutte anti-incendie en Europe sont entrées dans des phases de négociations avancées », indique l’entreprise dans une newsletter publiée en mai dernier. Et d’ajouter :
« L’urgence climatique de ce début de saison estivale ne fait que confirmer à nos interlocuteurs qu’attendre la fin de la décennie n’est plus une option viable. Certains pays bougent déjà et annoncent des appels d’offres portant sur l’opération d’avions écopeurs pour les années à venir, d’autres, comme la France, sont entrés en phase de réflexion qu’une lettre d’intérêt annoncée par la Sécurité Civile à notre endroit devrait permettre d’accélérer. »
Une nouvelle levée de fonds de 40 M€ en préparation
Sans attendre les essais en vol, Positive Aviation prépare déjà l’industrialisation de son appareil. L’entreprise a déposé un dossier dans le cadre du dispositif gouvernemental « Première Usine » afin d’obtenir un soutien financier à cette nouvelle phase. Son projet mobilise plusieurs partenaires industriels, en France comme à l’international, parmi lesquels le lotois Soben, chargé des trains d’atterrissage, ou le canadien DCM, fournisseur de pièces métalliques.
L’objectif est toutefois de maintenir l’assemblage final en Occitanie, au plus près de l’écosystème d’ATR. La société travaille également à la création d’un futur centre de maintenance et de formation, « une brique essentielle pour garantir à nos futurs opérateurs une disponibilité opérationnelle maximale de leurs flottes dès le premier jour ».
Pour accompagner cette montée en puissance industrielle, Positive Aviation, déjà soutenue par la Région Occitanie et Bpifrance, mène actuellement une levée de fonds de 40 M€, qu’elle espère finaliser d’ici à la fin de l’année.