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141e année

Castaneas, les noisettes qui vont loin

Agroalimentaire. Marion Degans et son frère Aurélien ne manquent pas de ressources. Véritables commerçants-entrepreneurs et visionnaires, ils sont passés de l’élevage de canards à la production de noisettes et autres fruits à coques. À Albias, ils développent l’exploitation en s’appuyant sur l’histoire familiale. Un choix qui porte ses fruits, leur pâte à tartiner s’est distinguée au niveau européen.

La pâte à tartiner Castaneas n'utilise que trois ingrédients
La pâte à tartiner Castaneas n’utilise que trois ingrédients. (Crédit : ARTE DA LUZ PHOTOGRAPHY)

Le mot « fruits » a une résonance particulière dans la famille Degans. Il y a 30 ans, le père de Marion et Aurélien, Alain Degans plantait les premiers noyers, suivis de châtaigniers. Aurélien, en 2003, passionné par la terre, termine ses études en agriculture et re prend l’exploitation familiale. Il décide alors de planter des noisetiers. Marion, diplômée d’une école de commerce et titulaire d’un second diplôme d’acheteuse dans l’industrie part travailler dans l’aéronautique en gardant toutefois un oeil sur l’exploitation. Il y a huit ans, l’appel de la terre est plus fort que tout, elle rejoint la famille et se consacre au développement de la ferme-auberge. « Mes parents avaient monté une conserverie de canard gras, on proposait les produits. On faisait entre 80 et 100 couverts par jour. » Puis, le Covid s’invite à table et tout s’arrête.

UNE LOGIQUE DE DÉVELOPPEMENT

Attendre ne fait pas partie du vocabulaire des Degans. « Puisqu’on ne pouvait plus servir au restaurant, on a proposé des plats à emporter. On a commencé à faire des noisettes torréfiées sur nos plats. Cette idée de transformer les fruits de nos vergers était dans les tuyaux, on a décidé d’aller plus loin », explique Marion Degans. Tout s’est fait de façon très naturelle puisque la famille avait des noisettes, pourquoi pas fabriquer une pâte à tartiner ? Elle avait déjà des contacts en Italie, les fabricants y sont reconnus pour leurs machines de torréfaction. « Nous sommes partis nous former chez les spécialistes, auprès d’artisans chocolatiers. » Les planètes se sont alignées, un acheteur a souhaité reprendre le restaurant, en l’occurrence un camarade de classe de Marion. Il est arrivé au bon moment. Marion, Aurélien et son épouse Séverine ont installé le laboratoire dans une autre aile de la ferme familiale et se sont donnés trois ans pour développer la marque autour des produits manufacturés. « Pâte à tartiner, huile de noisette, crème de marrons… On a mis les bouchées doubles, notre palais est le seul juge », ajoute Marion Degans.

Les parents en ont profité pour lever le pied, appelés par la retraite mais ils sont toujours présents dans la ferme. Les choses sont allées très vite, la région Occitanie s’est intéressée à leur production, la pâte à tartiner a été labellisée Sud de France. Elle a remporté la quatrième place au salon Gourmet Discovery de Hambourg. « On n’utilise que trois ingrédients pour notre pâte à tartiner : sucre, cacao, noisettes. Les clients qui achètent de grandes marques […] ne sont pas intéressés par Castaneas. Derrière le produit, il y a toute une philosophie. Pas question d’entrer dans la grande distribution. » Sur ses 150ha, la famille produit 100 tonnes de châtaignes et de noix vertes, 50 tonnes de noix sèche et 30 tonnes de noisettes. « On a mécanisé au maximum, les noisettes sont ramassées avec un récolteur et un vibreur », explique Marion Degans.

SURFER SUR L’HISTOIRE FAMILIALE

Castaneas, les noisettes qui vont loin...
La famille Degans, à la tête de l’exploitation (Crédit : DR)

La transition vers le zéro plastique est amorcée avec de nouveaux packagings, le passage en HVE va booster l’activité de l’exploitation. Noisettes, châtaignes… Les fruits non transformés représentent 30% du CA à l’export, ils sont vendus dans toute l’Europe. L’entreprise vient d’ouvrir sa boutique en ligne et entrera en septembre sur le Carreau des producteurs à Rungis, de quoi ouvrir de nouveaux marchés. Castaneas table sur un résultat avoisinant 1 M€. Toute la communication de Castaneas est basée sur l’image. Très présente sur Instagram, l’entreprise met en scène son verger et ceux qui en prennent soin, en racontant de belles histoires. « On aime dire que chaque génération laisse son empreinte dans la ferme », sourit Marion Degans.

Dorisse Pradal