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140e année

Brasserie Joli Rouge, une nouvelle génération de brasseurs

Agroalimentaire. Ils aiment la bière-grande soif, à partager ! Sandrine Foubert et Yann Gangneron se sont lancés dans le brassage artisanal. Avec 120 hectolitres à l’année, ils se définissent comme une nano-brasserie. Une belle idée d’entreprise dans un marché en pleine effervescence. Le nombre de brasseries artisanales a doublé ces dernières années en Occitanie et dans tout l’Hexagone.

Sandrine Foubert, cofondatrice de la Brasserie Joli Rouge.
Sandrine Foubert, cofondatrice de la Brasserie Joli Rouge. G.Com

Il y a 20 ans, Sandrine Foubert et Yann Gangneron achètent un kit amateur de brassage sur un salon de la bière à Auzeville-Tolosane, simplement pour essayer. Yann était graphiste et Sandrine travaillait dans l’univers de la photo. « Nos amis ont commencé à goûter nos bières, à en redemander et à vouloir en acheter », explique Sandrine. Il n’en fallait pas plus pour se lancer !
Le couple apprend la fermeture de la brasserie Flibuste à Vic-Fezensac dans le Gers et rachète l’outil de production, coût de l’investissement 15 K€, « une bonne affaire, certaines machines ont 30 ans et fonctionnent encore », sourit Sandrine Foubert. Ils s’installent à Canals en Tarn-et-Garonne, immatriculent l’entreprise en 2011 et ouvrent au public en 2012.

Comment se démarquer dans le monde de la bière ?

« Nous ne cherchons pas à plaire à n’importe quel prix, les clients doivent s’adapter à nos produits. Nous produisons des bières de caractère, nous ne voulons pas quelque chose d’aseptisé », détaille la cofondatrice. Les brasseurs ont commencé par des fermentations basses, des IPA, des bières barriquées. « Le démarrage n’a pas été simple. Il a fallu passer du statut d’amateur à celui de professionnel : on ne pouvait pas obtenir le même jus avec 20 litres ou 800 litres. Les premiers brassins ne correspondaient pas tout à fait à nos envies, deux ans ont été nécessaires pour affiner », explique-t-elle.

Yann Gangneron, cofondateur de la Brasserie Joli Rouge et brasseur référent.
Yann Gangneron, cofondateur de la Brasserie Joli Rouge et brasseur référent. G.Com

Yann Gangneron est le brasseur référent. Il s’est formé auprès de Renaud Maillard-Salin de l’Antre de l’Échoppe à Narbonne, son mentor. De son côté, Sandrine Foubert a dû éduquer son palais pour sélectionner les amertumes. « Nous travaillons les bières à la façon d’un pâtissier. On a préparé une bière à l’hibiscus après avoir goûté une simple tisane ». Lui, en véritable alchimiste aimerait jouer sur la fermentation spontanée, dans la famille des lambics, des gueuses.

« Nous ne cherchons pas à plaire à n’importe quel prix, les clients doivent s’adapter à nos produits, explique Sandrine Foubert, cofondatrice de la Brasserie Joli Rouge. Nous produisons des bières de caractère, nous ne voulons pas quelque chose d’aseptisé »

Recréer un écosystème local autour de la bière

La production de bière de la Brasserie Joli Rouge s'appuie sur des ressources locales.
La production de bière de la Brasserie Joli Rouge s’appuie sur des ressources locales. G.Com

Avant l’arrivée sur le marché des brasseurs industriels, chaque village possédait sa micro-brasserie, Sandrine Foubert et Yann Gangneron aimeraient retrouver cette atmosphère d’antan. « On est sur le bon chemin, nous comptons environ 300 brasseurs en Occitanie. Le nombre d’installations ne cesse d’augmenter », ajoute-t-elle.
Le couple veut s’appuyer sur les ressources locales. Il travaille désormais avec un micro-malteur, la Malterie du Vieux Silo à la Sauzière-Saint-Jean, dans le Tarn . « Jusqu’à présent, on se fournissait en Belgique. Nous étions contraints de faire des stocks. En s’approvisionnant en local, on a doublé le prix des matières premières mais on s’y retrouve », ajoute-t-elle.
Pour le houblon, un nouveau marché s’est ouvert pour un autre voisin, Loïc Recly de la Ferme d’Hildegarde à Bessens en Tarn-et-Garonne. 
La brasserie Joli Rouge compte une dizaine de revendeurs : des épiceries locales ou des cavistes. Elle aimerait s’ouvrir aux restaurateurs et imaginer des nouveaux accords mets bières.
Sandrine Foubert et Yann Gangneron comptent associer leurs connaissances à celles des vignerons locaux pour faire vieillir une bière en baril de négrette, le cépage roi de la région.
Les entrepreneurs ont ouvert la brasserie au public pour favoriser la vente directe, le bar représente 15 % du CA. « À 2,50 € la bière, ce n’est pas notre principale source de revenus. Ce qui nous intéresse, c’est l’échange avec les clients, leur retour ». Si vous trouvez porte close, c’est que Sandrine Foubert et Yann Gangneron sont en plein brassage.
La production tourne à plein régime au printemps. Pas question pour autant de grandir trop vite : ils veulent garder leur brasserie à taille humaine et un certain regard sur la vie : prendre le temps de vivre… On partage  ?

Dorisse Pradal