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141e année

Briques Technic Concept passe à la vitesse supérieure

Bâtiment. L’entreprise tarnaise, qui va fêter ses 10 ans, poursuit son développement à l’échelle nationale.

Étienne Gay, fondateur de Brique Technic Concept. DR

300% de croissance en un an, c’est le résultat affiché par Briques Technic Concept. Peu de SAS peuvent se targuer de connaître une telle envolée d’activité, qui plus est, en période de pandémie. Niché à Graulhet dans le Tarn, le spécialiste de la brique en terre crue est passé de 165 K€ en 2020 à près de 700 K€ en 2021. Preuve que l’engouement pour les matériaux verts s’intensifie autant du côté des particuliers que des promoteurs ou du secteur du bâtiment. Forte aujourd’hui d’une quinzaine de collaborateurs, l’entreprise, qui s’apprête à célébrer ses 10 printemps, fabrique ainsi des blocs de terre crue compressée via un outil de production innovant, propose de la vente de matériel et une expertise. Depuis trois ans, l’entreprise, leader sur marché français, ne connaît pas la crise.

« Mise à part pour les pièces des équipements où nous avons fait face à un ralentissement , nous ne connaissons pas de pénurie d’approvisionnement puisque nous travaillons à partir de déblais revalorisés. La crise a même accéléré notre développement auprès des particuliers qui ont réalisé des travaux, du fait de passer plus de temps chez eux, ou qui ont décidé d’acheter ou de faire construire un habitat plus écologique », souligne Étienne Gay, fondateur de Briques Technic Concept. Une croissance d’ailleurs partagée par le secteur. « Le regain d’intérêt pour ce matériau s’explique notamment par son faible bilan carbone, un véritable atout dans le cadre de la RT2020. De plus, c’est un matériau qui crée une grande inertie thermique et facilite le stockage de l’énergie calorifique, ce qui le rend très efficace contre les vagues de chaleur ». Le dirigeant vante également sa proximité.

La question du respect de la loi sur la transition énergétique

« Nous trouvons des ressources très facilement ce qui nous permet de travailler en circuit court. De plus, dans les grandes métropoles, se pose toujours la question du stockage des déblais lors de grands travaux, car les stocker coûte très cher. Grâce à notre activité, ces déchets peuvent devenir des matériaux recyclés ». Se pose aussi la question du respect de la loi sur la transition énergétique qui fixe des objectifs comme la valorisation de 70% des déchets du BTP dès 2020. Le Grand Paris va devoir se mettre en conformité tout comme Toulouse pour les travaux de la troisième ligne de métro. Tandis que les particuliers ont constitué une bonne partie de son carnet de commandes en 2021, les promoteurs immobiliers locaux et nationaux représentent cette année une belle part de son activité.

« Nous souhaitons insuffler une nouvelle dynamique aux marchés déjà en place en apportant une dimension un peu plus industrielle. »

« Nous collaborons avec un bailleur social toulousain sur la livraison d’une douzaine d’habitations en terre crue. Nous avons aussi un projet de logements à Bordeaux, un collège du côté de Montbéliard (Doubs) qui va nécessiter la fabrication de 60 000 briques sur le site, etc. De plus, les promoteurs qui sont confrontés à l’envolée des prix des matières premières ne sont ici pas concernés », souligne-t-il. L’entreprise qui a produit 1 000 tonnes de matériaux l’an dernier entend multiplier sa production par six cette année. « Une machine a une capacité de production d’un million de briques par an, soit 7 000 tonnes, souligne le gérant. Pour la construction d’une maison individuelle, il faut approximativement 100 tonnes de briques ».

Une douzaine de preuves de concept en 2022

Au début de l’aventure, l’ancien dessinateur industriel et responsable logistique chez Ratier Figeac, qui s’est lancé dans le bâtiment avec la ferme intention d’utiliser des matériaux écologiques et qui a eu un véritable coup de coeur pour la terre crue – autrefois traditionnel en Occitanie –, avait principalement pour client des initiés « avec cependant peu de moyens ». Au fil des saisons, l’artisan s’oriente vers une clientèle plus exigeante. « Afin de répondre à une demande de briques plus esthétiques, j’ai conçu un outil de production et monter ainsi d’un cran en termes d’efficacité et de production, à savoir une presse de 20 tonnes qui permet de fabriquer des briques de plus de 400 kilos. Cette machine permet de démocratiser ces matériaux ».

S’ensuit la livraison de la première preuve de concept pour la construction de l’Aria à Cornebarieu en 2017, nouveau lieu culturel, puis l’évolution du statut de la structure en EURL un an plus tard, ce qui a permis au gérant d’aller chercher des financements auprès de Bpifrance pour accélérer sa R & D. « Nous avons obtenu une enveloppe de 70K€, qui a permis de développer une machine plus pointue. De plus, nous avons été lauréats du concours de l’Ademe sur la valorisation des déchets, en 2019, et avons ainsi obtenu une aide de 174 K€, ce qui nous a permis, entre autres, d’augmenter nos effectifs. » L’entreprise entend réaliser une douzaine de preuves de concept cette année et une vingtaine à l’horizon 2023. Parmi les objectifs de développement figure la création de plusieurs joint-ventures sur le territoire national, à commencer par Bordeaux dans les mois à venir, puis Paris qui sont des villes où l’utilisation de la terre crue est en plein essor.

Une dizaine de sites d’ici 2030

« Créer des joint-ventures avec des partenaires locaux, à savoir des promoteurs, constructeurs, recycleurs, etc., permettrait d’irriguer les différents tissus régionaux, tout en conservant, de notre côté, 51 % de l’activité. C’est une stratégie que nous souhaiterions dupliquer à moyen terme à l’international. Nous ciblons notamment l’île de la Réunion, Mayotte, l’Afrique et l’Amérique du Sud, à savoir des pays où la culture de la terre crue est déjà bien implantée. Nous souhaitons insuffler une nouvelle dynamique aux marchés déjà en place en apportant une dimension un peu plus industrielle. »

Bien que l’entreprise tienne à son ancrage tarnais, elle prévoit ainsi l’ouverture d’une dizaine de sites d’ici 2030. Pour ce faire, elle planche sur la conception de machines supplémentaires. « L’objectif est d’apporter des ajustements et des améliorations. Nous avons quatre collaborateurs qui travaillent sur une nouvelle version. » Face à l’accroissement de l’activité, le dirigeant entend mettre les bouchées doubles et espère atteindre un CA de 1,2 M€ en 2022. Si pour l’heure, le laboratoire en interne analyse l’historique des déblais et que l’entreprise travaille à partir de terre qui n’a pas été contaminée par des polluants, d’autres enjeux se dessinent pour la filière.

Jennifer Legeron